La Manufacture charentaise, grosse pourvoyeuse de charentaises, a été placée en liquidation judiciaire le mois dernier, au grand dam des défenseurs du célèbre chausson. Mais la pantoufle, fruit d'un savoir-faire transmis de génération en génération, n'a peut-être pas dit son dernier mot...

Fabrique de charentaises à La Rochefoucauld en 2016
Fabrique de charentaises à La Rochefoucauld en 2016 © Maxppp / Amat Michel

Serait-ce le clap de fin pour les charentaises originaires de Charente ? La Manufacture charentaise, née il y a moins d’un an de la fusion de quatre fabricants charentais, a été placée en novembre en liquidation judiciaire. Depuis le printemps dernier, le savoir-faire de l'usine était pourtant officiellement protégé par une indication géographique, qui comprenait notamment la technique très spécifique du "cousu-retourné".

Plus dur de trouver charentaise à son pied

"Depuis que la manufacture des Charentes a fermé il y a quelques semaines, ça devient compliqué d’avoir du stock pour ces charentaises qui sont très demandées…", a bien noté Catherine Mennad, gérante de l’Habit français, une boutique du VIe arrondissement de Paris. "Hier encore, je n’ai pas pu satisfaire cinq demandes au téléphone ou en boutique, parce que je n’ai pas toutes les références et parce que je n’arrive pas à en obtenir".

"C’est maintenant que l’usine a fermé que les gens en ont envie", Catherine Mennad, gérante d’une boutique

Parmi les adeptes du chausson emblématique, beaucoup de trentenaires, note la gérante. "Ils sont fans. Il y a un côté régressif aussi, ça rappelle l’enfance, les vacances… Et puis c’est confortable ! Une fois qu’on les a portées, on est adepte."

Un soulier emblématique

Il suffit d’interroger les Français pour se rendre compte leur attachement au chausson. Une image d’Épinal, pour Nicolas : "J’ai le souvenir de mon grand-père qui les portait. C’est dommage que ça ferme. C’est un produit un peu hors du temps donc c’est important de le conserver, ça fait partie de notre Histoire", confie l’opticien, qui en portait aussi lui-même quand il était jeune. "C’était confortable, je m’y remettrais si j’avais la chance !"

Même si elle n’en porte pas, la charentaise représente aussi la nostalgie d’un âge perdu pour Virginie, triste de la disparition progressive de la vraie charentaise, qui participait aussi pour elle du rayonnement de notre pays : "Dans l’imagerie internationale, ça représente vraiment les Français".

Une bataille perdue, mais pas la guerre

Un atelier résiste néanmoins encore et toujours en Charente, rapporte France 3 : DM Production, qui emploie une vingtaine de salariés. La petite société fabrique plus de 1 000 charentaises par jour et réussit à sortir la tête de l’eau en les vendant à la grande distribution.

Et puis, selon France Bleu La Rochelle, une nouvelle fabrique de charentaises va bientôt voir le jour en Charente. À La Rochefoucauld, 14 anciens salariés de La Manufacture Charentaise, sur un effectif de 104, ont été recrutés par une nouvelle société : un peu plus de 500 paires de charentaises en "cousu-retourné" devraient sortir chaque jour de l'atelier, dont la production débutera en mars 2020.

Le confortable chausson à carreaux trouve aussi un second souffle par-delà ses frontières natales. Un atelier subsiste en Dordogne : l'entreprise Fargeot, basée à Thiviers. La charentaise n'a sans doute pas dit son dernier mot...

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.