Il a déjà retrouvé le Bismarck et, surtout, le Titanic. Le chasseur d’épaves américain Robert Ballard s’embarque ce mercredi pour une nouvelle expédition sous les mers, à la recherche cette fois d’un avion. L’Electra d’Amelia Earhart, disparue en 1937. Retour sur une aventure jamais vraiment terminée.

Amelia Earhart est la première aviatrice à avoir franchi l'Atlantique en solitaire, en 1932. Elle a disparu en 1937 dans le Pacifique lors de sa tentative de tour du monde.
Amelia Earhart est la première aviatrice à avoir franchi l'Atlantique en solitaire, en 1932. Elle a disparu en 1937 dans le Pacifique lors de sa tentative de tour du monde. © AFP

2 juillet 1937, 17h20, la voix d’Amelia Earhart se fait entendre par les stations radio du Pacifique ouest. L’aviatrice se signale au-dessus des îles Salomon. Partie de Lae, en Nouvelle-Guinée, le matin-même, elle a déjà parcouru près de 35 000 km dans la tentative de tour du monde en avion qu’elle effectue avec son navigateur Fred Noonan.

Mais cette étape, l’avant-dernière, est de loin la plus longue de son périple : 4 734 km la séparent de l’île Howland, un petit territoire américain au milieu du Pacifique, où elle est attendue par un navire des garde-côtes.

En pleine nuit, ce dernier, l’Itasca, reçoit une série de messages du Lockheed Electra :

KHAQQ appelle Itasca. Nous devrions être au-dessus de vous, mais nous ne vous voyons pas. Le carburant commence à baisser.

La voix d’Amelia est calme, mais faute de radar, nul ne parvient à l’aider. L’heure tourne, et l’inquiétude croît : "KHAQQ appelle Itasca. Nous tournons en rond mais ne voyons pas l’île et ne vous entendons." Puis l’inquiétude se mue en panique - "KHAQQ à Itasca... Nous cherchons au nord et au sud" - avant le silence radio. Définitif. Amelia et Fred ont disparu.

82 ans plus tard, le mystère reste entier. Mais les spéculations n’ont jamais cessé. Sur les causes de sa disparition comme sur le lieu d’un éventuel crash.

L'espionne qui venait de loin

Certains ont vu en "Lady Lindy" (pour Lindbergh, du nom du pionnier de l’aviation) une espionne américaine envoyée en observation. Il faut dire qu’en 1937, le Pacifique est déjà une zone stratégique pour une puissance locale qui s’y imposera par la suite, le Japon. On la retrouve ainsi prisonnière de l’armée impériale, sur une base de l’île de Roi-Namur. On mentionne des documents – jamais rendus publics – attestant de son passage. Selon d’autres hypothèses, elle serait rentrée saine et sauve aux États-Unis, à l’issue de sa mission, sous un faux nom.

Mais couvrir 35 000 km pour espionner les Japonais paraît assez fantaisiste. Plus probable, la piste de la panne sèche et du crash reste la plus populaire. D’autant que la zone survolée ne présente que peu d’échappatoires pour un avion : peu de terres, pas de pistes.

C’est donc sur eux que se concentrent très vite les recherches.

À commencer par l’île Gardner, aujourd’hui Nikumaroro (Kiribati), qui pourrait se trouver sur le parcours de l’aviatrice. Depuis 1940 et la découverte, par l’administrateur britannique des lieux, de restes humains, de vestiges d’un feu de camp et d’un instrument de navigation, l’idée qu’Amelia et Fred auraient pu y survivre a la vie dure.

L'archipel de tous les espoirs

Des analyses menées depuis 2010 sur de nouveaux ossements (Amelia Earhart and the Nikumaroro Bones - A 1941 Analysis versus Modern Quantitative Techniques) – les autres ont disparu – laissent même penser qu’il pourrait bien s’agir d’Earhart et Noonan. Mais comment les occupants de l’île – elle a accueilli des naufragés ou des colons jusqu’en 1963 –, ont-ils pu passer à côté de nos Robinson ?

Il n’en demeure pas moins que l’archipel des Nikumaroro concentre le plus grand nombre d’indices sur la disparue : des restes de vêtements, de produits de beauté, qui auraient pu lui appartenir ; un morceau de hublot qui pourrait venir de l’Electra… C’est à la fondation TIGHAR (The International Group For Historic Aircraft Recovery) et à sa dizaine d’expéditions que l’on doit ces découvertes.

Cette fois-ci, c’est Robert Ballard qui part à la recherche de signes irréfutables du crash d’Amelia et Fred. L'homme qui a retrouvé les épaves du Titanic et du Bismarck pourra compter sur un navire high-tech, le Nautilus, des sous-marins radiocommandés et des archéologues sous-marins.

La promesse, au-delà de la découverte l’avion tant convoité, d’un film à grand spectacle. 

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