Un douloureux face-à-face entre les victimes des agressions sexuelles du père Preynat et l'archevêque de Lyon s'est installé devant la cour d'appel de Lyon. Celle-ci réexamine les faits de non-dénonciation qui avaient valu au cardinal Barbarin d'être condamné à six mois de prison avec sursis, l'hiver dernier.

Philippe Barbarin à la cour d'appel de Lyon, jeudi 28 novembre.
Philippe Barbarin à la cour d'appel de Lyon, jeudi 28 novembre. © AFP / Jeff Pachoud

Le cardinal parait plus serein que lors de son premier procès en janvier. À la barre, quelle que soit la question, il développe le même double argument. 

D’une part : je savais que les faits étaient prescrits, c’est pour ça que je ne les ai pas dénoncés. D’autre part : j’ai fait tout ce que je croyais bon de faire en alertant le Vatican et en accompagnant les victimes qui sont venues m’en parler. Et puis encore : si je n’ai pas dénoncé les faits, d’autres les connaissaient autant que moi et ne l’ont pas fait

Le  cardinal Barbarin de citer les victimes qui étaient majeures, leurs parents qui avaient su dès le départ, l’entourage du père Preynat, les archevêques qui l’ont précédé. Le père Preynat lui-même qui ne lui a jamais révélé la véritable nature des faits qu’on lui reprochait, de ces rumeurs qui circulaient à son égard dans tout l’évêché. “Quand je lui ai demandé, précise le prévenu Barbarin, il m’a répondu que je ne pourrais pas comprendre”.

“Des faits lamentables pour un prêtre”

Pourquoi n’avez-vous pas insisté ?” questionne une assesseuse. “Ça, oui, c’est un regret”, concède Mgr Barbarin. Un avocat des parties civiles s’agace : 

– “Mais enfin, c’était quoi, ces rumeurs ? On l’accusait de tricher au Monopoly ?

– “‘C’était quelque chose de flou, de pas clair… On me disait ”Attention, avec Preynat, il y a eu des trucs…’

– “Mais vous saviez que c’était d’ordre sexuel ? Vous l’avez dit aux enquêteurs en 2015.” 

– “Non, je ne savais pas, mais je voyais bien qu’il y avait quelque chose de lourd derrière. Alors, on se met à penser à ça mais personne ne dit le mot.

– “Qu’est-ce que ça peut être d’autre ?

– “Des faits lamentables pour un prêtre”.

On n’en saura pas plus. 

Le traumatisme des victimes, amplifié par les silences de l'Église

Alors, bien sûr, la cour d’appel prend également le temps d’écouter les témoignages poignants des victimes du père Preynat. Elles n’évoquent pas ce qu’elles ont subi mais plutôt le long traumatisme qu’elles ont vécu depuis, traumatisme amplifié dans le temps par les silences de l’Eglise et les non-dénonciations du cardinal Barbarin. 

Les unes après les autres, elles témoignent à la barre de ces années de douleur dans une vie d’adulte cabossée par ce qu’elles ont subi enfant. Si Monseigneur Barbarin avait dénoncé les faits dès qu’il en avait eu vraiment connaissance, en 2010, “on aurait gagné quatre ans” sur la douleur, “si il avait foi en Dieu, il aurait réglé le problème tout de suite”. 

Ce vendredi, l’avocat général prononcera des réquisitions en se positionnant sur un terrain juridique. Il devrait confirmer l’analyse qu’avait eue le parquet de Lyon dès 2016 : le cardinal Barbarin doit bénéficier de la prescription des faits et être relaxé. L’arrêt de la cour d’appel sera ensuite mis en délibéré à plusieurs semaines. 

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