Dans "Grand Bien Vous Fasse", les médecins Alain Gahagnon et Martin Winckler expliquent que si les femmes éprouvent bien des douleurs plus intenses et souffrent d'un plus grand nombre de maladies douloureuses que les hommes, il n'en reste pas moins que leur prise en charge est souvent minimisée par certains soignants.

Santé et douleur : pourquoi les femmes souffrent-elles plus que les hommes ?
Santé et douleur : pourquoi les femmes souffrent-elles plus que les hommes ? © Getty / ViewStock

De nombreuses recherches expérimentales concluent que le seuil de perception de la douleur est plus vite atteint chez les femmes que chez les hommes. Mais elles souffrent en réalité d'une double peine car elle se retrouvent très souvent moins bien soulagées, à cause d'un mauvais traitement médical fait de préjugés, aussi sexistes, qui laisse encore trop souvent à désirer.

Les femmes plus sensibles à la douleur que les hommes

Les deux médecins nous expliquent que d'un point de vue biologique, la manière dont s'activent les gènes est certes différente selon que l'on soit un homme ou une femme. Par exemple, lorsque sont réalisées des IRM, sous l'effet de la douleur, le cerveau d'une femme montre une réaction plus vive que celui d'un homme. Il semblerait que les hormones aient un impact direct : la testostérone, hormone mâle, diminuerait en effet la sensation de douleur des hommes.

Martin Winckler souligne que "les femmes ne sont souvent pas écoutées car elles présentent des prédispositions génétiques qui font qu'elles sont plus facilement sujettes à la douleur et subissent une double peine, car elles sont aussi moins bien soignées. De plus, les femmes sont défavorisées par rapport aux hommes car, quand un homme se plaint d'avoir mal, il est rare qu'il aille voir le médecin, du moins immédiatement, tandis que les femmes hésitent moins et consultent souvent pour des choses qui ne sont pas forcément des maladies".

Les femmes victimes d'un sous-traitement médical de la douleur

Mais, en réalité, ces différences de ressenti de la douleur ne devraient avoir que peu d'importance car la douleur chez une femme devrait être traitée de la même manière que chez les hommes. Or, il n'en est rien. Les deux médecins estiment que les douleurs exprimées par les femmes sont trop souvent sous-estimées par les soignants, que cela aille de la maladie chronique aux douleurs de règles, pendant des interventions chirurgicales, ou encore pendant l'accouchement, où les femmes ont souvent besoin de doses de morphine plus élevées que les hommes. 

De fait, les douleurs sont mal soulagées et mal traitées dans la mesure où beaucoup trop de femmes sont victimes d'un préjugé fréquent chez les médecins qui consiste à penser que, lorsqu'une femme a mal, elle décrit souvent sa douleur avec davantage d'émotion qu'un homme, "qu'elle en rajoute ou fait du cinéma" : 

Comme l'explique Martin Winckler : "quand elles se plaignent d'une douleur, les médecins ont tendance à leur dire que c'est tout à fait normal... Eh bien non, ce n'est pas normal d'avoir mal pendant ses règles et, par extension, tous les symptômes qui ne sont pas identifiables maintenant et qui ne renvoient pas à une maladie visible ou identifiable ont tendance à être immédiatement considérés comme imaginaires". 

Le "c'est dans votre tête, c'est psychologique" est inacceptable ! Au contraire, la douleur joue tout son rôle et doit être prise au sérieux ! 

"Il y a quelque chose de commun déjà entre le problème général de la douleur et la santé des femmes : on ne les croit pas, on ne les écoute pas, et quand on les écoute, certains se disent qu'elles parlent trop, c'est un préjugé sexiste..."

"Malheureusement, le jugement de valeur s'impose au détriment de la responsabilité médicale qui manque considérablement de la part de certains médecins. Alors qu'ils sont censés savoir qu'une évaluation de la douleur devrait être objective : le genre, l'orientation sexuelle, l'identité de la personne, ne devrait pas entrer en considération. C'est la seule perception de la personne souffrante qui doit orienter la prise en charge"

Le ressenti de la douleur est pluriel

Alain Gahagnon ajoute que dans tous les cas "la douleur est une perception qui va être différente d'une personne à l'autre car le vécu de chacun est différent, on n'est pas égaux devant la douleur, il y a certes une différence sur le plan de la génétique, sur le plan du sexe, tant les femmes sont plus sensibles à la douleur, mais cette perception a aussi des affluences importantes sur le plan émotionnel, dépassant la simple question du ressenti par rapport aux sexes".

Aller plus loin 

📖 LIRE - Tu comprendras ta douleur, Alain Gahagnon et Martin Winckler, Fayard, 2019

📖 LIRE - Accouchement : les femmes méritent mieux, Marie-Hélène Lahaye, Michalon, 2018  

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