Asia Bibi, c'est cette chrétienne emprisonnée pendant près de dix ans pour simplement avoir puisé l'eau d’un puits et… l’avoir bue. Accusée de blasphème par les intégristes religieux, elle a finalement été innocentée au terme d'une procédure interminable dans son pays.

En 2010, la Pakistanaise Asia Bibi a été condamnée à mort pour "blasphème". Le pêché de cette mère de famille : avoir "souillé" un puits en buvant son eau.
En 2010, la Pakistanaise Asia Bibi a été condamnée à mort pour "blasphème". Le pêché de cette mère de famille : avoir "souillé" un puits en buvant son eau. © Radio France

Elles ont combattu la mort ensemble, elles sont maintenant unies pour la vie. D'ailleurs, dès qu’Asia Bibi prend la parole, c'est pour remercier la France et pleurer d'amour pour celle qui l'a toujours soutenue.

Je voudrais d'abord commencer par remercier la France, ce pays, cette terre, où j'ai été reconnue en tant qu'Asia Bibi.

"Mais il y a une dame derrière, et jamais je ne pourrai exprimer ce que je ressens à son égard" explique Asia Bibi : "C'est la première femme à s'être exprimée en mon nom, j'étais tellement loin de concevoir qu'un être humain puisse faire ce qu'elle a fait pour moi."

Cette dame, c’est Anne-Isabelle Tollet, une journaliste française qui a bataillé pendant des années pour médiatiser son histoire (dans un livre, notamment, Enfin libre, aux éditions du Rocher). Une sœur de vie pour une histoire folle.

Le prix d'un verre d'eau

Nous sommes le 14 juin 2009. Asia Bibi travaille dans les champs, elle a soif et s'approche d'un puits pour se désaltérer.

J'ai bu cette eau, mais je ne pensais pas que l'affaire prendrait de telles dimensions.

Pour les intégristes religieux musulmans, boire directement dans un puits quand on est chrétienne, cela ne se fait pas. Ajoutez à cela un peu de jalousie et c'est ainsi qu'Asia Bibi va se retrouver accusée d'avoir insulté le prophète.

Il y a un an, des Pakistanais descendent dans la rue pour protester contre la décision de la Cour suprême d'innocenter Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème.
Il y a un an, des Pakistanais descendent dans la rue pour protester contre la décision de la Cour suprême d'innocenter Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème. © AFP / Arif Ali

J'ai été accusée d'avoir blasphémé envers la personne du Prophète.

La suite, ce sont dix ans de prison, dix ans de procédure, des condamnations à mort, et une posture invariable, celle de la foi et du pardon. 

À ceux qui m'ont fait du mal au Pakistan, j'ai tout pardonné. D'ailleurs, je pense que la personne qui a le plus haut degré dans la foi est celle qui arrive à pardonner. 

Un espoir pour tous les Pakistanais

Un pardon qui n'est pas réciproque. Asia Bibi reste en danger, toujours sous la menace des islamistes, au Canada, où elle vit – son autorisation court jusqu’à la fin de l’année – et peut-être en France, où elle a demandé l’asile.

Mais tout n'est pas perdu pour autant. Anne-Isabelle Tollet voit déjà "au Pakistan les effets de l'affaire Asia Bibi comme une forme de jurisprudence".

Le fait que la Cour suprême reconnaissent l'innocence d'Asia Bibi offre un espoir considérable pour toute la communauté pakistanaise, à la fois musulmane et chrétienne, qui souffre de la loi du blasphème.

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