Nés d'un mouvement aux États-Unis, ils s'attaquent aux porte-monnaies des sites qui propagent la haine. Les "sleeping giants" (géants endormis) forment un réseau de citoyens, restés dans l'ombre, qui entendent lutter contre la propagation de la haine sur internet.

Assécher financièrement les sites de désinformation, le combat sans relâche des "sleeping giants"
Assécher financièrement les sites de désinformation, le combat sans relâche des "sleeping giants" © Logo des sleeping giants

Les "sleeping giants" sont nés aux États-Unis après l'élection de Donald Trump. Peu après l'onde de choc de l'arrivée du pouvoir du magnat de l'immobilier, c'est l'influence de "Breitbart" qui est questionnée. Ce média, qui a porté la candidature de Trump, diffuse des théories racistes, antisémites, prône le suprémacisme blanc. 

Un collectif de citoyens, voulant couper l'herbe sous le pied à la propagation de ces idées vénéneuses, se constitue. Les "sleeping giants" sont nés. Ils s'attaquent au porte-monnaie de ce site, en interpellant sur les réseaux sociaux les annonceurs. 

Prévenir les annonceurs que leurs publicités arrivent sur des sites d'extrême-droite

Bien souvent, les sociétés n'ont aucune idée que leurs annonces finissent sur de tels sites. La faute à un système un peu complexe qui s'appelle la "publicité programmatique". En résumé, avec cette technologie, l'annonceur ne sait pas sur quel site s'affiche son encart publicitaire. 

Pour les informer, les "sleeping giants" leur montrent photo à l'appui. À eux ensuite, de demander (ou non) le retrait de leur publicité. Ce n'est pas de l'appel au boycott, il n'y a pas de contrainte pour l'annonceur. Mais ainsi l'information est donnée. 

Les "sleeping giants", monsieur et madame tout le monde, avec un pouvoir immense au bout du clic

France Inter a pu joindre l'une des militantes de la section française de cette "armée" de citoyens. Rachel est un pseudonyme. Elle préfère appeler avec un numéro masqué. L'anonymat est un élément important dans la philosophie des "sleeping giants". Pour deux raisons, explique-t-elle. D'abord pour faire face à la violence des sites d'extrême-droite, toujours très créatifs pour les insultes et les menaces de mort. Mais aussi, explique Rachel, parce qu'il serait dangereux de résumer un mouvement comme celui-ci à un leader affiché, charismatique.

"C'est un engagement énorme. Ça prend beaucoup de temps. On fait ça en plus de notre travail. Il faut aussi beaucoup de résilience face à la violence des ripostes des sites d'extrême-droite", confie-t-elle. Rachel ne dit pas combien il y a en France de géants endormis dans leur réseau, pour ne pas donner trop d'informations aux sites qu'ils ciblent. 

En France, le premier d'entre eux est "Boulevard Voltaire", cofondé par le maire de Béziers Robert Ménard. Aujourd'hui selon la section française des "sleeping giants", près de 1 000 annonceurs ont choisi de ne plus faire figurer leur publicité sur "boulevard Voltaire". Jusqu'au jour où le site a été privé de publicité... avant de reprendre ses activités.

Depuis, le site de désinformation a multiplié les initiatives pour contourner ses difficultés financières, liées à cette privation de rentrées publicitaires. Un site miroir a été créé : il se finissait en .com ou lieu du .fr qui lui interdisait ses encarts pub. Mais là encore les "sleeping giants" ont continué leurs actions. 

Les militants anti fausses infos surveillent aussi sites comme Breizatao (dont le webmaster a été condamné plusieurs fois pour négationnisme, appel à la haine raciale et au crime). D'autres noms ne sont pas cités ouvertement, mais les "sleeping giants" s'intéressent aussi aux sites pseudo-scientifiques, anti-vaccins… 

Rachel se défend d'appartenir à un courant politique. "Notre seul intérêt, c'est lutter contre l'intolérance, la haine, la désinformation qui se répand". Le collectif ne reçoit aucun financement. "La seule chose qui nous coûte, résume Rachel, c'est le temps consacré à cette activité qui nécessite sans cesse une mise à jour des données". C'est le prix à payer pour montrer que dans un monde d'algorithmes, chacun doit rester responsable. 

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