Depuis la seconde guerre mondiale, 32 réunions au sommet des chefs d’Etat russes (ou soviétiques) et américains se sont succédées, en moyenne une tous les deux ans et demi. Ces sommets ont rythmé la marche du monde durant plus de 75 ans. Particulièrement pendant les trente-cinq années de Guerre Froide.

32 sommets américano-soviétiques ou américano-russes depuis la guerre. Avec 12 sommets Mikhaïl Gorbatchev, ici avec Ronald Reagan en 1986, est le dirigeant qui en aura assumé le plus.
32 sommets américano-soviétiques ou américano-russes depuis la guerre. Avec 12 sommets Mikhaïl Gorbatchev, ici avec Ronald Reagan en 1986, est le dirigeant qui en aura assumé le plus. © AFP / Ann Ronan

Partage du monde 

Le tout premier face-face entre un Président américain, en l’occurrence Franklin D. Roosevelt et le Secrétaire général du parti communiste d’Union Soviétique, Joseph Staline, s’est déroulé en pleine guerre mais déjà en terrain neutre : à Téhéran en 1943. La rencontre "des trois Grands" (Winston Churchill est également du voyage en Iran) permet aux alliés de s’accorder quant à la stratégie face à l’Allemagne Nazie. Le principe du débarquement des Occidentaux en Normandie y est arrêté ; de même que l’engagement soviétique contre le Japon sur le front oriental…

Winston Churchill, Franklin D. Roosevelt et Joseph Staline à Yalta en 1945. Russes et Américains s'entendent sur un partage de leurs zones d'influence respectives
Winston Churchill, Franklin D. Roosevelt et Joseph Staline à Yalta en 1945. Russes et Américains s'entendent sur un partage de leurs zones d'influence respectives © AFP

Les deux sommets russo-américains de l’immédiat après-guerre, les conférences de Yalta (en Crimée soviétique) et Postdam (en Allemagne occupée en 1945) sont également tripartites, Winston Churchill étant toujours de la partie. À Postdam, ce sera même un quatuor : Clement Attlee, qui vient de ravir le poste de Premier ministre de la Couronne, secondera Winston Churchill. C’est à Yalta que les "Grands" se partagent  le monde, ou au moins leurs zones d’influence respectives, notamment en Europe.

Guerre Froide 

Les relations vont toutefois vite se tendre entre les alliés de la Seconde Guerre Mondiale, et les sommets russo-américains suivant seront essentiellement consacrés à la réduction de ces tensions. À Genève, en 1955, Dwight Eisenhower et Nikita Krouchtchev, qui a succédé à Staline, ne sont toujours pas seuls en vis-à-vis : le Français Edgar Faure et le Britannique Anthony Eden participent au sommet, qui n’accouche que de quelques déclarations d’intention.

1959 voit le premier sommet véritablement bilatéral. Il intervient à l’occasion de la première visite d’un Secrétaire général du PCUS aux Etats-Unis. Les 13 jours de visite de Nikita Krouchtchev ne permettront pas d’avancée significative. Même ambiance au sommet de Vienne en juin 1961 où John F. Kennedy ne peut que constater les différences rédhibitoires entre les deux pays. Deux mois plus tard les Soviétiques entament la construction du Mur de Berlin. Le "rideau de fer" décrit par Churchill s'est désormais matérialisé au cœur même de la capitale allemande.

Dégel et désarmement

La guerre froide est toujours d’actualité mais à partir de 1969, on parle davantage de "détente" entre les deux Grands. Leonid Brejnev enchaînera les sommets, pratiquement un tous les ans entre 1972 et 1975, alternativement aux Etats-Unis et à Moscou. Les premiers traités de réduction des armements y sont signé : traité ABM sur les missiles balistiques en 1972, sur la limitation des essais nucléaires souterrains en 1973 ou établissant une stricte parité dans l’arsenal intercontinental en 1974.

l'Américain Richard Nixon et le Soviétique Leonid Brejnev - ici à Washington en 1973 - multiplieront les  sommets visant la limitation des armements nucléaires
l'Américain Richard Nixon et le Soviétique Leonid Brejnev - ici à Washington en 1973 - multiplieront les sommets visant la limitation des armements nucléaires © AFP

C’est l’époque de "l’équilibre de la terreur" ou de la stratégie de la destruction mutuelle assurée (Muttually Assured Destruction ou MAD en Anglais) Mais la décennie s’achève tout de même (sommet de Vienne en 1979) sur la signature des accords SALT I et SALT II. 

Les deux décennies suivantes verront le nouveau secrétaire général du PCUS Mikhaïl Gorbatchev relancer le rythme des sommets russo-américain. Gorbatchev reste le plus assidu à ceux-ci : il aura participé à 12 d’entre eux, avec, comme vis-à-vis, Ronald Reagan, puis Georges H W Bush. En 1987 Russes et Américains signent à Washington le premier traité de désarmement sur les armes nucléaires de portée intermédiaires (INF). En décembre 1989, quelques semaines après la chute du Mur de Berlin, au sommet de Malte, Mikhaïl Gorbatchev et Georges HW Bush entérinent officiellement la fin de la guerre froide. 

Russie en perte de vitesse

Avec la fin de l’URSS en 1991, ce sont les présidents de la Fédération de Russie : Boris Elstine, Vladimir Poutine et Dmitry Medvedev qui prennent le relais côté russe. Seulement six sommets russo-américains ont lieu durant les près de trente années qui vont suivre, de 1993 à 2018. Ils ont réunis Bill Clinton et Boris Elstine (Vancouver 1993, Helsinki 1997), Georges W Bush et Vladimir Poutine (Ljubljana 2001, Bratislava 2006),  Barack Obama et Dmitry Medvedev (Prague 2010) et enfin Donald Trump et Vladimir Poutine (Helsinky 2018). Cette fréquence bien moindre des rencontres illustre sans doute la baisse en gamme de la Fédération de Russie, héritière au petit pied de feu l'Union Soviétique, ce au grand dam d'un Vladimir Poutine.

A Helsinki , dernier sommet en date en 2018, Vladimir Poutine a clairement dominé les échanges.
A Helsinki , dernier sommet en date en 2018, Vladimir Poutine a clairement dominé les échanges. © AFP / Yuri KADOBNOV

Le dernier en date des sommets russo-américains, celui d’Helsinki en 2018, après 8 ans de relations de plus en plus refroidies, était d’ailleurs une façon très claire pour le Président russe de réaffirmer son statut de leader d’une Puissance qui serait au niveau des Etats-Unis. Mais la rencontre avait quasiment tourné à la farce, l’essentiel des échanges se concentrant sur la possible immixtion de la Russie dans la campagne présidentielle américaine de 2016. Vladimir Poutine jurant ses grands Dieux qu’il n’y était pour rien, Donald Trump assurant publiquement qu’il était, sur ce sujet, davantage enclin à croire le président russe que ses propres services de renseignements.

On ose espérer, cette fois, que le sommet Biden-Poutine de Genève sera d’un autre niveau.