Beaucoup auraient aimé le voir dans le box des accusés, mais Peter Cherif a été arrêté trop tard, à Djibouti, pour pouvoir être renvoyé dans ce procès. C'est donc comme témoin que le commanditaire présumé de l'attentat de Charlie Hebdo s'apprête à être entendu par la cour d'assises spécialement composée.

Peter Cherif, lors de son extradition vers la France, en décembre 2018.
Peter Cherif, lors de son extradition vers la France, en décembre 2018. © AFP

Il est un des témoignages très attendu par les parties civiles. Car nombre d’entre elles auraient voulu le voir dans le box des accusés, plutôt qu’entendu comme témoin depuis la prison où il est incarcéré. Cet homme, c’est Peter Cherif, 38 ans. Un nom bien connu de la "djihadosphère". L’un des premiers Français à rejoindre l’Irak, puis la Syrie. Le plus ancien à figurer sur la liste américaine des terroristes les plus dangereux. Cet homme apparaît sur les radars des services de renseignement en 2003. Il a tenté de s’engager dans l’armée, pour cause de blessure un an auparavant. Puis s’est converti à l’Islam. Et, très vite, bascule dans l’idéologie djihadiste. Celui qui participe à cette radicalisation s’appelle Farid Benyettou, jeune prédicateur du XIXe arrondissement de Paris qui dispense des cours d’Islam radical dans le salon de ses parents. Parmi ses disciples toujours plus nombreux : Peter Cherif, donc. Mais aussi Saïd et Chérif Kouachi

Mais la “bande des Buttes-Chaumont”, comme on l’a appelée, ne se contente pas de discuter du djihad dans un salon. Certains veulent aller combattre. Une filière d’acheminement vers l’Irak se met ainsi en place. Et si Chérif Kouachi échoue à quitter la France (il est arrêté la veille de son départ), Peter Cherif, lui, y parvient. Rejoint Damas, d’abord, puis l’Irak où, en novembre 2004, il participe à la bataille de Falloujah. Il est blessé et finit par se rendre aux forces américaines. Incarcéré, condamné par la justice irakienne, il passe plusieurs années dans la prison d’Abou Ghraïb notamment. Jusqu’en 2007 où, à la faveur d’une attaque, il parvient à s’échapper avec plusieurs dizaines d’autres détenus, membres d’Al-Qaïda pour certains. 

Possible rencontre avec Chérif Kouachi au Yémen

Peter Cherif est finalement retrouvé en Syrie, ramené en France où il comparaît, en mars 2011, pour son implication dans la filière des Buttes-Chaumont. Là, au dernier jour du procès, il disparaît à nouveau et fuit sa condamnation à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs terroristes. On retrouve sa trace en Tunisie, en plein printemps arabe, puis au Yémen. C’est là qu’il est soupçonné d’avoir retrouvé Chérif Kouachi et envisagé avec lui l’attentat de Charlie Hebdo. 

Trois ans plus tard, Peter Cherif est arrêté à Djibouti, avec sa femme et ses deux enfants. Lors de son témoignage à la barre du procès des attentats de janvier 2015, l’une des survivantes de Charlie Hebdo, Sigolène Vinson, a raconté comment, elle qui a grandi à Djibouti, s’y trouvait au moment de cette arrestation. Et surtout comment, hasard terrible, elle a pris le même avion de retour vers la France que celui qui était peut-être à l’origine de ses si profondes souffrances. 

De retour en France, Peter Cherif a été incarcéré et mis en examen dans plusieurs procédures, dont une qui le vise comme possible commanditaire de l'attentat de Charlie Hebdo. Mais l'enquête n'a, à ce jour, toujours pas abouti et n'a donc pas permis son renvoi devant la cour d'assises spécialement composée qui juge en ce moment 14 personnes (dont trois en fuite) pour leur soutien logistique et matériel aux terroristes des 7, 8 et 9 janvier 2015. 

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