Le Premier ministre israélien comparaît à partir d'aujourd'hui devant un tribunal de Jérusalem. Soupçonné de corruption, fraude et abus de confiance dans trois dossiers distincts, il va mener l'un des combats les plus importants de sa vie.

Benyamin Netanyahou, au pouvoir depuis plus de onze ans sans interruption, est adulé ou détesté par les Israéliens (ici ses supporters pendant la campagne législative de janvier 2020)
Benyamin Netanyahou, au pouvoir depuis plus de onze ans sans interruption, est adulé ou détesté par les Israéliens (ici ses supporters pendant la campagne législative de janvier 2020) © Radio France / Frédéric Métézeau

La salle 317 du tribunal de district de Jérusalem situé à l'Est, dans la partie occupée par Israël depuis 1967, n'aura jamais connu telle effervescence. C'est là, au troisième étage, que va s'ouvrir le procès de Benyamin Netanyahou et de trois autres personnalités. Jamais un premier ministre israélien en fonction n'a été inculpé et encore moins jugé. Benyamin Netanyahou a été contraint d'assister à cette audience par la cour malgré sa demande de dispense. A partir de 15h00 (14h00 heure de France métropolitaine) il prendra place face aux trois juges professionnels, entouré de ses avocats, ses gardes du corps, des autres accusés et leurs avocats. Dans une salle contiguë prendront place d'autres avocats et les journalistes, très nombreux à avoir demandé à couvrir ce procès.

Benyamin Netanyahou et les autres inculpés sont mis en cause dans trois dossiers différents numérotés comme le prévoit le procédure pénale israélienne :

Dossier 4000 (corruption, fraude, abus de confiance)

Benyamin Netanyahou est accusé d'avoir modifié la réglementation israélienne pour favoriser les affaires de Shaul Elovitch, actionnaire principal du fournisseur d'accès internet Bezeq et propriétaire de plusieurs sites web d'information. A l'époque des faits présumés, le Premier ministre cumulait aussi les fonctions de ministre de la Communication. En échange, le parquet le soupçonne lui et son épouse Sara, d'avoir demandé une couverture médiatique favorable de la part du site d'info Walla détenu par Elovitch. Ce dernier et son épouse Iris sont également mis en examen pour corruption, obstruction à la justice, obstruction à une enquête policière et blanchiment d'argent.

Dossier 2000 (fraude et abus de confiance)

Benyamin Netanyahou est accusé d'avoir tenté de limiter la diffusion du quotidien gratuit Israel Hayom (qui lui est pourtant favorable) en soutien au premier quotidien du pays Yediot Aharonot. Là encore, le Premier ministre est soupçonné d'avoir demandé au propriétaire du "Yediot" Arnon Mozes (également inculpé) une couverture éditoriale qui lui soit favorable. 

Dossier 1000 (fraude et abus de confiance)

Benyamin et Sara Netanyahou sont accusés d'avoir reçu des cadeaux de la part de deux hommes d'affaires australien et israélo-américain. Notamment des cigares, du champagne rosé et un bijou pour environ 250 000 euros. Seul Benyamin Netanyahou est inculpé dans ce dossier.

En vertu du code pénal israélien, Benyamin Netanyahou encourt plus de sept ans de prison pour l'accusation de corruption qui la plus grave de toutes, les autres pouvant se solder par des peines plus légères, des amendes voire, évidemment, un acquittement. Cette première audience est essentiellement technique, consistant à la lecture des actes d'accusation. Les prévenus n'auront à répondre qu'à une seule question : avez-vous compris les faits qui vous sont reprochés ? Les avocats de la défense devraient ensuite demander une suspension du procès pour plusieurs semaines voire plusieurs mois. Les audiences devraient ensuite s'étaler sur trois ans.

Je fais en 24 heures ce que certains font en une semaine

Pour Benyamin Netanyahou le vétéran de la politique israélienne, ce procès est un nouveau combat acharné dans une carrière déjà très longue. Sur les 24 dernières années, il a été au pouvoir pendant plus de 14 ans ce qui constitue un record. "Bibi", comme les Israéliens le surnomment, a tout tenté pour ne pas en arriver là. Aujourd'hui, le procureur général qui l'a inculpé et les magistrats chargés de le juger sont régulièrement menacés de représailles et même de mort par des anonymes.  

Manifestation pro-Netanyahou à Tel Aviv le 26 novembre 2019
Manifestation pro-Netanyahou à Tel Aviv le 26 novembre 2019 © Radio France / Frédéric Métézeau
Manifestation anti-Netanyahou devant sa résidence à Jérusalem le 7 mai 2020
Manifestation anti-Netanyahou devant sa résidence à Jérusalem le 7 mai 2020 © Radio France / Frédéric Métézeau

Ce procès s'ouvre une semaine jour pour jour après que Benyamin Netanyahou a été réinvesti chef du gouvernement après avoir conclu une alliance inattendue avec son rival centriste Benny Gantz. Surnommé "le magicien" pour son habileté politicienne, il a épuisé et étouffé tous ses rivaux à l'intérieur de son parti ou dans l'opposition. Talentueux et démagogue, bête de campagne et accro au pouvoir, héros de la droite nationaliste et religieuse, Bibi est persuadé qu'il pourra jongler entre ses fonctions officielles et son procès même si les auditions doivent durer des heures : "Je fais en 24 heures ce que certains font en une semaine" expliquait-il pendant la dernière campagne législative. 

Quel nouveau tour pour le magicien ?

Plusieurs journalistes et personnalités politiques essaient essaient d'imaginer le prochain tour du magicien : faire voter une loi d'immunité ? Se faire élire président de l'Etat en juin 2021 ? Cette fonction est honorifique mais elle lui assurerait d'être intouchable pendant sept ans et son procès serait gelé durant toute cette période. Mais l'on en est pas là et aujourd'hui, le "défendant numéro 1" sera bel et bien le Premier ministre d'Israël.

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