Depuis mercredi et l'instauration du pass sanitaire dans les lieux de culture, la fréquentation des cinémas est en chute libre de 70%. Les exploitants demandent des mesures d'accompagnement économique. Reportage dans un cinéma parisien.

Le pass sanitaire est obligatoire au cinéma les 7 Batignolles, à Paris
Le pass sanitaire est obligatoire au cinéma les 7 Batignolles, à Paris © Radio France / Rémi Brancato

"'Adieu les cons' va finir bientôt et il y a sept personnes dans la salle pour une capacité de 90 places." Sur son écran au guichet du cinéma "Les 7 Batignolles" dans le XVIIe arrondissement de Paris, Marianne fait le même constat depuis cinq jours : la fréquentation est en chute libre. Mercredi, jour de l'instauration du pass sanitaire dans les cinémas, Matthieu Guilloux, le directeur adjoint a compté 200 entrées, contre 500 le mercredi précédent, soit une baisse de 60%. À l'échelle de le France, selon Comscore (cité par Les Echos) qui mesure les entrées en salle, la baisse était ce jour-là en moyenne de 70%.

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Depuis, la fréquentation n'a pas redémarré. À l'accueil, il faut désormais montrer son pass sanitaire, ce qui rebute certainement les spectateurs non vaccinés ou qui n'ont pas encore effectué la deuxième injection. Pierre l'a réalisée cette semaine et doit encore attendre sept jours pour obtenir le pass. Alors dans ce délai, pour entrer au cinéma, pas le choix : "On a fait un petit test antigénique aujourd'hui pour avoir la possibilité d'aller voir ce film." 

Prévoir un test PCR ou antigénique ? "Trop contraignant"

Un comportement rare, à en croire Adèle Taktak, responsable de l'espace restauration du cinéma. "On a dû malheureusement refuser l'accès à certaines personnes car beaucoup n'étaient pas au courant et n'avaient pas compris que c'était à partir de mercredi 21 juillet au cinéma et non à partir du 1er août, comme pour les cafés, hôtels, restaurants", raconte-t-elle, "il y a eu clairement du mécontentement".

Selon elle de nombreux clients téléphonent pour savoir si le pass sanitaire est en vigueur et se découragent : "Devoir prévoir d'avoir un PCR ou un test antigénique avant d'aller au cinéma est beaucoup trop contraignant pour que les gens aient envie de passer le cap."

Pour le cinéma, cette chute de fréquentation est un coup dur après des mois de fermetures et trois confinements. "On rouvre, on voit que l'activité reprend et qu'il y a des gros films qui sortent et là, on doit appliquer le pass sanitaire, on a l'impression de reculer encore une fois", se désole Matthieu Guilloux, qui estime que, comme pour les restaurants, le gouvernement aurait au moins pu attendre le 1er août pour appliquer cette mesure aux salles obscures. "On aurait pu mieux se préparer", estime-t-il.

Au guichet du cinéma, il faut désormais montrer son pass sanitaire
Au guichet du cinéma, il faut désormais montrer son pass sanitaire © Radio France / Rémi Brancato

Les cinémas demandent une "aide d'urgence"

D'autant que selon lui, il faudra des semaines avant que l'élargissement de la vaccination permette au public de revenir sans faire de test. "L'élargissement de la vaccination pourrait faire redémarrer l'activité, mais ça ne peut pas se faire en trois jours", abonde Adèle Taktak : "Il faut laisser le temps et pendant ce temps, nous, ça nous laisse dans un creux économique."

Alors pour faire face, la Fédération nationale du cinéma français (FNCF) demande une "aide d'urgence" pour soutenir l'activité des cinémas. Pour Matthieu Guilloux, réinstaurer le chômage partiel "pourrait être préconisé". Ce week-end, sept employés étaient en service dans son établissement, mais "au vu de l'activité, j'aurais mis sûrement quelques personnes en chômage partiel"