Cela fait tout juste un an, depuis le 18 décembre 2018, que les Belges vivent sans gouvernement. La classe politique fracturée entre une Flandre très à droite, et la Wallonie à gauche, n'arrive pas à trouver une majorité. Ce n’est pas une première : il y a neuf ans, l’impasse politique avait duré 541 jours.

En Belgique, les compétences sont partagées entre le niveau fédéral et les niveaux régional et communautaire. L'absence de gouvernement fédéral ne bloque donc pas tout.
En Belgique, les compétences sont partagées entre le niveau fédéral et les niveaux régional et communautaire. L'absence de gouvernement fédéral ne bloque donc pas tout. © AFP / Nicolas Maeterlinck

Comment fonctionne un pays sans gouvernement depuis un an ? La question fait souvent sourire les Belges. Mais pour Caroline Sägesser, chargée de recherche au Crisp, le Centre de recherche et d’information socio-politiques, cette situation n'est pas forcément bloquante : "Nous avons l’habitude, car, d'une part, nous avons beaucoup de compétences qui sont gérées au niveau des entités fédérées, régions et communautés, des entités qui ont des gouvernements de plein exercice et qui fonctionnent. De l’autre, nous avons l'habitude de travailler avec un gouvernement qui gère les affaires courantes."

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Elle poursuit : "La notion d’affaires courantes s’élargit donc avec le temps, car, par définition, tout est à faire ! Si vous le laissez traîner suffisamment longtemps, un dossier finit par devenir une affaire urgente, donc de la compétence du gouvernement."

Faute de budget, point d'initiative

En 2011, cette absence de gouvernement n’avait pas empêché l’envoi de militaires en Libye. Cette fois-ci, les Belges ont aussi réussi, après quelques remous, à nommer l'un des leurs à la Commission européenne. Mais le point de crispation est budgétaire :

"Le gros problème auquel nous sommes confrontés tient au fait que le gouvernement de Charles Michel est tombé en décembre 2018, avant d'adopter le budget 2019".

"Nous avons donc déjà travaillé en 'douzièmes provisoires' pendant une année, ce qui veut dire que l'on ne peut dépenser chaque mois que le douzième de ce qu'on a dépensé l'année précédente. Et cela bloque toute nouvelle initiative au niveau politique !" regrette encore Caroline Sägesser.

Cela empêche donc toute décision de nature à réduire le déficit budgétaire, comme l'Europe le demande à la Belgique. Mais surtout, l'État se trouve impuissant face, par exemple, aux niveaux alarmants de pauvreté, en particulier infantile, pointés par un récent rapport, déplore la politologue belge.

Selon un sondage Ipsos pour le journal belge Le Soir, un an sans gouvernement, "c'est honteux"  pour huit Belges sur dix. Au niveau communautaire, les réactions varient : pour trois quarts des francophones, cette impasse politique n'a aucun impact sur leur vie quotidienne. Côté flamand, ils sont deux tiers. 

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