Le 31 décembre, c’est une émission en direct et aussi des podcasts et des surprises. C’est une riche carrière à Radio France qu’a effectuée Béatrice Denaes jusqu’en 2018, avant de se retirer pour s’accomplir elle-même, à travers un parcours lié à la transidentité. Elle nous en fait le récit, en toute intimité.

Béatrice Danaes
Béatrice Danaes © Capture d'écran Loopsider
22 min

Béatrice Denaes : "Ma métamorphose est quasiment terminée"

Par France Inter

Elle a la radio dans les veines : des ondes qui parcourent son corps. Car Béatrice Denaes, avant de finir sa carrière comme médiatrice des antennes de Radio France de 2015 à 2018, a œuvré toute sa carrière à la radio, en participant à la création de Fréquence Nord (actuelle antenne France Bleu) et en occupant plusieurs postes de rédactrice en cheffe dans les matinales.

En 2018, elle fait valoir ses droits à la retraite, à la surprise de ses collègues, pour vivre pleinement son changement d'identité de genre. Une histoire de transidentité à base de lecture et de... bas de contention !

Découvrir sa transidentité

Une fraîche nuit d’automne. Encore quelques veloutés roses dans le ciel qui va bientôt s’obscurcir. Élodie Font est accueillie par Béatrice Denaes à son domicile. Très vite, la conversation débute sur cette sensation intime et innommée que celle-ci éprouve dès le plus jeune âge :

Quand j’avais 4-5-6 ans, en fait ce que je sentais, c’est que je me sentais mal. J’avais vraiment un mal être, mais à cet âge-là, c’était impossible à définir.

Ainsi Béatrice Denaes reconnaît qu’elle rêve d’être comme ses copines qui l’entourent, insouciantes et fières dans leur corps de fille, qui leur paraît inné. Les années passent, le malaise s’installe et s’accroît :

Déjà à 8 ans, je me sentais intérieurement fille, j’avais vraiment envie d’être cette fille mais je n’arrivais pas à l’exprimer.

Des émotions et des sensations. Des peines et des expérimentations. Mais l’absence de mots. L’heure n’est pas à Internet ni aux réseaux sociaux, et la transidentité demeure encore secrète et muette. Alors la jeune Béatrice se renferme sur elle-même au point de bâtir un monde hermétique autour d’elle qui l’écarte de la société autant qu’il participe à l’élaboration de ce qu’elle qualifie de « sas de survie », à savoir ces moments précieux, comme des bulles d’oxygène, où elle revêt des robes, des vêtements genrés au féminin.

On ne peut pas continuer à jouer une comédie dans un corps qui n’est pas le sien.

Le déclic pour le coming-out

La cinquantaine consommée, Béatrice Denaes met enfin un mot sur ses sensations. La transidentité entre alors dans son vocabulaire, nourrit sa sensibilité exacerbée.

Jusqu’au premier coming-out réalisé auprès de sa femme. La lecture D’un corps à l’autre d’Olivia de Chaumont et une opération de la hanche qui exige le port de bas de contention : et voilà un dévoilement qui soulage ! L’aveu est certes une épreuve pour son épouse, dans un premier temps, mais Béatrice sourit :

Pour la première fois je sortais de leur cachette des vêtements féminins, et ma femme m’a dit "qu’est-ce que tu es belle !"

Transitionner et se métamorphoser

Chaque transition est singulière et propre aux individus. Dans celle de Béatrice Denaes, la vaginoplastie tient un rôle primordial dans son épanouissement et son aboutissement :

Donc j’ai fait cette opération, cette vaginoplastie, cette métamorphose qui est une vraie métamorphose pour le coup car en me réveillant de l’opération, je me suis dit, voilà, maintenant, je suis femme.

L’opération de réassignation soulève toutefois, en elle, quelques interrogations sur sa légitimité, mais, au fil de son parcours, Béatrice Denaes les balaie :

Ma métamorphose est quasiment terminée. Mais je garde toujours ce complexe qu’est ma voix : je n’arriverais jamais à avoir une voix parfaitement féminine.

  • Écouter et réécouter sur cette page l'interview intégrale de Béatrice Denaes au micro d'Élodie Font, réalisée par Clément Nouguier et préparée par Céline Dubois, dans le cadre de l'émission "Va, vis et 2021" pour célébrer le Réveillon du Nouvel An.

Références

Béatrice Denaes, Ce corps n'était pas le mien, éditions First, paru le 12 novembre 2020.

A réécouter ici sur France Inter l'entretien de Béatrice Denaes dans le 13/14h.

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