On l'appelle aussi "syndrome de l'imposteur" et désigne cette impression de ne pas se penser suffisamment à la hauteur, de douter de soi en permanence. Un sentiment qui toucherait plus particulièrement les femmes que les hommes. Un ressenti qui serait essentiellement nourri par les stéréotypes de genre depuis l'enfance

Quand le syndrome de l'imposteur révèle la prégnance des stéréotypes hommes/femmes
Quand le syndrome de l'imposteur révèle la prégnance des stéréotypes hommes/femmes © Getty / Francesco Carta fotografo

Contrairement à ce que pourrait sous-entendre le terme "syndrome", ce sentiment ne relève absolument pas du trouble mental, et ne comprend aucune catégorie diagnostique précise et définie. Si ce sentiment reste universellement ressenti autant par les femmes que par les hommes, nombreuses sont les études qui reconnaissent un phénomène psychologique dont l'ampleur serait plus importante chez les femmes, sur le long terme, que sur les hommes. 

C'est ce qu'expliquent, au micro de Grand Bien vous fasse, la journaliste Élisabeth Cadoche, la psychothérapeute Anne de Montarlot, la directrice de la rédaction de Causette, Isabelle Motrot, et la médecin psychiatre Aurélia Schneider, spécialisées dans les questions liée aux psychothérapies comportementales et cognitives : 

Un doute qui tend à s'exprimer différemment chez les hommes et les femmes 

C'est ce que constate Anne de Montarlot lors de certaines de ses consultations : "Il y a peut-être une petite différence entre les femmes et les hommes. Je constate que chez les hommes, cette remise en question se révèle plus par une plus grande peur de l'échec, alors que, chez les femmes, c'est une peur beaucoup plus insidieuse qui implique une véritable comparaison avec les autres. 

Si les hommes sont eux aussi touchés par ce sentiment, ils fonctionnent néanmoins de façon plus impulsive, en agissant, tandis que les femmes, elles, vont plutôt avoir tendance à s'inhiber face au doute ressenti". 

Un doute plus ravageur lié aux stéréotypes d'infériorisation de la femme

Dans leur ouvrage Le syndrome d'imposture : pourquoi les femmes manquent tant de confiance en elles ? (Editions Les Arènes) Élisabeth Cadoche et Anne de Montarlot se sont basées sur des études et des chiffres qui leur ont permis de constater que ce phénomène touchait plutôt les femmes et que, d'après une étude publiée en 2018 par l'Université Cornell, aux États-Unis, les hommes surestiment leurs capacités et leurs performances quand les femmes les sous-estiment. 

Anne de Montarlot : "Les hommes vont avoir ce sentiment d'être envahis et vont préférer l'action, le choc pour s'en détacher au plus vite, alors que les femmes vont avoir tendance à se mettre un frein, à s'inhiber. Cela est inconsciemment dû au poids de l'histoire, aux injonctions sociétales qui leur renvoient automatiquement ce problème de légitimité

Chez les femmes, le syndrome de l'imposteur est multiplié par trois par des stéréotypes ancrés depuis l'enfance et véhiculés depuis longtemps par la société.

  • Les femmes auraient tendance à s'auto-culpabiliser

Elle précise notamment qu'une femme "va plutôt s'attribuer un échec par rapport à elle-même, alors que l'homme va le considérer de façon plus exogène. Ca sera forcément la faute d'autrui. Alors qu'une femme va prendre cela beaucoup plus personnellement, rejeter la faute sur elle-même, en rejetant sur elle une culpabilité alimentée depuis toujours par une domination masculine qui a longtemps infériorisé la femme".

Élisabeth Cadoche ajoute qu'il s'agit d'une "origine historique : 

Nous sommes le produit de siècles de domination masculine.

À cet égard, nous avons intégré tous ces clichés, tous ces stéréotypes : le sexe faible, etc. Cela continue de faire des dégâts. C'est ce qui a nourri les injonctions sociales contribuant à mettre plus de pression sur les épaules des femmes (être belle, mince, musclée, mère, en couple… etc).

  • Un inconscient alimenté depuis l'enfance

Élisabeth Cadoche évoque une étude réalisée en 2017 par des chercheurs des universités de New York, de Princeton et de l'Illinois qui montre que "dès l'âge de 6 ans, les filles pensent déjà qu'elles sont moins fortes et moins brillantes que les garçons, donc moins enclines à participer à des activités qui nécessitent d'être intelligent.e". 

Lutter en réapprenant à avoir confiance en soi

Pour être capable d'encaisser sur le long terme des échecs, les digérer et les intégrer comme faisant partie de la vie et de son apprentissage, voici ce que conseillent les quatre spécialistes : 

  • Tout est une question d'interprétation. Accepter, faire le deuil de ses échecs pour passer rapidement à autre chose sans scrupules, cela permet de ne pas s'inhiber et de digérer les échecs, de les percevoir comme un apprentissage continuel. 

Un échec n'est qu'une possibilité supplémentaire d'apprendre dans la vie.

  • Ménager son perfectionnisme. Lui-même conditionné par ce sentiment de dépréciation personnelle qu'induit le syndrome d'imposture. Le perfectionnisme mène soit au surtravail et à plus forte raison, au burn out comme pour mieux combler cette injonction faite à soi-même ; soit il mène à la procrastination, qui consiste à abandonner et à s'incliner face à une fatalité qu'on s'est autoconstruite.
  • Employer un langage positif. Être un peu plus indulgente avec soi-même, s'entourer de personnes qui vous portent, des personnes bienveillantes, qui vous tirent vers le haut.
  • Avoir ses propres objectifs. Ne pas penser qu'on va devenir prétentieuse ou arrogante si on accepte un compliment.

Aller plus loin

🎧  RÉÉCOUTER - Grand bien vous fasse : Le syndrome d'imposture chez les femmes

📖  LIRE - Anne de Montarlot et Isabelle Cadoche : Le syndrome d'imposture : pourquoi les femmes manquent tant de confiance en elles ? (Editions Les Arènes)

📖  LIRE - Aurélia Schneider : La charge mentale des femmes... et celle des hommes : mieux la détecter pour prévenir le burn-out (Editions Larousse)

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