Populiste, nationaliste, radical et provocateur. Björn Höcke est l'un des visages de l'extrême-droite en Allemagne. Tête de liste de l'AfD (Alternative pour l'Allemagne) aux élections régionales en Thuringe, il a réussi, ce dimanche, à séduire un électeur sur quatre.

Les propos de Björn Höcke font polémique parfois jusque dans son propre parti.
Les propos de Björn Höcke font polémique parfois jusque dans son propre parti. © AFP / MARTIN SCHUTT / dpa-Zentralbild / dpa Picture-Alliance

Les résultats se suivent et se ressemblent pour l'extrême-droite allemande. Après 27,5% des voix en Saxe et 23,5% dans le Brandebourg le 1er septembre, l'extrême-droite gagne du terrain à chaque élection, et plus encore dans l'Est de l'Allemagne. Ce dimanche, à l'occasion d'un nouveau scrutin régional, toujours en ex-RDA, cette fois en Thuringe, l'AfD (Alternative pour l'Allemagne) a séduit encore environ un quart des électeurs :  Björn Höcke, sa tête de liste, est arrivé en deuxième position avec 23,5% , faisant plus que doubler le score de l'Afd lors du précédent scrutin de 2014.

Le populisme le plus radical

47 ans, les yeux bleus gris, les cheveux aux reflets argentés, ancien professeur d'histoire et de sport au lycée, Björn Höcke est fasciné par le Troisième Reich. Quelques semaines après la fusillade qui a visé la synagogue de Halle (Saxe-Anhalt), l'homme est en campagne et ses discours puisent sans gêne dans la rhétorique national-socialiste, comme dans cette citation : 

Nous devons décider si nous voulons être des moutons ou des loups. Nous choisissons d'être des loups

Björn Höcke agite si souvent une sémantique propre au régime nazi qu'il a failli être expulsé de son parti après un discours prononcé à Dresde en janvier 2017. Devant l’organisation de jeunesse de l’AfD "Junge Alternative", il s'indigne de la présence du Mémorial de la Shoah construit à Berlin :

Nous sommes le seul peuple au monde à avoir planté au cœur de notre capitale un monument de la honte

Ce discours provoque une réelle indignation. "L’AfD montre avec ces mots des plus antisémites et inhumains son vrai visage. Je n’aurais jamais cru possibles de telles déclarations de la part d’un politique allemand, 70 ans après l’Holocauste", dénonce ainsi le président du Conseil central des juifs en Allemagne, Josef Schuster.

Mais Höcke se bat si fort qu’il arrive non seulement à se maintenir au sein de son parti et à obtenir la tête de l’ancienne cheffe de l’AfD, Frauke Petry. Il a depuis complètement repris le dessus et fait partie du 1er cercle des dirigeants. Et ce sont ses idées qui dominent aujourd’hui au sein de l’AfD.

La défense de l’identité allemande, une vision positive de l’histoire du pays, des diatribes contre les immigrés, Höcke promet des expulsions massives ou l’arrêt des aides sociales, il dit vouloir sauver les campagnes comme celles de sa région de Thuringe de la menace que représenteraient les étrangers, un discours anti-écolo aussi (il souhaite par exemple interdire les éoliennes).

"Cet homme parle comme Goebbels !" (Gero Neugebauer, politologue à l'Université Libre de Berlin)

L’un de ses adversaires dans cette campagne régionale, Mike Mohring pour la CDU l’a qualifié il y a quelques jours de "nazi". Tout récemment, un tribunal a autorisé l’utilisation du terme "fasciste" pour le désigner à tel point que sur Twitter, les utilisateurs de ce réseau social se sont déchaînés. 

Un peu plus tôt dans cette campagne, à la mi-septembre, il met fin brutalement à une interview et menace le journaliste de la deuxième chaîne de télévision publique allemande ZDF.

"Peut-être que je deviendrai une personnalité politique intéressante dans ce pays, c’est possible", lâche-t-il pointant de son regard glaçant son intervieweur.

L'homme et son courant "Der Flügel" à la conquête de la présidence de l'AfD ?

S’il réalise un score important en Thuringe ce dimanche, Björn Höcke va asseoir un peu plus sa légitimité au sein de l’AfD et pourrait grappiller les quelques points qui lui manquent (10 à 20% au sein de son parti) pour que son courant radical et populiste devienne majoritaire au sein de l’extrême-droite allemande. Récemment, l'un de ses proches sur le terrain de l'amitié et des idées, un autre visage très radical de l'AfD, Andreas Kalbitz a engrangé lui aussi un succès électoral dans le Brandebourg.

Les deux hommes sont les têtes pensantes de "Der Flügel" en allemand, "l’aile" proche des identitaires autrichiens, de l’éditeur sulfureux de l’extrême-droite allemande Götz Kubitschek, proche des néo-nazis très actifs en Thuringe, soutien actif de Pegida, mouvement islamophobe de la Saxe voisine, et du plus récent Thugida, mouvement identique tirant son nom d’une contraction du Land de Thuringe et de Pegida. 

Ses critiques au sein de l’AfD lui reprochent son goût pour le culte de la personnalité mais Björn Höcke, marié et père de quatre enfants, s’en moque et s’affiche sur des tasses, t-shirts, etc. et se montre dans une vidéo officielle courant à travers les feuilles d’automne dorées de son village, serrant la main des ouvriers et des femmes, nourrissant les moutons. On l’entend dire : "Quand tu me célèbres, je sens la passion. Je baisse la tête en signe d’humilité pour ton engagement."

Il se dit ami du dirigeant actuel de l'AfD, Alexander Gauland, 78 ans mais pourrait bien, comme il l'avait fait en 2017 avec Frauke Petry, le pousser vers la sortie. Un congrès de l'AfD est prévu le 30 novembre et le 1er décembre pour élire une nouvelle présidence.

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