Le trouble obsessionnel compulsif (TOC) est un trouble cognitif qui fait qu'une personne ne peut pas s'empêcher de vérifier, de compter, de nettoyer, de mettre en place des rituels précis pour soulager un besoin d'hyper-contrôle permanent. Les effets sont souvent trompeurs et plus dévastateurs qu'on ne le pense.

Comment mieux comprendre et traiter ses TOC ?
Comment mieux comprendre et traiter ses TOC ? © Getty / PhotoAlto/James Hardy

Invités de l'émission "Grand bien vous Fasse", le professeur Antoine Pelissolo, psychiatre, chef du service de psychiatrie CHU Henri Mondor et le professeur Alain Sauteraud, médecin, psychiatre vous aident à mieux comprendre les caractéristiques d'un trouble obsessionnel compulsif, ses impacts dans la vie quotidienne et le bilan de santé globale d'une personne qui en est atteint : 

Qu'est-ce que c'est un TOC ? 

  • Une maladie cognitive souvent trompeuse et invisible

Le professeur Antoine Pelissolo rappelle qu'il s'agit bien d'une maladie provoquée par un trouble cognitif. Il est souvent très difficile de faire la part des choses entre ce qui relève d'attitudes banales tant nous avons toutes et tous des rituels anodins. C'est ainsi que le TOC devient trompeur. 

C'est une maladie souvent invisible qui révèle une continuité entre le normal et le pathologique

On ne s'en rend pas toujours compte et parallèlement il arrive que d'autres troubles psychiques en dissimulent d'autres. En réalité, le TOC s'appuie sur une faculté cérébrale très utile qu'est la détection et la correction d'erreurs. Sauf que chez des personnes qui ont un TOC, ces alertes sont presque quasi permanentes et, surtout, elles ne se soulagent pas d'elles-mêmes et demandent à ce que l'individu y réponde de manière artificielle par une vérification qui n'en finit jamais. C'est tellement permanent que la plupart du temps ça devient quelque chose de normal chez la personne atteinte et les proches, les collègues de travail, les voisins peuvent ne pas visualiser le niveau de souffrance qui se cache vraiment derrière.

Celui qui est atteint d'un trouble obsessionnel compulsif en a souvent conscience mais sans forcément lui prêter une vraie importance

- Alain Sautereau 

  • L'effet d'un doute permanent qu'il faut combler et contrôler à tous prix

Pr Antoine Pelissolo : "Le trouble en lui-même se traduit par une maladie du doute et de l'hyper contrôle qui en découle". Je ne supporte pas le doute et il faut que je m'assure une forme de "risque zéro". Le doute est suscité par le danger qui vient de mon propre comportement, de ce besoin de me mettre en sécurité. À la différence des phobies qui reposent sur une peur de l'extérieur. 

On a peur de ce qu'on fait (et que l'on croit mal) soi-même. À partir de là, des dommages peuvent être créés par mon propre comportement. Cela peut affecter mon propre fonctionnement mental. On se fait du mal soi-même. Tout ce qui peut être fait pour se soulager, malheureusement, se transforme en un cercle vicieux parce qu'on se condamne soi-même à ne jamais se soulager à 100 %. 

On devient soi-même son propre danger

- Pr Alain Sautereau 

C'est une pensée d'alerte qui peut se manifester jusqu'à la peur de mal dire, mal faire, d'avoir des pensées négatives, de mal vérifier certaines choses, de faire mal aux autres intentionnellement. "Cela devient une souffrance inouïe et interminable et parfois dévastatrice" insiste le psychiatre.

C'est l'obsession d'une pensée qui assiège et procure une sensation de danger imminente qui est souvent normalisée comme une manière d'être aux yeux de l'entourage qui peut lui aussi ne pas s'en rendre compte.

Un trouble aux origines encore inconnues qui apparaît le plus souvent durant l'enfance

Aujourd'hui le corps médical constate que ce sont bien les circuits de la prise de décision et de la détection d'erreurs qui sont directement en cause, déclenchant de fait un mécanisme de défense contre des conflits intérieurs. C'est-à-dire qu'il y a des personnes pour lesquelles le trouble vient compliquer une dépression, un autre trouble psychique lié à différentes formes d'anxiété ou des troubles plus graves de la personnalité. Mais les deux spécialistes affirment qu'aucune prédisposition génétique peut en être l'origine

Pr Antoine Pelissolo : "Il y a sûrement des familles où le trouble est plus présent mais par contre, on ne sait pas encore si cela peut relever de la génétique ou si cela dépend plus de l'éducation, de l'apprentissage qu'une personne a reçus. Alain Sautereau d'ajouter que  :

Quel que soit le partage génétique avec un sujet qui souffre de TOC, rien ne prouve qu'on a plus ou moins de chance d'en souffrir

Quant au moment de la vie où les TOC sont plus susceptibles d’apparaître, ce sera plutôt durant l'enfance et ce jusqu'au début de l'âge adulte. Même s'il est tout à fait possible que cela arrive bien plus tard. Mais les deux médecins précisent que c'est souvent tôt dans la vie : 

Pr Alain Sautereau : "Une moyenne d'apparition vers 12-13 ans, car c'est surtout au moment où les jeunes commencent à avoir un peu de recul par rapport à ce qu'ils font. Quand on a 6-8 ans, on en est souvent déjà atteint mais c'est plus compliqué parce que l'enfant habite son toc. C'est pourquoi, dans ce cas-là, l'entourage familial est très important pour le repérage".

Antoine Pelissolo rassure aussi qu'il faut "veiller à ne surtout pas confondre le trouble pathologique avec des rituels tout à fait banals de l'enfance. Être un peu superstitieux, c'est tout à fait normal et cela peut arriver à tout le monde, ce sont des choses qui peuvent être passagères, mais, parfois, des troubles peuvent commencer à se manifester chez des enfants petits".

Quels moyens (thérapeutiques) pour traiter ce trouble ?

La première réponse, suggère Antoine Pelissolo c'est "la psychothérapie et les thérapies comportementales et cognitives qui sont largement éprouvées dans ce trouble. Et puis, quand il y a vraiment une nécessité, quand l'angoisse est trop forte, des traitements médicamenteux sont tout à fait justifiés, des antidépresseurs qui vont agir sur la sérotonine. C'est sur prescription. Il faut, pour de meilleurs résultats, essayer de combiner ce traitement avec la thérapie comportementale et cognitive. Sur des traitements qui se font souvent au long cours, cela demande plusieurs mois de traitement pour avoir une bonne stabilisation".

Il est essentiel de se faire aider car le thérapeute vous donne des clés pour réagir au cas par cas

Pr Alain Sautereau ajoute que "c'est une bonne maladie avec des bons traitements à disposition qui sont efficaces à peu près dans 70  % des cas dans des circonstances positives. Malheureusement ce traitement n'est pas toujours disponible et très peu diffusé en France car il y a encore très peu de médecins formés aux thérapies comportementales des TOC. Aujourd'hui les TOC touchent 1 ou 2 % de la population et si leur étude et le diagnostic s'est largement accru aujourd'hui, il reste beaucoup à faire quant à l'identification complète de cette névrose". 

Aller plus loin

🎧 RÉÉCOUTER - Grand bien vous fasse : Toutes vos questions sur les TOC

LIRE - Antoine Pelissolo, co-auteur avec Margot Morgiève de "TOC : la maladie de l'hyper contrôle (Éditions Le cavalier bleu) 

LIRE - Alain Sauteraud : "Je ne peux m'arrêter de laver, vérifier, compter : mieux vivre avec un TOC" (Éditions Odile Jacob)

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