En Biélorussie, où sa réélection est toujours contestée, Alexandre Loukatchenko réunit pendant deux jours l'Assemblée du peuple pour discuter de la réforme constitutionnelle promise. Un simple effet d'affichage, estime Anna Colin-Lebedev, spécialiste des sociétés post-soviétiques, dans un pays tenu en coupe réglée.

Le président contesté Loukachenko lors d'un rassemblement de ses supporters en août 2020
Le président contesté Loukachenko lors d'un rassemblement de ses supporters en août 2020 © Getty / Valery Sharifulin

FRANCE INTER : Cet été et pendant des mois, suite à la réélection d'Alexandre Loukachenko, des milliers de Biélorusses sont descendus dans la rue pour protester contre le résultat du scrutin. Où en est la contestation ?

ANNA COLIN-LEBEDEV : "La protestation a un peu changé de nature suite aux nombreuses répressions des dernières grandes manifestations. Les gens se sentent en danger. Aujourd'hui, la stratégie est moins de sortir dans la rue que d'avoir plus de rassemblements ponctuels, d'exhibitions à des endroits totalement inattendus, par petits groupes. Ils exposent aussi des drapeaux aux balcons, afin de signifier au pouvoir en permanence que non, les citoyens ne se sont pas apaisés.

Il est certain que pour les Biélorusses, ce n'est pas terminé. Ce n'est juste pas le bon moment pour eux, ni la bonne manière de faire.

Même s'il a encore des soutiens dans le pays, Loukachenko a perdu sa légitimité auprès des Biélorusses de quasiment tous niveaux sociaux, tous âges, tous lieux de résidence."

L'Assemblée du peuple biélorusse se réunit pendant deux jours. Cette institution a-t-elle une réelle importance ? 

"Cette assemblée se réunit régulièrement en Biélorussie depuis le milieu des années 1990. Le président fait un long discours et parle de la situation du pays. Mais juridiquement, elle n'existe pas.

Loukachenko la présente comme un moyen pour les Biélorusses de s'exprimer, de faire entendre leur voix dans un contexte institutionnel, pas dans la rue. Or, aucune personne proche de l'opposition ne semble avoir été admise dans cette Assemblée.

Par ailleurs, quelle est la légitimité de cette réunion de notables contrôlée de bout en bout par le président ? On n'est pas du tout dans la négociation avec les personnes qui s'opposent au pouvoir de Loukachenko, mais dans les effets d'affichage, des effets rhétoriques, qui n'ont pas véritablement de fondement. Grâce à cette Assemblée, le président cherche à reprendre le contrôle de la situation mais cela ne trompe personne. La confiance est sérieusement entamée voire quasiment inexistante entre Loukachenko et son peuple de manière relativement large."

Loukachenko a promis de réformer la Constitution et d'organiser un référendum. Veut-il réellement réformer le pays ? 

"Je ne pense pas que les Biélorusses fassent confiance à Loukachenko pour proposer une évolution souhaitable pour le pays. Toute proposition qui sera formulée par le président Loukachenko sera prise par les Biélorusses comme une tentative de manipulation. Une de plus pour rester au pouvoir.

Jusqu'à maintenant, rien ne permet de dire que Loukachenko souhaite un régime politique plus ouvert, avec davantage de possibilités pour la société civile et l'opposition de s'exprimer. Il n'est pas impossible qu'il donne plus de pouvoirs sur le papier à une Assemblée, mais laquelle ? En réalité, les manœuvres politiques se font en dehors des institutions. Donc, on ne peut pas véritablement se dire que Loukachenko rentre sur le chemin des réformes.

Durant la réunion de l'Assemblée du peuple biélorusse cette semaine, il peut y avoir des annonces mais elles peuvent être extrêmement vagues et ne donner aucune information sur ce qui va se passer dans les mois à venir. Le président a parlé de la réforme constitutionnelle pour fin 2021. On est début 2021. Il peut tout à fait se permettre de rester encore un petit peu flou, comme il l'a été jusqu'à maintenant."