Des dizaines de femmes placardent depuis fin août des affiches sur les murs de Paris (et désormais d'autres villes de France) pour raconter, en quelques mots, les histoires de femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.

Des militantes posent avec les affiches qu'elles vont placarder sur les murs de Paris
Des militantes posent avec les affiches qu'elles vont placarder sur les murs de Paris © Radio France / Delphine Evenou

Aucune fioriture. Les lettres noires en capitales sont inscrites sur des feuilles blanches. "L'idée, c'est de laisser la place au message, c'est pour cela qu'on a un format très simple" explique Eva-Luna, 22 ans. 

Eva-Luna peint un des nombreux slogans dénonçant les féminicides
Eva-Luna peint un des nombreux slogans dénonçant les féminicides © Radio France / Delphine Evenou

Cette jeune journaliste, militante au sein du collectif Cyclique, a vite rejoint ce projet né fin août : "J'ai vu, le 1er septembre, que 100 femmes avaient été assassinées. Et j'ai été enragée quand j'ai vu ce chiffre; je me suis dit qu'il fallait que je fasse quelque chose". Eva-Luna tombe, sur les réseaux sociaux, sur des images d'un collage effectué la veille.

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REPORTAGE - Des affiches pour dénoncer les féminicides

Par Delphine Evenou

"On veut arrêter d'avoir à compter nos mortes"

Cheveux blonds et bleus, visage volontaire et regard franc, Marguerite, 28 ans, ancienne Femen, est arrivée à Paris il y a deux mois, avec dans ses bagages l'expérience d'affichage sauvage féministe à Marseille. Fin août, elle décide de reproduire l'expérience à Paris, quelques jours avant un Grenelle sur les violences conjugales auquel elle croit peu. 

Plusieurs dizaines de femmes répondent à l'appel, certaines reviennent le lendemain, de nouvelles arrivent pour participer à la confection des slogans et au collage des affiches. "Dolores, Maggie, Irina. Étranglée, brûlée vive, égorgée. Lire les noms et les histoires de ces femmes, ça interpelle", explique Marguerite. "C'est pour ça qu'on essaye de donner un peu de détail , pour que les gens se rendent compte de la violence de ce qui s'est passé".

Coller pour interpeller tous les passants et les politiques

Avant chaque session de collage dans les rues de Paris, les militantes d'un jour ou de longue date se retrouvent dans un squat d'artistes dans le XIVe arrondissement de Paris. Dans un coin, Anouk, silhouette frêle, sourit. La jeune femme de 29 ans vient pour la première fois depuis le début de la campagne de collage il y a une semaine. Elle vit la médiatisation de la question des violences faites aux femmes avec douleur : "Mon père était violent; il nous battait ma mère et moi. Quand elle voulait quitter le domicile, il la manipulait pour qu'elle ne puisse pas le faire. Et ce contexte, je suis en train de le revivre de plein fouet avec la médiatisation en ce moment. Cette action me porte, c'est c'est salvateur, ça m'a enfin poussée hors de chez moi". Coller ces messages, interpeller les hommes violents, l'aide à relever la tête. 

"Ces femmes assassinées, on a voulu mettre leur visage en terre. Nous, on veut montrer qu'elles existent" (Sabine, militante contre les féminicides)

L'idée de placarder des messages partout dans la rue est en effet d'interpeller tous les passant. "On ne peut pas passer dans la rue sans les voir. C'est efficace", confirme Marguerite Stern.

"Des hommes ont tenté de mettre en terre le visage de ces femmes, on leur permet de continuer à exister et d'être ramenées dans l'espace public", ajoute Sabine, très marquée par l'histoire de Julie Douib, 32 ans, mère de deux enfants, tuée en Corse le 5 mars de deux balles par son conjoint dont elle se séparait : "Ça suffit, basta cusì, comme on dit en Corse". 

Lettres noires sur fond blanc, elles veulent interpeller passants et gouvernement
Lettres noires sur fond blanc, elles veulent interpeller passants et gouvernement © Radio France / Delphine Evenou

Une initiative qui essaime

Depuis les premières affiches à Paris, plusieurs groupes de femmes ont repris l'initiative. Des affiches sont ainsi collées dans les rues de Bordeaux, Lyon, Lille, Nancy et d'autres villes. 

Plus de 400 euros d'amende

Vendredi soir, après plusieurs jours d'affichage, certaines militantes ont été verbalisées à Paris aux abords de Matignon. Ce sont des agents de la police municipale qui les ont appréhendé. Un épisode qui embarrasse la mairie de Paris : "Je suis absolument désolé pour ces militantes. Nous soutenons leur cause, nous sommes engagés, concrètement, dans la lutte contre les féminicides et les violences faites aux femmes", promet Paul Simondon, adjoint en charge de la propreté, "mais l'affichage sauvage est illégal, et il est impossible pour nos agents de faire un tri dans les slogans, de leur donner la liste des combats que nous soutenons. Ils ont fait leur travail. Il faut agir dans la légalité, même si cet épisode est malheureux". Sept jeunes femmes ont écopé de 65 euros d'amende chacune. "Nous sommes des militantes, pas des délinquantes, et nous continuerons" assure Marguerite Stern. 

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