L'arthrose touche 10 millions de Français environ et comme de nombreux autres rhumatismes, elle n'est pas toujours liée au vieillissement et peut se développer à partir d'un déséquilibre de l'ensemble des structures mécaniques du corps. Comment mieux comprendre et soulager des douleurs articulaires ?

8 choses à savoir pour apprendre à soulager ses troubles articulaires et musculaires
8 choses à savoir pour apprendre à soulager ses troubles articulaires et musculaires © Getty / Peter Dazeley

Jean-Gérard Bloch, rhumatologue, spécialiste du stress basé sur la pleine conscience, Serge Perrot, rhumatologue à l'hôpital Cochin à Paris, spécialiste de la douleur et Vincent Meslet, masseur-kinésithérapeute étaient les invités de Grand Bien vous Fasse. Voici huit conseils qu'ils vous donnent pour mieux appréhender, mieux comprendre et mieux soulager vos douleurs articulaires et musculaires.

Penser le corps humain comme un tout 

Tout d'abord, il faut comprendre comment fonctionne la douleur. Il faut rééduquer notre façon de penser le rapport entre mouvements et douleurs. Le corps humain possède environ 400 articulations, ce qui en fait un objet de compréhension particulièrement complexe

Serge Perrot explique "qu'on a souvent l'habitude de penser que l'articulation ne relève essentiellement que du cartilage alors qu'elle dépend d'un équilibre de l'ensemble des structures mécaniques qui l'entourent. Les pièces osseuses sont recouvertes de cartilages, puis de membranes, de tendons, de ligaments, de muscles, de nerfs qui ne forment qu'un. C'est tous ces organes qui permettent le mouvement de l'articulation. 

Si on prend les ligaments qui sont les structures permettant aux muscles de s'attacher sur l'articulation et de stabiliser cette dernière, quand ils se trouvent altérés, l'articulation va se retrouver plus lâche, moins stabilisée et favoriser la douleur. Ce sont toutes ces structures - qui permettent la mobilité - qui peuvent elles-mêmes dysfonctionner et expliquer les phénomènes d'arthrose". 

Une douleur musculaire peut avoir un impact sur les articulations et inversement. Il faut considérer le corps humain comme un tout car les raisons peuvent être multiples, les maladies inflammatoires peuvent avoir différents impacts sur les articulations selon qu'elles touchent telle ou telle structure mécanique du corps. C'est en cela que les mécanismes de la douleur sont extrêmement compliqués comme le souligne le rhumatologue : 

"Une tendinite par exemple (inflammation d'un tendon suite à un traumatisme sportif ou autre) mal soignée peut faire le lit de l'arthrose ou d'un autre trouble articulaire. Car quand les structures stabilisatrices de l'articulation sont abîmées par un traumatisme, un accident de sport, ou une maladie inflammatoire antérieurs, l'articulation se retrouve plus sensibilisée et moins stabilisée. De même, une rupture des ligaments croisés peut amener à être potentiellement sujet d'arthroses du genou…

De même qu'une entorse mal soignée… Une blessure mal traitée, mal rééduquée".

  • La douleur est souvent trompeuse

Si la douleur est un premier signal d'information, Jean-Gérard Bloch précise qu'elle peut être très trompeuse parce qu'elle ne dit pas obligatoirement ce qui ne va pas dans le corps.

Là où ça fait mal, ce n'est pas forcément la cause de cette douleur.

"On peut avoir des douleurs projetées : on peut avoir des problèmes qui se situent dans le dos et qui vont, par exemple, projeter des douleurs dans une articulation à un membre périphérique.

L'arthrose, une maladie plus aléatoire qu'on ne le pense

Selon l'Inserm, 10 millions de personnes sont atteintes d'arthrose en France, 5 millions en souffrent tous les jours et si 65 % des plus de 65 ans sont concernés, c'est une douleur plus diffuse et intergénérationnelle qu'on ne le pense. Loin d'être une maladie du vieillissement, l'arthrose est une maladie de l'ensemble des structures de l'articulation qui se régénèrent mal. 

Serge Perrot : 

L'arthrose est une maladie globale de toute l'articulation et les troubles de l'articulation peuvent toucher n'importe quelle personne.

"L'arthrose découle d'un déséquilibre des quatre composants de l'articulation (cartilage, muscle, membrane synovial, os). Ça peut être au départ une maladie osseuse ou une maladie des tendons qui peut découler sur une arthrose. Toutes les articulations peuvent être touchées par l'arthrose et donc tous les âges". 

L'obésité favorise l'arthrose 

À l'heure actuelle, il n'y a aucun régime véritablement qui ait montré ses preuves pour modifier les douleurs articulaires. Mais le poids est un élément majeur. D'après Serge Perrot, "l'obésité est une maladie qui induit une inflammation de bas grade. 

Quand on réduit son poids de 10 %, on peut améliorer les douleurs, notamment des genoux.

Stimuler son corps en l'adaptant à son rythme de vie

Vincent Meslet et Serge Perrot complètent leurs propos en expliquant que "l'objectif est de considérer le muscle, le cartilage et toutes les autres composantes de l'articulation comme quelque chose de nécessairement stimulable. C'est en stimulant ses propres douleurs musculaires et articulaires qu'on va permettre son renouvellement cellulaire

C'est la stimulation qui permet de se désensibiliser à la douleur.

Serge Perrot : "Il faut bouger, c'est très important. Nombreuses personnes pensent que le mouvement, ça fait mal, et parce que ça fait mal on use son articulation… Il faut bien penser que plus on bouge, plus on ordonne au corps de réintroduire le mouvement".

Vincent Meslet d'ajouter que "la façon de faire le sport doit être adaptée à sa propre hygiène de vie. Si on fait une activité qui n'est pas adaptée à ses capacités de départ, les mouvements seront trop excessifs et vice versa. Il faut composer avec son corps et le rythme qu'on lui donne sinon des mécanismes douloureux se mettent en place. Essayez de faire du yoga, de pratiquer de la méditation de gestion de la douleur, de l'activité physique adaptée en se basant sur une progression au fil du temps pour habituer le corps. 

Avoir une bonne hygiène de vie corporelle et mentale prévient l'arthrose. C'est essentiellement l'anxiété et le manque de connaissance du fonctionnement de son propre corps qui intensifie et les douleurs.

Les femmes plus à risque que les hommes 

Serge Perrot : "Les femmes sont plus à risque car il y a des facteurs hormonaux. On sait que la ménopause induit des douleurs. On appelle ça "le rhumatisme de la ménopause" puisque les cellules du système nerveux central sont sensibles aux hormones. Et quand il y a une perte des hormones et une diminution des œstrogènes, les articulations souffrent et le cerveau aussi".

L'hérédité en cause 

Jean-Gérard Bloch : "La qualité du cartilage est une composante héréditaire, mais on hérite aussi de plein d'autres choses, de l'expérience du vécu des parents, des traumatismes, des stress majeurs". 

Certains métiers plus exposés que d'autres aux douleurs articulaires

S'il faut pratiquer une activité sportive équilibrée et adaptée, les mouvements répétés quant à eux sont inadaptés. On pense aux métiers de la coiffure, aux ouvriers du BTP, aux déménageurs, caissiers, couturiers, à toutes les personnes qui tapent toute la journée sur un clavier, les sportifs également. 

Serge Perrot entend par là les troubles musculo squelettiques : "les mouvements répétitifs qui, dans certains cas, peuvent favoriser de l'arthrose. C'est plutôt des mouvements inadaptés ou des personnes qui n'ont pas eu une bonne hygiène articulaire, qui n'ont pas adapté leurs mouvements répétitifs. C'est là que ces mouvements vont être délétères, vont abîmer l'articulation. Ce généralement des patients qu'il faut prendre en charge dans leur environnement professionnel pour améliorer leurs conditions".

Plus ça fait mal plus c'est grave : faux 

Il n'y a aucune corrélation entre l'intensité de la douleur et l'atteinte d'une articulation. Serge Perrot signale qu'on peut avoir très mal à une articulation qui semble quasiment normale : "On a parfois des articulations très abîmées sans y ressentir une quelconque douleur. 

La douleur n'est pas un témoin de la sévérité.

Ce n'est pas parce que l'on a très mal qu'il faut se faire opérer. D'autres moyens existent dont la kinésithérapie, la rééducation". 

Aller plus loin

🎧 Grand Bien vous Fasse : Toutes vos questions sur les douleurs articulaires 

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