Que vous soyez de petits ou de gros dormeurs, il essentiel d'apprendre à connaître le rythme de sommeil dont vous avez besoin pour préserver votre système immunitaire et votre santé globale. Alors que le sommeil est un enjeu de société majeur, comment mieux comprendre les ressorts de sa fonction biologique ?

Pourquoi une bonne hygiène du sommeil est essentielle pour la santé ?
Pourquoi une bonne hygiène du sommeil est essentielle pour la santé ? © Getty / PeopleImages

Alors qu'en une cinquantaine d'années nous avons perdu environ 1h30 de sommeil par nuit, qu'aujourd'hui, en France, une nuit de sommeil dure en moyenne 6h48 et qu'un tiers des personnes entre 18 et 35 ans dort moins de six heures par nuit, de plus en plus de travaux de recherches révèlent le caractère multidimensionnel du sommeil et ses conséquences directes sur la santé - en particulier l'absence du sommeil. 

Invités de l'émission de Grand bien vous fasse, Thierry Robert, réalisateur du documentaire Dormir à tout prix, et Pierre Philip, psychiatre et auteur de Antifatigue, expliquent les raisons pour lesquelles il est fondamental d'apprendre à vivre en fonction de son horloge biologique et de tout faire pour entretenir un rapport équilibré entre notre temps de veille et de sommeil.

Une bonne hygiène de sommeil favorise un bon système immunitaire 

D'après le Bulletin épidémiologique hebdomadaire publié par Santé publique France en 2019, la durée moyenne de sommeil est passée sous la barre des sept heures et plus d'un tiers des Français affirment dormir moins de six heures par nuit. Cela peut susciter un risque d'hygiène de vie, comme le souligne Pierre Philip : "pendant très longtemps, jusqu'à la fin des années 1990, on pensait que le sommeil était avant tout essentiel pour le cerveau lui-même, ses fonctions d'apprentissage, de mémoire, mais les physiologistes ont récemment découvert que l'ensemble des organes fonctionnent différemment entre l'état de veille et l'état de sommeil. Votre cœur, vos poumons, votre pancréas peuvent changer de physiologie en fonction de l'état de votre sommeil". 

Si vous faites preuve d'une mauvaise hygiène de sommeil en vous privant de sommeil, vous allez massivement augmenter votre risque immunitaire

"Vous serez immunodéprimé" poursuit le psychiatre, "et présenterez des risques de mauvaise santé plus accrus (fragilisation par rapport aux virus quels qu'ils soient, obésité...) C'est l'ensemble du fonctionnement du corps qui est atteint et non pas seulement le cerveau qui est concerné par cette carence".

Le sommeil est la pierre angulaire de notre bon état de santé général : "les recherches menées ces dix dernières années vérifient que si vous vous privez de sommeil, vous augmentez votre risque d'inflammation chronique qui agit comme un mécanisme très nocif dans beaucoup de composantes cellulaires. C'est elle qui augmente, par exemple, les risques cardiovasculaires. Le sommeil agit vraiment, en terme de santé, avec le même impact que la nutrition et l'activité physique. 

Dans le reportage qu'il a co-réalisé, Thierry Robert s'est lui aussi intéressé aux effets pervers de la fatigue et de la somnolence et a tenu à rendre compte de tous ces autres mécanismes invisibles qui sont à l'œuvre dans notre cerveau et qui constituent, selon lui, un vrai enjeu de santé publique : "L'ADN se répare très mal si on ne dort pas. Une découverte encore plus inquiétante révèle qu'au cœur de nos cellules, on a ce qu'on appelle des lysosomes, qui peuvent s'apparenter à des petites poubelles, des points d'évacuation des déchets que nous créons toute la journée. Et le manque de sommeil empêcherait ses poubelles de se vider". Ce que confirme Pierre Philip :

Une des fonctions du sommeil c'est de nettoyer les neurones, enlever les protéines accumulées par le fonctionnement cellulaire dans une journée, au cours de la nuit.

Adapter son temps de veille et son temps de sommeil

Et si de plus en plus de personnes éprouvent ce fléau insidieux qu'est le manque de sommeil, c'est parce qu'il est essentiel, selon Pierre Philip, de réajuster son temps d'éveil en fonction de ses besoins de sommeil. Il faut apprendre à se remettre dans un contexte de régularité avec le temps en général et faire abstraction des injonctions sociétales qui viennent perturber le cycle biologique naturel du sommeil

Rappelons que dans l'idéal, entre 6 et 13 ans, il faut entre 9 et 11 heures de sommeil, et entre 25 et 65 ans au minimum sept heures

Pourtant, malgré cela, le professeur précise que "les gens ont du mal à déterminer leur besoin de sommeil. La vie moderne a tendance à comprimer le sommeil dans la semaine active et à l'étendre le week-end en variant l'horaire de lever. Ce qui fait qu'on n'arrive plus à déterminer précisément quelle est la quantité moyenne nécessaire et suffisante de sommeil. En effet, divers facteurs nous poussent à aller au lit plus tard en semaine car nous sommes constamment sollicités par les séries, les écrans et la vie numérique en général. Si vous reportez votre sommeil alors que votre corps vous demande de dormir, vous allez temporairement différer votre endormissement. C'est le "jetlag social" et c'est ce qui fait que vous vous retrouvez constamment en compression la semaine en raison de l'horaire fixe de votre lever. 

Et c'est lorsque vous pensez vous détendre le week-end en changeant votre rythme de sommeil que vous détruisez votre hygiène du sommeil : il y a en réalité un critère chrono-biologique qu'il est important de prendre en compte et qui doit nous inviter à nous lever à peu près tous les jours de la semaine à la même heure (y compris le week-end). Parce que c'est la durée d'éveil qui fixe notre endormissement et non pas l'heure de coucher

L'idée qu'il faille se coucher tous les soirs à la même heure est complètement fausse

Car c'est justement la durée de veille qui va accumuler la pression de sommeil et qui sera favorable à votre endormissement. Il faut donc prendre conscience du fait qu'il faut, peut-être, se lever un tout petit peu plus tard dans la semaine pour que l'amplitude, le week-end, soit un petit peu moins importante, de façon à réorganiser progressivement son schéma de vie et trouver un rythme de sommeil plus vertueux."

Ce n'est pas grave de dormir 6h, 7h, 8h ou 9h. Ce qu'il faut, c'est que vous dormiez selon vos besoins. En sachant qu'en dessous de 7h, c'est très rare que ça vous fasse du bien

Aller plus loin

🎧 RÉÉCOUTER - Grand bien vous fasse : Toutes vos questions sur le sommeil

📖 LIRE - Pierre Philip, auteur de Antifatigue (Éditions Albin Michel)

📖 LIRE - Nicolas Goarant, auteur Le sommeil malmené. Comment retrouver le goût de la nuit (Éditions de l'Aube)

🎬 REGARDER - Reportage de Thierry Robert : Dormir à tout prix sur Arte 

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