C'est un témoignage inédit, celui d'un soldat grièvement blessé mais rescapé du bombardement de Bouaké en novembre 2004. Mikael (prénom d'emprunt) se trouvait au plus près des 9 militaires tués ce jour-là en Côte d'Ivoire par des roquettes lâchées par deux avions de chasse, deux sukhoi de l'armée ivoirienne.

Des images des lieux le bombardement, jamais vues auparavant, sont apparues dans une vidéo diffusée il y a quelques jours sur Internet
Des images des lieux le bombardement, jamais vues auparavant, sont apparues dans une vidéo diffusée il y a quelques jours sur Internet © Capture d'écran

Mikael a aujourd'hui 40 ans, il a servi en Afghanistan au début des années 2000, au Kosovo également. D'origine marocaine, il a décidé de livrer son témoignage à l'occasion de la sortie ce vendredi 31 janvier du livre-plaidoyer de son avocat, Maitre Jean Balan, intitulé "Crime sans châtiment" (éditions Max Milo), et avant un procès à Paris (à partir du 17 mars) de trois accusés par défaut : un pilote biélorusse et deux co-pilotes ivoiriens, qui sont renvoyés devant une cour d'assises - mais qui seront donc absents car les mandats d'arrêt lancés à leur encontre n'ont jamais rien donné. 

Mikael se dit toujours hanté par ce qu'il a vécu et vu, ce samedi 6 novembre 2004 un peu après 13h - le jour de de son anniversaire. C'est ce jour-là que les avions d'attaque Sukhoi de l'armée ivoirienne ont lâché leur panier de roquettes sur le foyer du camp militaire français installé dans l'enceinte du lycée Descartes de Bouaké. L'attaque a fait neuf morts et 38 blessés parmi les soldats français, ainsi qu'un civil américain membre d'une ONG, lui aussi tué. 

Il raconte le souffle qui le projette à 15 mètres, les éclats, les corps de ses camarades qu'il a eu le temps de recouvrir d'un drap blanc avant d'aller se mettre à l'abri et se faire soigner. Il avait un morceau de tête d'obus planté dans le pied... Cinq ans de souffrances, les cauchemars, les opérations à répétition (64 au total) pour pouvoir remarcher péniblement avec une canne, et ce n'est pas fini. Ses médecins lui ont annoncé qu'il faudrait peut-être l'amputer pour mettre une prothèse.

Il y a aussi l'absence de reconnaissance : "J'ai reçu ma croix de guerre par courrier". Jamais reçu avec ses camarades soldats blessés en 2004 à Bouaké par un ministre de la Défense, Mikael en appelle au président de la République : 

"Je demande à Emmanuel Macron que tous les soldats blessés à Bouaké reçoivent la légion d'honneur".

À Noël, le chef de l'État est allé se recueillir au pied d'une stèle en hommage aux victimes du bombardement à Bouaké. Recueillement sans la présence des rescapés, ni des familles des soldats tués. Il n'y a eu aucun discours.

Mikael dénonce aujourd'hui la raison d'État française et ivoirienne : "Ils ont saboté une enquête" qui a empêché la justice d'arrêter ceux qui ont largué leur bombe et ceux qui ont donné l'ordre, selon lui.

Nos confrères du Parisien annoncent que trois ex-ministres sont cités à comparaître comme témoins lors du prochain procès aux assises à Paris en mars prochain. Il s'agit de Dominique de Villepin, Michelle Alliot-Marie et Michel Barnier. 

En mai dernier, la cour de cassation a rejeté la saisine de la cour de justice de la République pour enquêter sur le rôle des trois anciens ministres de la Défense, de l'Intérieur et des Affaires étrangères en 2004. Ils étaient soupçonnés de ne pas avoir donné l'ordre de faire transférer les pilotes des Sukkhoi arrêtés au Togo. Dans son livre, Me Jean Balan publie les motivations des hauts magistrats pour justifier la non-saisine de la cour de justice de la République.    

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Dans le livre de Jean Balan, figure aussi un document confidentiel défense déclassifié troublant signé Jean-louis Georgelin, l'ancien chef d'état-major particulier de Jacques Chirac. Même si ce n'est pas la preuve de l'implication de l'appareil d’État français et de certains de ses militaires, Jean Balan, avocat de plusieurs victimes et familles de victimes du bombardement de Bouaké estime dans son ouvrage que c'est l'un des indices d'une possible "bavure manipulée" ayant eu pour but à l'époque de renverser l'ex président Laurent Gbagbo.

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