Les sites de services entre voisins ont explosé ces dix dernières années en France : échange de bons procédés ou missions tarifées, voici cinq applications testées en période de confinement.

Voisins aux fenêtres d'une résidence du XIIIe arrondissement parisien, lors du premier confinement, avril 2020.
Voisins aux fenêtres d'une résidence du XIIIe arrondissement parisien, lors du premier confinement, avril 2020. © Maxppp / Olivier Donnars / Le Pictorium

Envie d'un partenaire de running, besoin d'une perceuse, ou de faire garder les enfants pendant une séance de télétravail ? Le confinement, et son obligation de rester dans un périmètre dédié d'un kilomètre autour de son domicile, permet de redécouvrir les applications d'aide entre voisins, développées à une vitesse exponentielle depuis plusieurs années, et qui se basent tous sur la géolocalisation. Si certaines jouent vraiment la carte de l'entraide, d'autres en revanche ne se basent que sur les échanges commerciaux (avec commission à l'appui). En voici cinq, gratuites et disponible sur iOS et Android, qui peuvent s'avérer utiles en cas de dépannage. 

Les solidaires

Ça dépanne qui ? Ceux qui ne veulent pas bouger de leur périmètre et qui cherchent un bon coiffeur, le meilleur marché... ou à rencontrer leurs voisins.

Comment ça marche ? La plateforme promet des échanges de service ou des initiatives au plus proche de chez soi, donc l'inscription requiert votre adresse, vérifiée par la plateforme (avec code envoyé par mail, quittances ou même analyse de votre adresse IP….). Une fois inscrit, vous êtes sectorisé et envoyé sur la page de votre quartier. Là, un fil d'info qui vous concerne, comme sur les réseaux sociaux, et un déroulant qui vous offre des catégories ultra simplifiées : "Petites annonces" pour les objets à donner ou vendre, "Bonnes adresses" avec débat sur le meilleur marché du coin, "groupes" (par exemple cours de salsa ou sorties entre voisins), "Événement"... Et vous choisissez ce que vos voisins peuvent voir de vous, en plus de votre nom complet (obligatoire) : vous pouvez alimentez (ou pas) votre profil, de votre photo jusqu'au nom de votre partenaire,  de vos enfants ou de votre animal de compagnie. 

Convaincant ? Développée en 2017 par une étudiante strasbourgeoise qui voulait se sentir moins seule dans son quartier, l'appli tient ses promesses. C'est clair, ergonomique, bien rangé, et vraiment basé sur le réseau de voisinage. 

Ça dépanne qui ? Les fans de "fête des voisins", les habitants qui ont envie de fédérer leur quartier, ceux qui misent sur les relations de proximité et l'ultra-local, pour trouver des bons plans ou l'adresse d'un super généraliste. 

Comment ça marche ? À l'inscription, les utilisateurs doivent là aussi inscrire leur véritable adresse, vérifiée par la plateforme, pour être dirigé vers le groupe de quartier dans lequel ils sont "sectorisés" : il est donc impossible de rester anonyme. Pas de pseudo, et des "référents" désignés comme modérateurs pour gérer les échanges un peu trop enflammés, avec un code de conduite (respect, bienveillance entre voisins...). On peut aussi constituer un groupe de "quartier"  - qui se limite aux 100 mètres aux alentours du domicile - avec 10 membres minimum. Ensuite, l'adhésion au groupe se fait par invitation. L'interface se déroule sous forme de fil d'info, façon Facebook, avec possibilité de laisser des posts et commentaires. 

Plusieurs catégories sont disponibles : "événement", "à vendre ou à donner", ou encore "objets trouvés" et "sécurité" (par exemple pour signaler des tentatives de cambriolage, un squat de hall d'immeuble ou avertir du projet d'installation d'une antenne relais). En période de confinement, Nextdoor met aussi à dispo une "carte de la solidarité" de chaque quartier, avec la géolocalisation de voisins qui se sont manifesté comme "prêt à aider" (pour faire des courses, passer faire un coucou à une personne âgée…).

Convaincant ? Nextdoor, qui revendique plus de 10 millions d'utilisateurs dans le monde et des "quartiers" dans 2400 villes de France, mise effectivement sur l'ultra local, mais partout sur la planète. Preuve que cette stratégie a de l'avenir, la plateforme mondiale a reçu des financements de Google Ventures ou Amazon. Ultra ergonomique, elle tient bien sa promesse de jouer la carte du service donné/rendu par son (presque) voisin de palier ("nextdoor" en anglais), de façon gratuite ou pas. 

  • Smiile, le lien "ville / habitant"

Ça dépanne qui ? Les voisins qui mettent plus facilement les annonces dans le hall de l'immeuble que sur internet, les bailleurs sociaux ou les mairies qui ont du mal à faire passer les infos sur le terrain.

Comment ça marche ? Une simple inscription avec mention de son adresse, vérification ensuite par téléphone portable ou "document" (factures, quittances, etc…). Puis plusieurs catégories pour échanger, assez simples à identifier : agenda, groupe ("garde d'enfant", "jardinage"...), objets & services, annuaire. Ergonomie moyenne, pour ceux qui sont davantage habitués au fil d'info façon réseaux sociaux.

Convaincant ? La plateforme française (née à Saint-Malo en 2015) joue dans la même catégorie que l'américain Nextdoor : Smiile travaille sur un écosystème de quartier ultra-local et promet un réseau "pas comme les autres : local, collaboratif, sans publicité et incroyablement positif". En revanche, elle inclut aussi les promoteurs immobiliers, les syndics et les bailleurs locaux pour "faire remonter les messages du terrain" et diffuser les infos, en jouant la carte de la 'smartcity', dans un modèle de collaboration entre citoyens et gestionnaires immobiliers. Au risque que les échanges entre voisins, sur le fil de la plateforme, soient moins visibles que les messages communiqués par la mairie ou la copropriété. 

Les "Business d'abord"

Ça dépanne qui ? Pour ceux qui ne savent pas planter un clou, qui veulent déménager un canapé du 3e étage ou qui cherchent des heures de ménages. Et pour les artisans qui n'ont pas peur d'être noté par le client.

Comment ça marche ? On effectue sa recherche par service, plutôt catégorie bricolage/travaux/jardinage, même si les propositions d'aides à la personne sont aussi disponibles (mais moins nombreuses). On remplit un questionnaire pour définir la mission, on peut ajouter des photos à sa petite annonce, puis le site vous envoie au moins 4 candidats qualifiés les plus proches (mais rarement à l'échelle du quartier) dans un délai de 20 minutes. Classique des site d'économie collaborative : chaque profil est noté par des étoiles (1 à 5 avec des commentaires laissés par les particuliers).

Convaincant ? Racheté par Cdiscount, cette start-up française s'est développée en une décennie avec les fonds de partenaires convoités comme la Maif (qui assure les missions) ou de l'homme d'affaires Xaviel Niel. Ergonomie, graphisme, l'appli est la plus facile à manipuler et permet de comparer immédiatement les devis. En revanche, passez votre chemin si vous cherchez un coup de main gracieux ou un échange de bons procédés.

Ça dépanne qui ? Les utilisateurs qui cherchent une décolleuse à papier peint, de l'aide pour tondre la pelouse ou des cours de maths pour les enfants. 

Comment ça marche ? Une fois inscrit, vous sélectionnez la nature des services dont vous avez besoin, le site se charge ensuite de vous proposer des profils proches (ou moins proches…) basés sur l'adresse enregistrée. Pour chaque profil, une note sur 5 (avec étoiles), commentaires possibles, mais aussi le nombre de propositions, de "transactions réalisées" et le délai moyen des réponses... Pour ceux qui proposent leurs services, le système est gratuit jusqu'à 4 réponses. Au-delà, l'inscription est payante (près de 10 euros/mois). Le site prélève une commission de 15% sur les transactions, mais a décidé de suspendre ces commissions pendant les périodes de confinement.

Convaincant ? Le site français, né en 2013 et qui revendique aujourd'hui 3,4 millions d'abonnés en France, fonctionne pour un tiers sur la location d’objets, et, pour le reste, sur les services comme le jardinage ou le soutien scolaire. Développé dans un esprit de "réseau", il a été l'un des premiers à assumer "l'ubérisation" de ces réseaux de voisins, : son co-fondateur Édouard Dumortier a même publié un livre qui vante le modèle, controversé, de l'économie collaborative. 

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