Sur le site de la BnF/Gallica, voyagez au fil des collections pour retrouver les meilleurs souvenirs du Festival d'Avignon. De la première exposition en 1947, aux photos des spectacles les plus marquants, furetez dans cet article et vous serez transportés au festival, malgré son annulation pour cause de Covid.

En 1972 le chorégraphe Roland Petit propose le spectacle "Allumez les étoiles"
En 1972 le chorégraphe Roland Petit propose le spectacle "Allumez les étoiles" © Christian Martinez/ Gallica-BnF

La 74e édition du festival d'Avignon, grand rendez-vous du théâtre européen, aurait dû avoir lieu du 3 au 23 juillet. La crise sanitaire du printemps a finalement poussé les organisateurs a annuler et donner rendez-vous au public à l'automne pour une série de spectacles. Gallica et la Bibliothèque nationale de France proposent donc de vous plonger dans la mémoire de ce rendez-vous né dès après la guerre en consultant ses archives numériques, accessibles à tous. Il suffit de suivre les liens.

Le festival des arts du spectacle, fondé par Jean Vilar en 1947 comportait au départ une "Semaine d'art dramatique" avec trois créations en trois lieux. Cette semaine tournait autour d'une exposition d'art montée par Christian Zervos et René Char, dans la chapelle du Palais des papes. 

 Exposition de peintures et sculptures contemporaines , Palais des Papes, Chapelle Clémentine, 27 juin-30 septembre 1947. Trois sculptures  de Hans Arp, Calder et Giacometti
Exposition de peintures et sculptures contemporaines , Palais des Papes, Chapelle Clémentine, 27 juin-30 septembre 1947. Trois sculptures de Hans Arp, Calder et Giacometti / Joaquin Gomis. Musée national d'art moderne

Peu à peu, théâtre et politique se sont invités au programme.  Autour de Jean Vilar, un groupe d'acteurs vient régulièrement à Avignon. Michel Bouquet, Silvia Montfort, Jeanne Moreau, Daniel Sorano, Maria Casarès, Philipe Noiret, Monique Chaumette, Jean Le Poulain, Charles Denner, Georges Wilson et Gérard Philipe, déjà célèbre grâce au cinéma.

De Roger Pic à Agnès Varda, la mémoire photographique du festival

La semaine d'art est devenue les rencontres d'Avignon, à partir de 1964, et elles ont été photographiées par Roger Pic. Le festival était aussi selon la volonté de Jean Vilar un moment de réflexion sur la culture et son sens politique. De nombreuses rencontres qui ont fait l'esprit même d'Avignon se sont déroulées notamment dans le verger Urbain V. On les a d'ailleurs appelées les "rencontres du Verger". 

Retrouvez 200.000 photographies de Roger Pic conservées à la BnF et une série de clichés des 1eres rencontres d'Avignon.

Saviez-vous qu'Agnès Varda avait été conviée dès 1951 par Jean Vilar à capturer la vie même du festival, les répétitions autant que les spectacles ? La jeune femme avait alors à peine 23 ans. La maison Jean Vilar, antenne de la Bibliothèque nationale de France, conserve ses images de Macbeth en 1954, du Prince de Hombourg en 1952, photo devenue mythique de Gérard Philipe serrant Jeanne Moreau sur son cœur, ou bien encore celle de Maria Casarès dans le rôle de Marie Tudor.  

Agnès Varda a photographié le festival : ici Maria Casarès dans le rôle de Marie Tudor en 1955, et à gauche, Gérard Philippe, Jean Vilar et Léon Gischia en 1951 dans la cour d'honneur du palais des Papes
Agnès Varda a photographié le festival : ici Maria Casarès dans le rôle de Marie Tudor en 1955, et à gauche, Gérard Philippe, Jean Vilar et Léon Gischia en 1951 dans la cour d'honneur du palais des Papes / BnF - Maison Jean Vilar

Autre moment inoubliable, les représentations du Mahābhārata, monté par Peter Brooks. Le Mahābhārata est un texte sacré de l'hindouisme. Il aura fallu presque dix ans au metteur en scène pour l'adapter au théâtre, avec la complicité de Jean-Claude Carrière. Le spectacle est enfin donné en juillet 1985 lors de la 35e édition du festival. À l'image du mythique Soulier de Satin, de Paul Claudel, monté par Antoine Vitez sur une durée de onze heures, le Mahābhārata a été donné durant toute une nuit dans la carrière Boulbon pour la première fois. La représentation a duré plus de neuf heures. Cette création hors normes  a été photographiée par Daniel Cande, dont on peut retrouver les clichés sur Gallica.

Le Mahābhārata, au festival d'Avignon
Le Mahābhārata, au festival d'Avignon / Daniel Cande - Bnf/ Gallica

Au théâtre, le pouvoir de la voix dans une série de podcasts

À Avignon, dans la cour du Palais des Papes ou dans la carrière Boulbon, les voix des comédiens sont portées par l'ampleur des lieux, se cognant à la pierre du palais ou celle de la carrière, à ciel ouvert, emportées par le vent, et aspirées par les étoiles. Dans la si vaste cour du Palais, les comédiens doivent être entendus jusque dans les derniers rangs des gradins, et non se contenter d'être entendus par leurs partenaires sur scène. L’enregistrement de Lorenzaccio que propose la BnF a été effectué au moyen de micros placés en "nez de scène", raison pour laquelle la qualité d’écoute est celle d’un premier rang. 

Mais quand on n'est ni au premier rang, ni au festival, on peut écouter les retransmissions à la radio. Écouter le théâtre derrière le poste, ou en podcast, quel que soit le siècle, est une expérience particulière. Sept chercheurs ont étudié l'évolution de la voix et des déclamations entendues à la radio dans le cadre de pièces retransmises. 

Comment le personnage d'Ubu d'Alfred Jarry a-il été interprété ? Ce dernier voulait que son roi absurde ait une voix de phonographe. Mais qu'est ce qu'une voix de phonographe ? Comment respecter, ou pas, cette intention en 1981 lorsque Denis Lavant incarne Ubu sous la direction de Bernard Sobel ? La radio a fait évoluer les voix du théâtre. Comment parlait Gérard Philipe, qui a tant marqué les inconditionnels du festival d'Avignon à ses débuts, en endossant le rôle du Prince de Hombourg aux cotés de Jean Vilar, Lucienne Le Marchand et Jeanne Moreau ? "Ce n'était pas une belle voix mais une grande voix", explique Julia Gros de Gasquet, maître de conférence et comédienne. Dans les années 50, Gérard Philipe s'est engagé syndicalement, ce qui le porte à lire les textes de Marx, et "on entend la différence entre la voix jouant et la voix lisant", du "grand art" selon Julia Gros, car là "on vibre moins mais on fait des bonds politiquement".

►L'ensemble des ressources numériques sur le festival d'Avignon détenues par la BnF

► Pour 2020, pas de festival mais une semaine d'art prévue à partir du 23 octobre.

► En vidéo, des extraits de spectacles ou entretiens de 2014 à 2019.

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