Michel Sardou est de retour sur scène, mais au théâtre, dans la pièce "N'écoutez pas mesdames" de Sacha Guitry, mise en scène par Nicolas Briançon. Un classique de la comédie de boulevard, qui remplit son rôle : divertir le public, avec un texte plus fin qu'on pourrait le penser.

Michel Sardou, Nicole Croisille, Eric Laugerias et la troupe de la pièce "N'écoutez pas mesdames" de Sacha Guitry sur la scène du théâtre de la Michodière
Michel Sardou, Nicole Croisille, Eric Laugerias et la troupe de la pièce "N'écoutez pas mesdames" de Sacha Guitry sur la scène du théâtre de la Michodière © Radio France / Julien Baldacchino

Peut-on encore monter une pièce de Sacha Guitry dans un monde post-MeToo ? C'est une question que l'on pouvait légitimement se poser, tant le dramaturge est connu pour sa misogynie. Et pourtant... En regardant "N'écoutez pas mesdames", monté depuis le 12 septembre dernier sur la scène du Théâtre de la Michodière à Paris, on en vient à douter.

Le rôle principal, incarné par Guitry lui-même lors de la création de la pièce en 1942, revient à un autre artiste connu pour ne pas mâcher ses mots envers la gent féminine : Michel Sardou. L'ex-chanteur populaire, qui a définitivement raccroché le micro pour les planches, campe le personnage de Daniel Bacheley, antiquaire jaloux, qui soupçonne sa deuxième épouse de l'avoir trompé.

Comme dans toute pièce de boulevard, les quiproquos, malentendus et manipulations s'enchaînent : c'est réussi, le public accroche à la dramaturgie bien ficelée. Au fond, il ne se passe pas grand chose dans cette pièce (la principale tension se met en place et se démêle dans le dernier acte), et pourtant on s'amuse tout de même.

Du rythme et de la distance

Et on finit même par se demander si ce personnage central, si méprisant envers les femmes, n'est pas finalement le seul dindon de la farce. Il est à la fois celui qui essaie de manipuler par excès de zèle, et celui qui se trouve trompé par son propre orgueil. À aucun moment dans la pièce, les personnages féminins, tant décriés par le personnage campé par Sardou, ne méritent les critiques qui leur sont faites.

Sur scène, la pièce brille par son rythme. Nicolas Briançon fait valser les personnages autour d'un Michel Sardou moins bougon que dans ses rôles précédents, qui se frotte à un classique après beaucoup de comédies de boulevard contemporains (Eric-Emmanuel Schmitt, Eric Assous), et qui surtout maîtrise parfaitement le rythme de ce texte ardu, marqué par un long monologue d'entrée en scène. Les mauvaises langues s'étonneront que l'ancien chanteur, qui oubliait si facilement ses paroles lors de ses tours de chant, ait aussi bien retenu son texte. 

Pas seulement pour les fans de Sardou

Dans la galerie de personnages qui gravitent autour de cet époux peu attentionné, les rôles féminins déploient une palette de caractères bien fournie, interprétée par Lisa Martino, Carole Richert et surtout Nicole Croisille, brillante d'énergie dans le rôle d'une ancienne danseuse de cabaret ruinée, premier amour de notre personnage principal. Dans les rôles masculins, Patrick Raynal, Laurent Spielvogel et Eric Laugerias (affublé d'un des accents factices dont il a le secret) contribuent à faire fonctionner cette machine comique aussi bien huilée que l'ascenseur qui sert de décor et accompagne les entrées et sorties des personnages.

Même les personnages secondaires que sont les domestiques (Michel Dussurat et Dorothée Deblaton) apportent une légèreté et un vrai rythme à cette comédie, dont l'heure et demie passe à toute vitesse. On ne peut que remercier Nicolas Briançon d'avoir maintenu ces rôles dont la présence sur scène est rare (donc chère), chose trop peu fréquente dans le théâtre de boulevard privé où on se retrouve trop souvent à quatre ou cinq personnages principaux, point barre.

Le public des premières représentations est (assez logiquement) venu pour la tête d'affiche (deux livres sur Sardou sont vendus à la sortie de la pièce), mais la pièce pourrait réussir à s'installer et à durer dans le théâtre parisien grâce à sa bonne mise en scène et à l'énergie de toute sa troupe. 

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