L'explosion survenue à Beyrouth et le meurtre de six humanitaires français au Niger, en août, a conduit des enquêteurs français à mener des investigations sur place, dans le cadre d'une collaboration avec les autorités locales. Pour cela, la France s'appuie sur un réseau de correspondants à l'étranger.

Des enquêteurs français se sont rendus à Beyrouth après l'explosion du 4 août
Des enquêteurs français se sont rendus à Beyrouth après l'explosion du 4 août © Radio France / Nathanael Charbonnier

Si l'adage veut que "le crime ne connaît pas de frontière", l'enquête non plus. Afin de faciliter les investigations dans la majorité du globe, la France s'est dotée d'un réseau de 73 attachés de sécurité intérieure (ASI). Des policiers ou gendarmes, rattachés aux ambassades et chargés de veiller à la sécurité de la France et des Français à l'étranger. Ils sont les premiers interlocuteurs des enquêteurs basés dans l'Hexagone, lorsque ces-derniers sont amenés à œuvrer hors des frontières de la France. 

"Des contacts avec les polices locales"

"L'attaché de sécurité intérieure est le représentant du ministère de l'Intérieur à l'étranger. Notre but est de permettre une coopération technique, explique le commissaire divisionnaire Yann Le Goff, ASI en poste à Singapour, qui couvre également la Malaisie, l'Indonésie, Bruneï, le Timor, l'Australie et les Philippines. Nous allons faire des échanges de bonnes pratiques sur les méthodes de travail, sur les méthodes d'investigation, et également de la coopération opérationnelle, lorsque nous avons une enquête qui dépasse les frontières intérieures de notre pays et qui a des implications dans les pays que nous couvrons". À titre d'exemple, il est régulièrement sollicité dans des enquêtes visant des faits de pédopornographie survenus dans l'archipel philippin, et dans lesquelles sont impliqués des clients français.

"Les ASI sont notre point d'ancrage, confirme Eric Bérot, chef de l'Office central de répression des violences aux personnes (OCRVP), dont le siège se trouve à Nanterre (Hauts-de-Seine). Ce sont eux qui nous informent, qui préparent nos missions et qui nous aident véritablement sur place. Ils ont des contacts avec les polices locales". L'OCRVP traite actuellement une centaine de dossiers concernant des expatriés français, dont la moitié en Afrique, notamment à Madagascar, où les crimes crapuleux surviennent régulièrement.

Demande d'entraide pénale internationale

Lorsque des Français sont blessés ou tués à l'étranger, une enquête peut être ouverte en France, pour laquelle le magistrat soumet au pays dans lequel se sont déroulés les faits une demande d'entraide pénale internationale (depi). Si elle est acceptée, la France peut envoyer sur place des enquêteurs qui aideront leurs homologues locaux, mais ne conduiront pas les investigations de manière autonome. Une méthode baptisée "enquête miroir". Ce fut, par exemple, le cas après l'explosion de Beyrouth. "Nous sommes d'abord partis dans le cadre d'une coopération technique. Les gens de nos services sont partis avec des agents de la police technique et scientifique, des démineurs de la Sécurité civile et des gendarmes, notamment des plongeurs qui sont allés faire des prélèvements au centre du cratère", détaille Eric Bérot, de l'OCRVP. Une enquête a ensuite été ouverte à Paris par le parquet : "Nous avons été saisis avec les gendarmes, poursuit Eric Bérot. Dans ce cadre-là, nous nous avons été autorisés à faire des constations avec la police libanaise, notamment dans les appartements qui ont été les plus ravagés. Nous avons également fait des entretiens avec les victimes puisque pour l'instant, nous ne faisons pas d'audition ". Les éléments obtenus sont ensuite remis aux enquêteurs locaux.

Diplomatie et susceptibilités

Un fonctionnement qui exige une part non négligeable de diplomatie de la part des enquêteurs français. "Nous ne pouvons pas arriver en terrain conquis, met en garde Yann Le Goff. C'est le meilleur moyen pour que les portes se ferment et que nous n'ayons absolument aucun élément pour nos enquêtes. Ou bien que nos contacts nous disent tout simplement qu'ils ne sont pas intéressés par nos actions de coopération, par nos actions de formation. Il y a un petit peu de finesse, de compréhension de qui sont nos interlocuteurs. Dans les différents pays que j'ai dans mon portefeuille, tous ne réagissent pas de la même façon en fonction de certaines sollicitations. Tous n'ont pas le même degré de susceptibilité. Il faut composer avec cela. Là est la part de diplomatie dans le métier ". Sous peine de voir les autorités locales coopérer avec plus ou moins de bonne volonté.

Il arrive également que policiers et gendarmes français soient sollicités pour des formations. Cette prise de contact est également un instrument majeur, en vue de collaboration dans de possibles futures enquêtes.  

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.