On les reconnaît à leur couleur verte et leur carrosserie abîmée : ce sont les taxis de Ouagadougou. Ils seraient plus de 4 000 dans la capitale du Burkina Faso. Pendant un mois et demi, ils avaient interdiction de rouler. Ils peuvent à nouveau le faire, mais sous conditions. Des conditions peu ou pas respectées.

Depuis le 5 mai, les taxis de Ouagadougou ont pu reprendre leur activité, comme ici, près du Grand Marché.
Depuis le 5 mai, les taxis de Ouagadougou ont pu reprendre leur activité, comme ici, près du Grand Marché. © Radio France / Fanny Noaro

1. Des mesures barrières instaurées

Pour pouvoir circuler, depuis le 5 mai, les chauffeurs de taxis ouagalais ne doivent pas prendre plus de trois passagers, contre cinq par le passé, toujours au même prix de 300 francs CFA (l’équivalent de 50 centimes d’euros) la course.Ils doivent aussi fournir du gel hydroalcoolique, à leurs frais. Et pour Dieudonné Zongo, cela a un coût :

"Je n’ai pas pu payer du gel hydroalcoolique ; c’est de l’alcool médical que j’ai pris. S’il faut en mettre à chaque client qui monte, au prix que ça coûte, qu’est-ce que tu gagnes à la fin de la journée ?"

Le gel hydroalcoolique est obligatoire dans les taxis. Aux frais des chauffeurs, néanmoins, ce qui réduit d'autant leur revenu.
Le gel hydroalcoolique est obligatoire dans les taxis. Aux frais des chauffeurs, néanmoins, ce qui réduit d'autant leur revenu. © Radio France / Fanny Noaro

Le port du masque ou du cache-nez est obligatoire pour tous, chauffeurs inclus. Enfin, ces derniers ont l’obligation de désinfecter les véhicules au moins une fois par mois (lavage à la lessive en poudre ou à l’eau de javel tous les matins avant la prise de service).

2. Absence de contrôles

Depuis la reprise, les clients se font rares, l’économie tourne au ralenti. Les chauffeurs de taxis peuvent rouler des kilomètres sans voir le moindre client. Dans ce contexte, il est difficile pour aux de refuser les passagers qui n’ont pas de masques. "Si on ne sort pas travailler, on ne mange pas ! On n’a pas d’aide !" justifie Ismaël Boro, chauffeur de taxi depuis 2003, qui s'efforce de sensibiliser les clients en infraction. Même si, "jusque là les contrôles [de la police, ndlr] ne sont pas très rigoureux".

Effectivement quelques kilomètres plus loin, sur l’avenue Charles-de-Gaulle, Ismaël est arrêté pour un contrôle des papiers. À l’arrière, se tient un passager sans masque. Le policier laissera repartir le taxi sans faire la moindre remarque.

Autant que faire se peut, Ismaël Boro, chauffeur de taxi depuis 2003, respecte les règles. Mais les clients en infraction n'ont pas à craindre grand chose des contrôles de la police.
Autant que faire se peut, Ismaël Boro, chauffeur de taxi depuis 2003, respecte les règles. Mais les clients en infraction n'ont pas à craindre grand chose des contrôles de la police. © Radio France / Fanny Noaro

3. Impact économique sans précédent

L’arrêt des taxis pendant un mois et demi a poussé les Ouagalais à trouver des alternatives, comme le vélo ou la moto. Pour les chauffeurs, ils sera difficile de récupérer ces clients-là. La plupart des taxis interrogés sont unanimes : jamais ils n’ont vécu une telle crise économique. Leurs bénéfices ont été divisés par deux, voire par trois. Les bons jours, ils peuvent espérer gagner entre 5 et 10 euros.

Dieudonné Zongo a délaissé son taxi – pas assez rentable – pour travailler dans la restaurant de sa femme.
Dieudonné Zongo a délaissé son taxi – pas assez rentable – pour travailler dans la restaurant de sa femme. © Radio France / Fanny Noaro

D’autres, découragés, préfèrent garer leur véhicule, et travailler ailleurs en attendant que la situation s’améliore. C'est le cas de Dieudonné Zongo, qui a décidé d’aller travailler dans le restaurant de sa femme.

"Le taxi pour le moment c’est une catastrophe, je ne peux pas travailler dans ça. Je travaille à perte."

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