La timidité est la réaction qu'on ressent face au regard de l'autre, quand on a peur de ne pas faire bonne impression, de donner une bonne image de soi. La timidité est liée au regard de l'autre dans des situations nouvelles, ou avec un enjeu nouveau.

Comment gérer la timidité au travail, pendant ses études et dans son quotidien ?
Comment gérer la timidité au travail, pendant ses études et dans son quotidien ? © Getty / Francesco Carta fotografo

Dorothée Barba s'est penchée avec ses invités sur la timidité qui, parfois, peut empêcher d'agir. Antoine Pelissolo, psychiatre et chef du service de psychiatrie du centre hospitalier Henri Mondor à Créteil, Philippe Vilain, écrivain, auteur de Confessions d'un timide (Grasset, 2010) et Muriel Mayette-Holtz, directrice du théâtre national de Nice ont répondu aux questions et aux interrogations des auditeurs.

Timidité et phobie sociale

Tout le monde peut être intimidé dans une relation ou une situation nouvelle. Il existe bien sûr un spectre assez large de timidité, une certaine partie de la population (10 à 15%) n'est pas timide pour un sou, comme l'explique Antoine Pelissolo. Il nuance néanmoins en précisant qu'il peut s'agir de personnes sûres d'elles autant que de personnes se fichant des autres et de leurs ressentis. 

Être timide, c'est humain. Mais cela peut être une bonne et une mauvaise chose, selon le degré et la raison de la timidité. 

Mais quelle est la différence entre le timide, l'introverti et le discret ? Le timide éprouve de la difficulté au début, aux premiers contacts puis avec l'expérience, cela va aller mieux. L'introverti est un trait de tempérament qui relève du caractère. La discrétion peut être un choix. 

Il faut toujours chercher les raisons émotionnelles de la timidité, car selon ce qu'elles sont, on peut les combattre. La timidité peut devenir une phobie sociale, forme extrême de timidité, dans laquelle le regard de l'autre peut devenir traumatique. 

Philippe Vilain a lui-même écrit sur sa propre timidité : "Je ne serais jamais devenu écrivain et je n'aurais jamais connu autant de belles choses avec mes livres si je n'avais pas été timide. Elle m'a constitué négativement au début, puis cela s'est amélioré. Je définis ma timidité comme mon doux malheur". 

J'ai écrit pour ne pas avoir à parler.

S'il y a une timidité générée par la peur, cela peut être géré et surmonté. Mais comment ? Antoine Pelissolo nous donne quelques clés.

Quand les études et le travail peuvent aider le timide 

La timidité a vraiment émergé dans les livres de psychiatrie dans les années 1980. La timidité n'est pas un trouble, mais la phobie sociale en est un, par contre, explique Antoine Pelissolo. Entre honte et autostigmatisation, le timide ne sait pas toujours vers qui se tourner pour se faire aider. Aujourd'hui, les psychologues et psychiatres sont beaucoup plus sensibilisés à la question. 

La timidité peut-elle nous empêcher de faire des études ? Cathy, une auditrice évoque le fait que cela a été très handicapant dans sa vie : "Je suis timide fondamentalement. Mais je suis une grande timide qui a réussi à combattre sa grande timidité. Cela peut revenir de manière inattendue sur de petites choses : demander la taille d'un vêtement dans un magasin, demander des précisions... Il a fallu dans le cadre de mon métier présenter des choses devant des gens qui avaient fait de grandes études, ce qui n'est pas mon cas. J'ai eu la sensation d'être en hypnose quand je prenais la parole. Cela me protégeait, parce que j'avais l'impression de parler comme dans du coton, de ne pas être claire. Maintenant, je prends du plaisir à parler en public, quand je connais parfaitement mon sujet".

Si j'avais guéri ma timidité au lycée, j'aurais fait des études.

Pour Antoine Pelissolo, la meilleure manière de faire face à la timidité est de prendre l'habitude, de s’entraîner, de maîtriser la chose. Le théâtre peut aider, car souvent on joue un rôle. Le métier, quel qu'il soit, peut être également une bonne manière de vaincre sa timidité. 

Avoir confiance dans ses failles et les accepter, c'est l'une des clés.

Et le corps dans tout cela ?

Il existe également des ateliers pour apprendre à prendre la parole en public. C'est Muriel Mayette-Holtz, directrice du théâtre national de Nice qui en parle au micro de Dorothée Barba. Ces ateliers ne s'adressent pas aux acteurs mais au public lambda : "C'est pour apprendre à s’entraîner sur l'oralité. La timidité est souvent vécue comme une émotion négative, alors que c'est plutôt la manifestation d'une grande sensibilité. Mais on ne s'entraîne jamais pour la dompter."

On devrait apprendre l'oralité aux enfants dès le début. C'est comme apprendre à nager. 

Cela permet d'utiliser, de piloter l'instrument qu'on nous a donné à la naissance. L'oralité nous permet de dompter l'énergie émotionnelle en décidant de la manière dont on la renvoie". Dans son discours Muriel Mayette-Holtz évoque la prépondérance du corps dans la projection de cette énergie émotionnelle. Il est trop souvent négligé dans la prise de parole, alors qu'il est un instrument-clé. Prendre d'assaut l'espace qui est dédié à la parole est donc un bon moyen de dompter sa timidité. 

Muriel Mayette-Holtz explique ses ateliers plus en détail : cela se passe dans la grande salle du théâtre de Nice. Le public est masqué, la personne présente sur la scène est sans masque. Il est important que le timide ait toute la place qu'il faut, voire plus pour s’entraîner et projeter son émotion. Le corps devient alors vecteur de cette sensibilité et la timidité est surmontée, voire vécue de manière positive. 

A contrario, certaines personnes peuvent mal vivre leur corps et plus spécifiquement leurs caractéristiques physiques. C'est le cas de Pierre, grand et timide : "Une horreur", dit-il. Par peur d'être remarqué, il s'est voûté pour passer inaperçu. "C'est une des conséquences méconnues de la timidité, raconte Antoine Pelissolo, les timides ne veulent pas être vus et souhaitent disparaître. Être grand n'est pas du tout un handicap, c'est même vécu comme valorisant, mais pour les gens timides, cela peut être handicapant et notamment chez les jeunes femmes à l'adolescence". 

Il faut également rappeler que toutes ces stratégies d'évitement ne font que renforcer les choses, donc il faut vraiment en avoir conscience, pour pouvoir les corriger.

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