Christophe André (psychiatre) et Rebecca Shankland (psychologue), invités de l'émission "Grand Bien Vous Fasse", ont expliqué pourquoi il est indispensable de cultiver les liens sociaux positifs, empathiques et altruistes dont les vertus sont essentielles à notre propre survie, aussi bien pour autrui que pour soi-même.

Pourquoi l'interdépendance positive est-elle si essentielle dans nos vies ?
Pourquoi l'interdépendance positive est-elle si essentielle dans nos vies ? © Getty / martin-dm

Le psychiatre Christophe André et la psychologue Rebecca Shankland sont tous deux spécialistes de psychologie positive et de la santé. 

Ils mettent l'accent sur un principe de base : nous sommes tous dépendants les uns des autres, qu'on le veuille ou non. 

Nous sommes des animaux sociaux, sociables, fragiles, nous devons notre survie grâce aux liens solidaires et d'entraide.

Comme l'explique très bien Christophe André : "cette interdépendance, on l'oublie trop souvent, alors que, de fait, elle existe quoi qu'on croit. Quels que soient nos idéaux, on est en permanence dans l'interdépendance : on ne peut pas faire autrement dans nos vies que d'être aidé. 

L'Humanité n'a survécu que parce qu'elle est interdépendante. 

L'interdépendance pour aller mieux et s'ouvrir aux autres

La relation est mutuellement bénéfique. À travers cette relation, on va pouvoir faire ressortir le meilleur de chacun, à commencer par autrui : 

Rebecca Shankland commence par affirmer que "lorsqu'une personne se trouve en difficulté et qu'on lui vient en aide, cela aura comme effet de développer davantage ses compétences et sa manière d'endurer la difficulté par le futur. Celle personne va pouvoir plus facilement devenir autonome pour l'avenir"

Le simple fait d'être proche d'autrui, physiquement, génère un effet apaisant, permet de diminuer la perception de sa douleur physique.

D'une manière plus générale, cultiver une interdépendance positive augmente la tendance à la coopération, à la valorisation, aux apprentissages, dans un climat où règne encore une représentation très marquée de la compétition et de chacun pour soi. 

L'altruisme, c'est aussi s'aider soi-même

L'interdépendance positive produit un effet réversible : en aidant autrui, je m'aide moi-même.

Christophe André : "L'interdépendance positive, ce n'est pas faire tout pour les autres et s'oublier soi-même, c'est simplement rééquilibrer ses tendances. Aider autrui, c'est aussi s'aider, se développer soi-même et penser à soi-même.

Il faut se dire qu'à chaque fois que je suis dans la bienveillance, l'entraide, l'altruisme, la gratitude, ça fait du bien à mon corps.

Rebecca Shankland : "On observe vraiment une meilleure maîtrise de ses compétences personnelles, émotionnelles et relationnelles. En augmentant les comportements coopératifs d'autrui, l'émotion sociale encourage le lien constructif entre les personnes et soi-même. 

L'interdépendance et l'indépendance s'harmonisent ensemble quand elles sont positives

Nos deux spécialistes expliquent qu'aujourd'hui la dépendance (et l'interdépendance dans l'absolu) est trop souvent considérée comme quelque chose de négatif. On s'oriente, d'après Rebecca Shankland "vers une forme d'illusion d'indépendance : cette croyance que la dépendance est forcément un risque ou néfaste à la vie de chacun. Mais de fait, avec cette idée en tête, notre époque tend plus à se fondre dans l'individualisme, à opposer indirectement la liberté individuelle à l'interdépendance" alors que ce sont deux choses intrinsèquement liées et bénéfiques socialement, lorsqu'elles fonctionnent ensemble.

Même si parfois, les autres peuvent nous donner l'impression de nous encombrer, globalement, ils vont nous aider. 

Christophe André traduit par là l'idée que l'indépendance et l'interdépendance sont fondamentalement inhérentes lorsqu'elles sont positives

Rebecca Shankland ajoute que "ce sentiment que beaucoup suivent, en désirant être le plus indépendant possible, conduit inévitablement à un enfermement de soi, et multiplie les risques de négligence en ayant un impact sur l'entourage et sur soi-même.

Alors que l'interdépendance est vraiment quelque chose qui nous aide à faire face aux situations difficiles et plus on cherche à fuir l'autre plus on risque de devenir solitaire [...] c'est l'une des premières causes de dépression et de dégénérescence.  

Alors que, pourtant, plus on a une sensation de bien-être et de sérénité, plus on est à même de venir en aide à d'autres !

Tout seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin.

Aller plus loin

🎧 RÉÉCOUTER - Pourquoi sommes-nous plus heureux ensemble ? Grand Bien Vous Fasse

📖 LIRE - Rebecca Shankland, Christophe André, Ces liens qui nous font vivre. Éloge de l’interdépendance (éditions Odile Jacob) 

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