Les chiffres épidémiques s'améliorent chaque jour en France, et les hôpitaux le constatent. À l'hôpital Européen Georges-Pompidou, à Paris, le service de réanimation est nettement moins tendu depuis une dizaine de jours. Un soulagement pour les soignants.

 A l'Hôpital Européen Georges Pompidou (ici, le service de réanimation médicale), la tension retombe depuis un peu plus d'une semaine.
A l'Hôpital Européen Georges Pompidou (ici, le service de réanimation médicale), la tension retombe depuis un peu plus d'une semaine. © AFP / Anne-Christine Poujoulat

Est-ce un signe que la situation s'améliore dans les hôpitaux ? À l'Hôpital Européen Georges-Pompidou à Paris, le chef du service de réanimation médicale, le professeur Jean-Luc Diehl a pu s'offrir quelques jours de congé la semaine dernière. Il revient détendu d'un week-end prolongé au soleil. Ce sont ses premiers jours de relâche depuis des mois. Infirmier dans le service, Baptiste a pu, lui aussi, prendre le temps de souffler : "Pour le moral, c'est vrai que c'est bon de voir que le service est beaucoup moins tendu. Depuis une semaine, il y a clairement moins d'entrées et on commence timidement à voir revenir des patients non-Covid, ça nous montre que c'est peut-être le bout du tunnel."

On savoure cette détente momentanée mais on sait que ça peut revenir et que ce n'est peut-être pas la fin de l'histoire. On se prépare à tout, on garde la tête froide pour la suite.

L'infirmier poursuit : "Cela rend le travail moins monotone, c'est stimulant. Finalement, on est un peu comme en juin de l'année dernière".

Encore un tiers de patients Covid dans le service

Le mois dernier, 60 patients touchés par le Covid-19 occupaient des lits de réanimation, ils sont une quinzaine maintenant. Lors de la première vague, il y en avait jusqu'à 130. Depuis quatre semaines, c'est la décrue. Avec une entrée par jour en moyenne, au lieu de deux ou trois entrants quotidiens le mois dernier.

Dans cet hôpital parisien, les patients Covid ne représentent plus que le tiers des patients hospitalisés en réanimation. Le professeur Jean-Luc Diehl table sur un été avec encore cinq à dix patients Covid dans son service : "Durant la première vague, tout a été brutal, si bien qu'en juillet 2020, on n'avait plus un seul patient Covid dans le service. Ils sont revenus a partir du mois d'août. Aujourd'hui, le paysage est très différent. La montée en charge a été progressive, et la décrue l'est tout autant." Il ajoute :

Je suis convaincu que l'on aura encore du monde cet été, car tout le monde ne sera pas vacciné et la reprise des activités va forcément entraîner des cas. On verra bien. Tout ce qui s'est passé rend modeste sur les pronostics.

Des patients non vaccinés hospitalisés

Dans le service, les patients ont toujours 50 à 60 ans. "Nous n'avons vraiment quasiment plus de personnes âgées", souligne Jean-Luc Diehl. La plupart ont les comorbidités classiques, comme de l'obésité, du diabète, de l'hypertension, mais pas tous. En parcourant le service, on voit bien qu'il y a aussi des hommes plutôt jeunes, sans comorbidités. La plupart ne sont pas vaccinés : "Cela peut être une personne âgée sur qui le vaccin n'a pas fonctionné, ça arrive, et ça peut être quelqu'un qui n'a pas pu ou pas voulu se faire vacciner, après tout, ça ne fait pas très longtemps que les adultes y sont tous pleinement éligibles" témoigne le professeur Jean-Luc Diehl.

Les soignants, eux, reconnaissent que la tâche devient monotone, répétitive. "On a essayé de les laisser souffler quand on le pouvait ces derniers mois, on leur donnait des jours de congé quand c'était possible" explique le professeur Diehl. 

C'était un vrai point de vigilance, car certains étaient vraiment à bout. Le fait de restreindre les visites aussi est un poids pour les équipes. Humainement, ça reste difficile de gérer ces situations.

Des soignants vont quitter le service

La préoccupation, déjà, c'est la rentrée. Sur l'évolution épidémique des prochains mois, Jean-Luc Diehl ne se prononce pas : "Avec les variants, dont on ne peut pas prévoir l'évolution et les gens qui ne voudront pas se faire vacciner, on ne peut pas trop anticiper." Un autre souci, les effectifs de son service : "Il va y avoir des départs", assure-t-il. "Il y a des projets de mobilité gelés depuis des mois qui vont pouvoir enfin se concrétiser, des soignants fatigués, aussi, qui vont vouloir changer de voie, on le sait d'autant mieux que le turn-over en réanimation est élevé. Un infirmier reste trois ans en moyenne dans nos services. Il va donc falloir recruter."

Pour recruter, il faut des candidats. Or, les salaires ne sont plus attractifs, ceux des infirmiers de réanimation en particulier, manquent de reconnaissance. Le chantier des prochains mois sera donc d'essayer d'obtenir une meilleure rémunération. Ce sera aussi de travailler à une meilleure adaptabilité des services à ce type d'épidémie. "On a su gérer des attentats ponctuels, on sait gérer les pics de grippe hivernale, de bronchiolite, les canicules, on doit savoir adapter nos infrastructures à une épidémie qui dure comme celle ci avec beaucoup de malades, être capable de très vite avoir ce qu'il faut pour réagir" conclut Jean-Luc Diehl. Parmi les pistes : la transformation de lits intermédiaires en soins critiques en lits de réanimation, en vue d'une éventuelle reprise épidémique ou qui sait, d'une autre pandémie.