Généralement, quand on dit que quelqu'un est empathique, c'est qu'il est généreux, bienveillant, attentif... Mais l'empathie peut aussi être négative ! Voici les explications du philosophe Alexandre Lacroix et du neuropsychiatre Jean-Michel Oughourlian au micro de "Grand bien vous fasse".

"L'empathie n'est certainement pas la clé d'un comportement toujours bénéfique, généreux, bien orienté"
"L'empathie n'est certainement pas la clé d'un comportement toujours bénéfique, généreux, bien orienté" © Getty / Benjamin Torode

L'empathie est le propre de l'homme

Le journaliste et philosophe Alexandre Lacroix explique que "si vous voyez un ami qui, en bricolant, se donne un coup de marteau, vous savez qu'il a mal puisque ça vous est déjà arrivé. On reconstitue toujours mentalement le processus émotionnel en se mettant à la place des gens. L'empathie réside dans ce lien immédiat qui permet de comprendre sur le moment le ressenti d'autrui". 

On est prodigieusement doués pour savoir ce qui se passe dans la tête des autres. Nous sommes capables de reconstituer les pensées, les émotions de ceux qui nous entourent.

Jean-Michel Oughourlian souligne que "l'idée qu'on puisse exister seul est absurde, on ne peut jamais exister seul - ou bien nous n'existons pas. Nous sommes dans un rapport permanent avec les autres, sans lesquels nous ne pouvons pas nous constituer en tant que tel. C'est la raison pour laquelle on peut parler de "psychologie interdividuelle". 

Immédiatement, le cerveau enregistre les mêmes sensations, les mêmes sentiments que celui en face de qui je suis.

Cette reconstruction systématique des sentiments mutuels s'opère grâce aux neurones miroirs. C'est eux qui font que nous sommes en rapport permanent les uns avec les autres. Si une action bienveillante est prise en compte, comme le sourire, le geste sera ressenti sympathiquement chez l'autre tel un effet miroir grâce au processus mimétique. Vice versa, si mon geste sympathique ne revient pas à une personne, c'est l'inverse, je vais imiter son geste agressif, nous allons d'abord être en rivalité et produire des sentiments négatifs". 

La première réaction étant toujours mimétique, c'est seulement ensuite que le mouvement est revêtu par le caractère émotionnel et cognitif, créant soit de l'empathie positive... ou bien négative.

Comment fonctionne l'empathie ?

Dans le processus empathique, Jean-Michel Gourlizon explique l'importance de trois fonctions cérébrales qui viennent influencer positivement sur le type d'empathie

  • mimétique  ; 
  • émotionnelle : nous avons un réservoir de sentiments, d'humeurs qui nous permettent de mieux comprendre l'état mental des autres ; 
  • puis au-dessus, une fonction cognitive grâce à laquelle nous avons des neurones sensoriels qui permettent d'analyser ce qui doit être considéré comme la bonne réaction.

Rien ne peut se faire s'il n'y a pas une harmonie de ces trois fonctions cérébrales. 

C'est la raison pour laquelle un professeur de mathématiques ne peut pas vous transmettre son savoir s'il ne vous aime pas ! Nos trois fonctions doivent dialoguer en permanence pour éviter les rivalités, les jalousies, l'envie, pour favoriser l'empathie positive, la coopération, la bienveillance.

L'empathie négative, c'est quoi ? 

Pour Alexandre Lacroix : "si l'empathie est le propre de l'homme, c'est elle aussi qui nous permet de mener à bien une négociation, une conversation, que l'on soit méchant ou gentil. 

C'est aussi ce qui va permettre à un tortionnaire d'atteindre sa victime et d'obtenir des aveux plus facilement. Le très bon séducteur, négociateur ou pédagogue, tout autant que le sadique ou le pervers va savoir convaincre à sa manière... L'empathie c'est aussi quand une personne va savoir rentrer dans le psychisme de l'autre pour mieux le manipuler"

L'être humain est prodigieusement empathique, mais il est avant tout un prédateur empathique : il peut l'utiliser pour parvenir à ses fins.

Il poursuit : "Cette capacité reste variable d'un individu à l'autre car elle ne nous oriente pas forcément tous à avoir le même comportement et à aller vers le bien...

Il y a tout un faisceau d'informations qui sont données par ces expériences qui nous montrent que l'empathie n'est certainement pas la clé d'un comportement toujours bénéfique, généreux, bien orienté. Elle peut être profondément biaisée et servir à faire le mal comme le sadique qui se sert de son empathie pour comprendre comment infliger de la douleur ou de la souffrance".

Jean-Michel Oughourlian estime que "tout dépend de la relation mimétique et cognitive d'une personne. Certains sont bloqués sur un mode de langage rival qui mène systématiquement à l'envie, à la colère, à la jalousie parce que dans leur enfance ils ont été habitués à voir leurs parents se disputer, ou parce qu'ils ont eux-mêmes été victimes de mauvais traitements : par conséquent, ils ont pris ce pli de prendre en permanence l'autre en rivalité. Il faut toutefois relativiser car pour les personnes qui ne veulent pas être comprises et qui ne veulent pas comprendre les autres, je ne suis pas non plus sûr que ce soit systématiquement volontaire. C'est juste qu'ils n'ont pas d'empathie émotionnelle avec les autres, mais sans que cela aille de leur propre volonté".

Quelques conseils pour développer son empathie positive 

  • Pour les gens en quête d'empathie positive

Jean-Michel Gourion : "Il faut changer de perspective, s'acheminer vers une recherche de sagesse, une démarche initiatique de changement personnel, s'inviter à susciter des atmosphères apaisées grâce à la psychologie mimétique positive. Faire preuve de recul. 

Il est important de lâcher prise sur ce qui n'en vaut pas la peine et développer l'essentiel : le rire, la bienveillance, la coopération, l'amour sans jamais trop convoiter le jardin des autres. Pourquoi ? Parce que le désir mimétique vous condamne à ne désirer que ce que vous n'avez pas. Tandis que la sagesse vous conduit à penser que si vous continuez à désirer ce que vous avez déjà, à ce moment là, vous êtes un sage et vous êtes heureux !" 

  • Pour les gens positivement empathiques, de nature, qui désirent le rester

Alexandre Lacroix : "Si psychiquement, vous allez mal, vous êtes malade, eh bien vous allez voir le médecin. Mais quand vous allez bien, qu'est-ce que vous pouvez faire ? C'est là que la philosophie prend toute son importance ! En réalité, même quand vous allez bien, il y a encore plein de problèmes à résoudre (amour, relation au monde, vieillissement, la mort) et la curiosité est sans fin. C'est la fonction même de la philosophie que de mieux connaitre la condition humaine !"

Aller plus loin

🎧 RÉÉCOUTER - Grand bien vous fasse, par Ali Rebeihi : Qu'est-ce qui nous empêche de nous mettre à la place des autres ?

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