La crise sanitaire du Covid-19 est aussi sociale. Et fait basculer certains habitants dans la précarité : revenus en baisse, charges qui augmentent, notamment quand il faut préparer tous les repas. Les associations d’aide alimentaire sont en première ligne.

Les bénéficiaires attendent devant le centre des Restos du Coeur aux Lilas (93)
Les bénéficiaires attendent devant le centre des Restos du Coeur aux Lilas (93) © Radio France / Faustine Calmel

Ce mercredi après-midi, la distribution alimentaire des Restos du Cœur des Lilas, en Seine-Saint-Denis, ouvre à 14 heures. Trois quarts d'heure plus tôt, une trentaine de personnes, en majorité des femmes, font déjà la queue rue Romain Rolland. La file d'attente s'étend sur près d'une centaine de mètres, sur le trottoir garni de rubalise et où du scotch matérialise au sol la limite d'un mètre entre chaque bénéficiaire. Deux agents municipaux sont présents, pour faire respecter les gestes barrières et éviter tout débordement. La veille, cela a été "un peu la pagaille" confie un bénévole, quand il a fallu fournir de la nourriture à 113 familles.

De nouveaux profils de bénéficiaires

Amélia est là avec sa fille, Lydia. Mère célibataire, secrétaire médicale à temps partiel, elle ne travaille plus depuis le début du confinement et a dû se résoudre à venir aux Restos : "L'argent manque, et avec le RSA, une fois payés le loyer et les charges, on n'a plus de quoi acheter ce qu'il faut pour bien se nourrir", explique cette femme d'une petite quarantaine d'années, venue aux Restos du Coeur "deux ou trois fois seulement, l'année dernière, en cas de coup dur".

De nouvelles têtes, il y en a, comme cet homme d'à peine 40 ans, qui ne travaille plus non plus depuis cinq semaines, et vient pour la première fois récupérer un carton avec des pâtes, du riz, de l'huile, du lait, quelques surgelés et des flans en poudre. "Ce sont des gens qui, habituellement, travaillent sur des chantiers, font des petits boulots dans les restaurants", constate Slimane, l'un des co-responsables de cette antenne des Restos du Coeur.

La crainte de ne pas pouvoir servir tout le monde

Et ces nouveaux bénéficiaires, Slimane craint de les voir revenir après le déconfinement. "Leur travail ne va reprendre comme ça, du jour au lendemain. Ils seront encore sur le carreau. Alors oui, ça fait mal au coeur. Parfois on se dit que l'on ne peut pas nourrir tout le monde. Est-ce qu'un jour on sera obligé de se demander si l'on peut servir telle ou telle famille ?" s'interroge celui qui gère ce centre depuis quatre ans. "Il ne faut pas que le nombre de gens qui viennent chercher de la nourriture continue à grimper, sinon ça va devenir impossible", s'inquiète Slimane.

Cette semaine, le centre des Restos du Cœur aux Lilas a fourni de la nourriture à environ 200 familles. Certaines venues de loin : Pierrefitte, Saint-Denis. Car si l'antenne de cette commune a pu s'organiser pour rouvrir quelques jours seulement après le début du confinement, seuls 23 des 31 centres des Restos du Cœur dans le département de Seine-Saint-Denis distribuent encore des denrées. Une partie des bénévoles habituels, âgés ou fragiles n'ont pas pu continuer leur activité. Et l'arrivée de renforts, nombreux aux Lilas, n'a pas pu s'organiser partout.

Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.