Et si un sourire avait permis d'éviter le pire ? C'est peut-être ce qu'il s'est passé lors de l'attaque du Thalys, le 21 août 2015. C'est en tout cas ce qu'a affirmé l'assaillant, Ayoub El-Khazzani, au juge d'instruction dans un interrogatoire que France Inter a pu consulter en exclusivité.

"Il m'a souri. Et comme il m'avait souri, moi, ça m'a bloqué, je ne pouvais rien faire", a affirmé Ayoub El-Khazzani à un juge d'instruction
"Il m'a souri. Et comme il m'avait souri, moi, ça m'a bloqué, je ne pouvais rien faire", a affirmé Ayoub El-Khazzani à un juge d'instruction © AFP / Philippe HUGUEN / AFP

"Il m'a souri. Et comme il m'avait souri, moi, ça m'a bloqué, je ne pouvais rien faire". Entendu à sa demande, par visioconférence depuis la prison de région parisienne où il est incarcéré, Ayoub El-Khazzani revient pour la deuxième fois sur cet attentat raté, depuis sa sortie des toilettes du train, kalachnikov et pistolet automatique à la main, jusqu'au moment où il est maîtrisé par un militaire américain, passager du wagon numéro 12. C'est d'abord un premier passager qui lui fait face. "Je l'ai regardé, je lui ai fait un geste pour qu'il parte, mais lui je pense qu'il avait vu l'arme."

L'assaillant se dirige ensuite vers l'intérieur du wagon 12, là où trois soldats américains en vacances sont installés. "Il a sorti sa tête (...) et quand j'ai vu sa tête, ça m'a bloqué. Je n'ai pas pu tirer sur la tête d'un être humain. A ce moment-là, j'ai commencé à trembler. (...) Je me suis laissé faire, j'ai laissé l'Américain me maîtriser", poursuit le marocain de 29 ans. 

L'aide minutieuse d'Abdelhamid Abaaoud

L'attentat avait pourtant été minutieusement préparé par Abdelhamid Abaaoud, celui-là même qui, quelques mois plus tard allait devenir le coordonnateur des commandos des attentats du 13 novembre. Mais dès le mois d'août 2015, Abaaoud est à Bruxelles. Il fournit les armes qui vont servir à l'attaque du Thalys. Il donne l'ordre de prendre un billet pour le train de 17 heures, voiture 12. Il précise la cible : des militaires américains dont "les descriptions physiques correspondaient exactement à ce qu'il m'avait dit. (...) Je les ai reconnus facilement", raconte aujourd'hui Ayoub El-Khazzani, "Abou Omar [surnom d'Albdelhamid Abaaoud pour le groupe état islamique] m'avait dit qu'une demi-heure après le démarrage du train, je devais commettre le désastre que j'ai commis."

C'est Abdelhamid Abaaoud encore qui fournit les chargeurs, neuf au total. "En Syrie, chaque soldat devait prendre neuf chargeurs", poursuit l'attaquant. Abaaoud, enfin, qui lui donne un bidon d'essence "en me disant que si jamais les policiers venaient à m'arrêter, j'aurais pu m'immoler au lieu de me faire arrêter", détaille Ayoub El-Khazzani. Au lieu de ça, il devra répondre de ses actes devant une cour d'assises spéciale, probablement dans un an. 

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