Pourquoi la sexualité des seniors serait-elle moins palpitante que celle des plus jeunes ? Il est important de rompre rapidement avec cette vision stéréotypée d'une vie sexuelle qui serait moins épanouie à mesure que l'on prend de l'âge et selon laquelle vieillir reviendrait à cesser d'être désirable.

Sexualité, désir, libido… "Il n'y a pas d'âge pour jouir !"
Sexualité, désir, libido… "Il n'y a pas d'âge pour jouir !" © Getty / BreBa

La psychanalyste Catherine Grangeard était l'invitée de l'émission "Le Téléphone sonne". Au micro de Fabienne Sintes, elle a décrypté les raisons pour lesquelles les hommes et, en particulier, les femmes d'un âge avancé, ont souvent tendance à déconsidérer leur vie sexuelle sous prétexte que ce ne serait "plus de leur âge". Et elle invite à résister aux modèles stéréotypés de la sexualité qui viennent davantage culpabiliser les plus vieux.

Une sexualité souvent stéréotypée : le désir n'appartient pas aux plus jeunes

C'est parce qu'on a encore trop souvent en tête cette idée reçue qu'à partir d'un certain âge, autour de la cinquantaine et plus, souvent, c'en serait fini d'une vie sexuelle épanouie. On nie souvent l'idée qu'il vaut mieux d'abord se plaire avec la personne avec qui on partage une histoire d'amour et d'entretenir sa vie sexuelle en conséquence. Trop souvent la jeunesse est perçue, chez de nombreux seniors, comme un gage d'épanouissement majeur dans une relation sexuelle. 

Cela provient, d'après la psychanalyste, des nombreux diktats et injonctions que diffusent la société, sur les corps et la sexualité : "En réalité, ce n'est jamais la même sexualité, que l'on ait 20 ans ou 60 ans car ce qui se joue c'est la nature de sa relation. Ce ne sont pas du tout les mêmes relations d'un couple à l'autre, jeune ou âgé. Ensuite, la sexualité induit des relations sexuelles qui ne sont pas identiques et linéaires. Et heureusement ! 

Parfois, chez les seniors, on manque de reconnaître que cette soi-disant absence de désir serait en réalité due à un manque d'imagination. 

Cette représentation toute faite règne beaucoup chez de nombreuses personnes d'un certain âge qui jugent que les seuls partenaires dignes de pouvoir s'épanouir sexuellement sont des hommes ou des femmes qui ont la moitié de leur âge. C'est vraiment d'un conformisme absurde et effrayant de considérer que le désir est le fruit de la jeunesse. En réalité, c'est parce qu'ils se refusent à trouver ce désir dans un âge qui a évolué, et persistent à penser que ce n'est pas avec des personnes du même âge qu'ils s’épanouiront. Beaucoup contribuent à véhiculer un code qui continue à faire culpabiliser les gens du même âge avancé. 

Ces diktats sociaux traduisent l'invisibilité sexuelle associée au fait que le corps deviendrait moins sexy en vieillissant.

Il serait trop vieux par rapport à des normes sociales qui reposent sur des modes de jeunesse pour plaire. On se met à penser que le corps est toujours "trop" ou "pas assez" quelque chose.

"Plaire" et "se plaire" doivent s'affranchir des espèces de canons de beauté qu'on nous a assénés, et dans lesquels nous sommes emprisonnés depuis trop longtemps.

Si on n'a plus envie, ça n'est pas tant parce qu'on a un certain âge (car on ne change jamais tant que ça à cause de l'âge) mais bien parce que le problème repose ailleurs. Souvent c’est parce que ça marche mal dans le couple. C'est ainsi que les préjugés doivent être réexaminés en fonction des histoires individuelles afin de trouver un peu plus de libertés dans nos vies. C'est le regard de sa ou de son propre partenaire qui nous donne cette confiance en soi. On ne doit pas se conditionner en fonction de ce que font les autres". 

La sexualité des femmes seniors davantage stigmatisée 

Alors que les déséquilibres entre les deux partenaires sont tout à fait normaux dans la mesure où chaque désir est différent, Catherine Grangeard rappelle qu'il règne encore trop d'idées reçues sur le fait que les femmes seraient désintéressées du sexe, désintéressées de la sexualité, que ce soit à n'importe quel âge

Même à des âges plus avancés, ces codes stéréotypés conduiraient ainsi à entraver le rapport à sa sexualité :

C'est la sexualité des femmes qui pose problème dans notre société et, arrivées à un certain âge, la ménopause a bon dos.

C'est terrible parce que ce sentiment culpabilise les femmes et c'est terrible, en tant que femme ,de se sentir dépossédée de soi-même. Cette représentation n'est pas réservée à un âge, elle est tout simplement sexiste. 

Si la ménopause peut entraîner un certain nombre de symptômes, elle n'entraîne pas obligatoirement la baisse de libido

La ménopause, pour rappel, c'est simplement l'arrêt des règles", rappelle la psychanalyste, "ça ne veut absolument pas dire que le désir chute, c'est juste que la lassitude peut provenir d'autres raisons d'ordre moral. De même qu'il y a des femmes pour lesquelles la prise de pilule va créer une baisse de libido hormonale certes, mais dans la tête, elles ont envie d'avoir une sexualité active. D'un autre côté, les hommes peuvent eux aussi avoir des difficultés d'érection tout en ayant envie de leur partenaire. 

Il faut rompre avec cette idée que la sexualité des femmes aurait un décalage de dix ans par rapport à celle des hommes…

Une femme et un homme, quels que soient leurs âges, ne vont pas forcément désirer au même moment, tout simplement parce que les partenaires sont deux sujets différents. 

Il n'y a pas de différences hommes/femmes à opposer, il faut attribuer cela aux images sociales préconçues : les demandes sur les corps des femmes sont extrêmement exigeantes ; c’est beaucoup moins le cas sur les corps des hommes". 

Aller plus loin

🎧 RÉÉCOUTER - Le Téléphone sonne : La sexualité des seniors, un tabou ?

📖 LIRE - Catherine Grangeard : Il n'y a pas d'âge pour jouir ! (Éditions Larousse)

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