Partout dans le monde, de nombreux équipages de marine marchande et de bateaux de croisière se retrouvent aujourd’hui totalement isolés, au large, sans savoir quand ils pourront retrouver la terre ferme. Une situation inédite pour beaucoup, à laquelle les armateurs et les compagnies maritimes peinent à répondre.

Début mai, un cargo et un tanker attendent au large du Havre de pouvoir éventuellement rallier le port.
Début mai, un cargo et un tanker attendent au large du Havre de pouvoir éventuellement rallier le port. © AFP / Jean-François Monier

Plusieurs dizaines de milliers de marins sont actuellement bloqués en mer, dans une situation de blocage, à la merci de normes sanitaires strictes qui compliquent considérablement la tâche des compagnies pour assurer leur relève.

Sentiment d’abandon, dépression… Trois suicides ont récemment été constatés par les autorités maritimes. Cette épreuve psychologique, conséquence de la pandémie de Covid-19, est souvent très dure à vivre pour les gens de mer.

Cela fait 66 jours que Caio Saldanha, DJ brésilien de 31 ans, tourne en rond à bord d’un navire de la compagnie Royal Caribbean. 

"On a l’impression de ne plus appartenir à cette terre, d’être des pions de la compagnie, on se sent abandonnés. C’est angoissant, on est totalement impuissants, et le fait qu’il y ait eu des suicides sur d’autres bateaux, ça nous inquiète vraiment."

Près de 150 000 gens de mer seraient dans la situation de Caio : immobilisés au large sans savoir quand ils pourront retrouver leur famille et leur domicile. Même si ces employés de compagnies maritimes ont l’habitude d’être confinés, et de vivre en situation d’isolement, l’absence de perspective et l’attente interminable peuvent provoquer des états de dépression plus ou moins graves, une fatigue intense. 

Un ensemble de facteurs qui peut potentiellement se révéler dangereux pour la sécurité : "Il n’y a pas que l’isolement. Avoir une date de fin, ça permet de se projeter. [Ne pas en avoir] c’est très fatigant psychiquement", estime Camille Jégo. Cette psychologue clinicienne, à la tête du dispositif d’aide psychologique en mer (joignable par téléphone au 02 72 27 84 82 ou par e-mail : c.jego@ch-saintnazaire.fr), confirme :

"Il y a eu beaucoup de souffrances du fait que les ports ferment les uns après les autres et que les possibilités de relève s’amenuisent."

Un gigantesque casse-tête 

Pour la relève comme pour le débarquement de l’équipage, des discussions, des autorisations sont nécessaires entre les pays, avec les autorités portuaires. Les compagnies maritimes sont aussi confrontées au ralentissement du trafic aérien pour rapatrier leurs employés. "Et ça, vous le multipliez à l’infini sur 174 pays, sur 65 000 navires", observe Jean-Marc Lacave, délégué général des Armateurs de France. 

Les armateurs et les compagnies du monde entier affirment être mobilisés pour organiser les relèves, mais chaque marin est un cas particulier.

"Au début on a prolongé, d’une escale pour certains, puis de deux mois. Mais on arrive à des taquets, et la situation est aujourd’hui préoccupante."

Les protocoles sanitaires mis en place au début de la pandémie ayant été laissés à la discrétion des autorités locales, l’exercice de la relève s’est transformé en un gigantesque casse-tête, une attente infernale pour les marins immobilisés en pleine mer.

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