Jusqu'où et jusqu'à quand le nombre de cas va-t-il grimper ? En Île-de-France, les hôpitaux s'inquiètent. Ils sont déjà à saturation et alors qu'on attend ce jeudi soir les décisions du gouvernement pour l'enrayer, ils se demandent comment ils vont gérer si l'épidémie continue à gagner du terrain.

À l'hôpital Louis Mourier à Colombes, dans les Hauts de Seine, il suffirait de pas grand chose pour qu'on n'y arrive plus
À l'hôpital Louis Mourier à Colombes, dans les Hauts de Seine, il suffirait de pas grand chose pour qu'on n'y arrive plus © AFP / Alain JOCARD

Un plateau déjà élevé et un nombre de cas qui augmente inexorablement, sans explosion, mais sans fléchir et sans qu'on sache très bien jusqu'à quand et jusqu'où ça va monter. Voilà de quoi inquiéter les hôpitaux parisiens qui affichent déjà complet depuis quelques jours en réanimation et qui ne voient plus très bien comment ils vont pouvoir gérer si ça continue. 

"Ça va devenir compliqué si les cas continuent d'augmenter"  

À l'hôpital Louis Mourier à Colombes, dans les Hauts-de-Seine, sur 12 lits de réanimation, 11 étaient occupés ce mercredi 3 mars par des patients Covid. Par chance, il n'y a pas de grippe hivernale cette année, ça libère de la place, car les grippes constituent en général 30 à 40% des patients de réanimation en hiver. On a déprogrammé aussi certaines interventions, et en cas de besoin, depuis plusieurs semaines, on transfère des patients vers d'autres hôpitaux de l'APHP. "Pour l'instant, on gère", explique le chef du service, le Professeur Jean-Damien Ricard, mais il suffirait de pas grand-chose pour qu'on n'y arrive plus. "L'accélération de l'épidémie est claire depuis quelques jours, mais on arrive tous ici à saturation", explique le Professeur Ricard. "Et comme nous en sommes tous là, les transferts qu'on arrivait à faire jusqu'à présent vers des établissements moins occupés ne vont bientôt plus être possibles"

Si ça continue, il va vraiment falloir que le privé nous aide. Ce qu'il fait déjà en partie, mais pas assez.

Théoriquement, si la tension hospitalière s'intensifie, on pourrait monter ici jusqu'à 14 lits. Problème : "il n'y a pas le personnel pour s'en occuper", explique Séverine Duperray, l'infirmière référente du service, "certains ont quitté la réanimation, ou ont démissionné, d'autres sont en arrêt-maladie, en burn-out. Pour l'instant, on ne peut pas, on n'a pas les bras". L'infirmière reconnait d'ailleurs la grande lassitude qui anime les personnels, exténués : "ça fait un an qu'ils sont à flux tendu dans le Covid, ils sont à bout et n'en voient pas le bout". Conscients de cette fatigue, les cadres du service autorisent les congés et veillent à ce que chacun puisse prendre les jours qu'il a posés, tout en reconnaissant qu'il est parfois nécessaire de faire revenir certains sur quelques jours de repos.

Les patients sont plus jeunes 

Dans le service, les patients Covid restent toujours 3 semaines en moyenne (contre 5 à 6 jours pour les patients hors-Covid), ils sont toujours bien souvent diabétiques, hypertendus, obèses. Et toujours traités aux corticoïdes (Dexamethasone), associés au Tocilizumab. La mortalité ici reste d'environ 25/30%. En revanche, ceux qui arrivent depuis quelques jours sont un peu moins âgés que par le passé. "On a moins de patients de plus de 70 ans, et une proportion plus grande de plus de 50 ans, c'est vrai... On pourrait peut-être y lire un premier effet de la vaccination, car le même phénomène s'observe ailleurs", explique Jean-Damien Ricard.

Autre constat, depuis peu, les patients arrivent plus tôt en réanimation : 5 jours après le début des symptômes, quand la moyenne tournait plutôt, jusqu'à présent, autour de 9 jours. "Pas d'explication pour l'instant, mais c'est un signal à observer de plus près, il faut voir si cette tendance se confirme, commente le Pr Ricard. Les patients semblent se dégrader plus rapidement. Est-ce lié au variant ? C'est une hypothèse, qui méritera d'être approfondie, et qu'il faut prendre avec prudence pour l'instant".

La moitié des patients ici sont positifs au variant britannique, le sud-africain reste plus marginal, et stable entre 2 et 5%.

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