Après avoir officiellement quitté l'Union Européenne le 31 janvier 2020, le Royaume-Uni doit sortir du marché unique et de l'union douanière le 31 décembre, et un accord vient d'être trouvé avec Bruxelles. Le point d'orgue de 4 ans de négociations difficiles entre les deux parties. On vous les résume.

Boris Johnson et le Royaume-Uni ont eu du mal à trouver la sortie de l'Union Européenne
Boris Johnson et le Royaume-Uni ont eu du mal à trouver la sortie de l'Union Européenne © AFP / Alexandros Michailidis

Le Royaume-Uni quittera donc bien le marché unique et l'union douanière le 31 décembre, et il y aura même un accord. Le "no deal" était pourtant l'option la plus probable, étant donnée la difficulté des deux parties à trouver un terrain d'entente. Mais un accord a bien été trouvé entre les deux parties ce 24 décembre, mettant fin à quatre ans d'incertitude.

Un accord immédiatement salué par le Premier ministre britannique Boris Johnson :

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De son côté, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a salué un "bon accord, équilibré et "juste", soulignant que le Royaume-Uni restera "un partenaire de confiance", tout en espérant que cette conclusion "nous permettra de nous assurer que nous pouvons finalement laisser le Brexit derrière nous". Négociateur en chef de l'Union européenne, Michel Barnier estime que cette journée historique est "un jour de soulagement" mais "teinté d'une certaine tristesse".

Depuis le référendum qui a dit oui au Brexit en 2016, les négociations entre Londres et Bruxelles ont été longues et ardues. On vous les résume ici.

23 juin 2016 : les Britanniques disent oui au Brexit

Interrogés par référendum, les Britanniques votent en faveur du "leave" à 51,9% et décident de sortir de l'Union Européenne. Le Premier ministre conservateur David Cameron, partisan du "remain" (rester dans l'Union), annonce sa démission le lendemain et est remplacé par l'eurosceptique Theresa May, qui sera chargée de négocier la sortie de l'Union avec Bruxelles.

17 janvier 2017 : "Brexit means Brexit", "le Brexit signifie le Brexit"

La Première ministre Theresa May déclare devant des diplomates étrangers et les négociateurs britanniques que le Royaume-Uni quittera le marché européen en même temps que l'Union Européenne et affirme qu'elle ne souhaite "pas d'appartenance partielle" ni de "statut de membre associé", en somme, "rien qui ne nous laisse à moitié dehors et à moitié dedans", lance May. Autrement dit, résume-t-elle : "Brexit means Brexit", "le Brexit signifie le Brexit". 

29 mars 2017 : coup d'envoi des négociations du divorce

Theresa May active l'article 50 du Traité de Lisbonne, qui prévoit un délai de deux ans pour négocier les modalités de sortie d'un membre de l'UE. Avec une lettre adressée au président du Conseil européen Donald Tusk, le processus est donc enclenché. Le Brexit est fixé au 29 mars 2019.
Deux jours plus tard, Donald Tusk donne la feuille de route des négociations : dans un premier temps, les modalités du divorce avec notamment le règlement des engagements financiers du Royaume-Uni, et dans un deuxième temps, l'élaboration des futures relations entre Londres et Bruxelles. 

8 juin 2017 : Theresa May fragilisée avant le début des négociations

La Première ministre britannique perd la majorité conservatrice à la Chambre des communes lors d'élections anticipées, et doit s'allier aux unionistes nord-irlandais. 11 jours plus tard, le 19 juin 2017, les négociations commencent à Bruxelles. 

8 décembre 2017 : premier accord

Fumée blanche à Bruxelles : le Royaume-Uni et la Commission européenne annoncent un accord de principe sur les modalités du divorce. 

19 mars 2018 : une période de transition de deux ans

Londres et Bruxelles s'accordent sur la période de transition post-Brexit. Elle courra de la date du Brexit jusqu'au 31 décembre 2020. 

Juillet 2018 : démissions au sein du gouvernement May 

Theresa May cherchant un Brexit plus "en douceur", elle dévoile à son gouvernement un livre blanc sur le Brexit, ce qui provoque la colère de deux ministres, Boris Johnson (Affaires étrangères) et David Davis (ministre du Brexit) qui démissionnent le 8 et 9 juillet pour protester contre ce texte. 

Le rêve du Brexit meurt, la Grande-Bretagne se dirige vers le statut de colonie ! explose Boris Johnson. 

13 novembre 2018 : un nouvel accord Londres-Bruxelles 

Downing Street annonce un projet d'accord, qui provoque la démission du nouveau ministre du Brexit Dominic Raab, mécontent de la négociation menée par Theresa May. L'accord est approuvé le 25 novembre lors d'un Sommet européen extraordinaire. 

15 janvier 2019 : la Chambre des communes dit une première fois non 

Theresa May avait repoussé le vote d'un mois, craignant une défaite, et malgré ce délai, les députés britanniques lui infligent un camouflet et rejettent largement le texte (432 voix contre 202). Le lendemain, le gouvernement survit de peu à une motion de censure et doit entamer de nouvelles discussions avec Bruxelles, qui ne veut pas renégocier. 

12 mars 2019 : deuxième stop 

Sollicitée une deuxième fois sur le texte, la chambre basse rejette de nouveau l'accord, avec toutefois légèrement moins de forces (391 voix contre, 242 pour). Dans la foulée, le 21 mars, Bruxelles décide le report de la date du Brexit. Au lieu du 29 mars, ce sera le 22 mai si la Chambre des Communes ratifie l'accord, ou le 12 avril si elle ne le fait pas.  

29 mars 2019 : troisième stop 

Le jour où le Royaume-Uni devait initialement sortir de l'Union Européenne, les députés britanniques disent une troisième fois non à l'accord négocié par Theresa May (344 voix contre, 286 pour). En conséquence, 10 jours plus tard, les dirigeants européens accordent un nouveau délai pour la date du Brexit : jusqu'au 31 octobre 2019

24 mai 2019 : chute de Theresa May, arrivée de Boris Johnson

Affaiblie, Theresa May démissionne au lendemain des élections européennes qui voient la victoire écrasante du "parti du Brexit" de Nigel Farage. Elle quitte son poste le 7 juin et est remplacée par Boris Johnson le 23 juillet. 

Boris Johnson promet que le Royaume-Uni quittera l'UE "coûte que coûte, avec ou sans accord".

17 octobre 2019 : Bruxelles et Londres de nouveau d'accord 

L'Union Européenne et le Royaume-Uni disent être parvenus à un nouvel accord de divorce, approuvé par les dirigeants des 27. Le 19 octobre, Boris Johnson est forcé par la loi à demander un nouveau report du Brexit, puisque la législation nécessaire à son application n'a pas encore été votée par les députés britanniques. Le 28 octobre, les 27 reportent le Brexit au 31 janvier 2020

9 janvier 2020 : les députés disent oui au Brexit le 31 janvier 

La Chambre des communes donne son approbation finale au texte qui permettra au Royaume-Uni de quitter l'UE le 31 janvier 2020. 

31 janvier 2020 : Brexit officiel 

Le Royaume-Uni quitte officiellement l'Union Européenne, sortie juridique et symbolique. Ses eurodéputés élus quelques mois plus tôt quittent le Parlement européen. La phase 2 est enclenchée : la négociation de la future relation entre Londres et Bruxelles, et l'adaptation de plus de 600 traités. 

2 mars 2020 : premier round de négociations 

Les négociations débutent avec comme points de difficulté la pêche, les droits de douane, et la future manière de régler les différends commerciaux entre les deux parties. 

Il n'y aura pas d'accord de commerce avec les Britanniques s'ils n'y a pas un accord sur l'accès réciproque pour les pêcheurs, prévient le négociateur de l'UE Michel Barnier. 

Le Royaume-Uni parle d'importantes divergences et refuse de laisser pêcher les Européens librement dans ses eaux territoriales, très poissonneuses. 

24 avril 2020 : les négociations patinent 

Michel Barnier estime que "le Royaume-Uni n'a pas voulu s'engager sérieusement sur un certain nombre de points fondamentaux". De son côté, Londres accuse Bruxelles de lui proposer un accord bien inférieur à ceux conclus dans le passé avec d'autre pays : les Britanniques ne veulent rien de plus qu'un accord classique de libre échange, comme l'UE a pu passer avec le Canada. Faute de quoi, ce sont les règles de l'Organisation Mondiale du Commerce qui s'appliqueront, avec d'importants droits de douane.

15 mai 2020 : troisième cycle de négociations 

Michel Barnier note "quelques ouvertures modestes mais aucun progrès possible sur les autres sujets plus difficiles". "Peu de progrès", convient son homologue britannique, David Frost. Londres répète une fois de plus qu'il ne demandera pas de prolongation de la période de transition après le 31 décembre, avec ou sans accord. 

Dernière ligne droite 

En septembre dernier, Downing Street dit "entrer dans la phase finale des négociations avec l'UE". Mais le 15 octobre, lors d'un Sommet à Bruxelles, les 27 estiment que "les progrès sur les questions-clé ne sont toujours pas suffisants pour qu'un accord soit conclu". Le lendemain, Boris Johnson souffle que "le Royaume-Uni doit se préparer à un échec des négociations". 

L'ultime suspense

Le 4 décembre, après une semaine de discussions intenses, le négociateur en chef de l'UE Michel Barnier répète que "les conditions d'un accord ne sont pas réunies" et pointe plusieurs divergences : "pêche, concurrence, gouvernance".

À la reprise des négociations le 6, Londres répète qu'il "exclut" une reprise des discussions en 2021. Lors d'un dîner de travail le 9 décembre à Bruxelles, Boris Johnson et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen conviennent qu'une décision devra être prise d'ici le 13 décembre.

Un accord à l'arrachée

Dernier coup de théâtre : 11 jours après cette date-limite, le Royaume-Uni et l'Union européenne parviennent à trouver le graal. Les deux parties annoncent, le jeudi 24 décembre 2020, être parvenues à finaliser un accord sur le départ du premier de la seconde. C'est (pour l'instant ?) la fin de quatre ans de dialogue compliqué entre les Britanniques et Bruxelles.