Pour la rentrée, l'université qu'il dirige n'a pas augmenté les frais d'inscription des étudiants extra-européens. C'était pourtant l'un des points d'une réforme présentée en novembre par le gouvernement. Mais cette décision scandalise Georges Haddad, président de Paris 1-Panthéon Sorbonne.

Georges Haddad est le président de l'université Paris-1 depuis 2013.
Georges Haddad est le président de l'université Paris-1 depuis 2013. © AFP / Lionel Bonaventure

"Je ne sais pas qui a eu cette idée mais elle me choque beaucoup", s'agace Georges Haddad au micro de France Inter. Il dirige l'une des nombreuses universités françaises qui ont décidé de ne pas appliquer cette année la hausse des frais universitaires pour les étudiants étrangers extra-européens.

Une réforme de la stratégie d'attractivité des université françaises annoncée en novembre 2018 par le Premier ministre et la ministre de l'Enseignement supérieur. Elle portait les frais à 2 770 euros pour les étudiants en licence et 3 770 euros en master pour les étudiants extra-européens, contre 170 et 243 euros pour les jeunes européens, épargnant par ailleurs les doctorants. "Ce projet 'Bienvenue en France', en parallèle d'une multiplication par 16 des droits d'inscription de ces étudiants, je trouve que ça a germé dans un esprit un peu particulier."

Moins d'une dizaine d'université ont appliqué la hausse

Au total, selon le ministère, seules sept des 73 universités françaises ont augmenté les frais, estimant qu'il fallait anticiper plutôt que repousser l'échéance, les autres ayant décidé d'utiliser une possibilité d'exonération des droits pour une partie de l'effectif.

Pour moi, c'est une insulte. J'en ai souffert parce que je viens de Tunisie. Et je sais très bien qu'à 4 000 euros de droits d'inscription, je n'aurais jamais pu étudier en France.

Georges Haddad raconte aussi son attachement à la présence d'étudiants étrangers : "Ce que j'aime quand j'accueille des étudiants dans ces amphis, c'est le côté arc-en-ciel de l'université. Cette diversité, ces couleurs de peau, ces regards. C'est ça la beauté de l'université, c'est de vivre ensemble. Et cette année, j'ai senti que le côté arc-en-ciel avait un peu pâli."

Georges Haddad se demande si les étudiants "venant d'Afrique et d'Asie" ont eu "peur cette année" et espère qu'ils viendront "l'année prochaine ou l'année d'après." Mais il assure que "jusqu'à la fin de ses jours", il n'oubliera pas ce qu'il considère "comme une insulte à la déontologie et l'éthique universitaire".

Hausse des inscriptions de 2 %

Malgré la crainte de voir les inscriptions chuter, le nombre d'étudiants étrangers non issus de la communauté européenne cette année dans l'enseignement supérieur n'a pas baissé, il a même augmenté d'un peu plus de 2 %, d'après la ministre de l'Enseignement supérieur. Mais beaucoup n'ont pas subi la hausse des frais, beaucoup d'université l'ayant absorbée.

L'université Paris-1 précisait par exemple sur son site internet que "le Conseil académique et le Conseil d’administration de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne se sont prononcés fermement contre la hausse discriminatoire des frais d’inscription dans l’enseignement supérieur, ciblant les étrangères et les étrangers extra-européens (...) exprimaient toute leur solidarité aux étudiantes et aux étudiants doctorantes et doctorants étrangers que notre établissement accueille aujourd’hui ou souhaite accueillir à l’avenir".

Le même communiqué ajoute : "Le président de l’université proposera d’appliquer les mêmes droits d’inscriptions aux étudiantes et étudiants français et étrangers qu’ils soient d’origine intra ou extra-européenne en utilisant toutes les voies d’exonération".

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