D’après la préfecture du Pas-de-Calais, cinq migrants ont contracté le coronavirus, deux sont guéris, trois autres ont été placés à l’isolement. 290 personnes sont hébergées dans des centres ou hôtels du département le temps du confinement. Un dispositif encore insuffisant, selon les associations.

Les associations dénoncent des conditions de vie rendues encore plus difficiles avec la crise sanitaire et des entraves à leur travail
Les associations dénoncent des conditions de vie rendues encore plus difficiles avec la crise sanitaire et des entraves à leur travail © AFP / Bernard Barron

Le confinement n’aura pas mis fin à la guerre des chiffres entre préfecture et associations de terrain à Calais, le comptage étant rendu de plus en plus compliqué par la dissémination des tentes ou squats en ville ou alentours. 

La préfecture du Pas-de-Calais annonce, selon un dernier recensement, la mise à l’abri de 290 migrants depuis le début du mois dans l’un des sept centres d’accueil, centres sportifs ou hôtels réquisitionnés à Saint-Martin-les-Boulogne, Merlimont, Fouquières-les-Béthune, Liévin, Berck-sur-Mer, Nédonchel et Croisilles. Des centres parfois très éloignés du littoral, ce qui, selon les associations, augmente le risque de voir les migrants ne pas respecter le confinement pour pouvoir tenter la traversée de la Manche. 

Des associations qui s’inquiètent surtout de voir toujours un nombre très important de personnes à la rue, dans différents campements, notamment près de l’ancienne jungle. D'après leur décompte, entre 1 000 et 1 200 migrants seraient toujours dehors. La préfecture du Pas-de-Calais parle de son côté d’une évaluation de 600 à 650 personnes dont 290 ont été mises à l’abri.

Dans une lettre ouverte adressée au préfet, les associations qui pointent également une dégradation des conditions de vie des migrants liée au confinement. Elles dénoncent une distribution de nourriture réduite à sa portion congrue et un manque de point d’eau, un seul sur Calais. La préfecture relève, elle, que les distributions sont maintenues de la part des opérateurs agréés par l’État et que 300 bidons d’eau ont été distribués.  

Verbalisé pour non-respect du confinement lors de maraudes

Le confinement complique la vie des bénévoles de ces associations qui le dénoncent vidéo à l’appui.

Plusieurs d’entre eux ont été verbalisés en se rendant en maraude. "J’ai été verbalisé quatre ou cinq fois, je ne me souviens même plus", raconte Yann Manzi, l’un des fondateurs de Utopia 56. "Le harcèlement continue pendant cette période de Covid où on devrait tous se serrer les coudes, mais ce n’est pas grave, même si on risque la prison, on continuera de travailler." 

Sur ce point, la préfecture répond qu’elle n’empêche pas les associations de continuer leurs actions et que seuls "quelques bénévoles ont été verbalisés sous le contrôle du parquet" pour ne pas avoir respecté les consignes. 

La préfecture a mis en place de nouvelles modalités pour les associations. Il leur est demandé d’intervenir dans la journée, entre 8 h 30 et 20 heures. "On veut nous empêcher de témoigner lors des évacuations qui se tiennent tôt le matin car les évacuations continuent même en pleine crise sanitaire", estime Yann Manzi.

Dans une lettre publiée notamment sur son compte twitter, le préfet du Pas-de-Calais, Fabien Sudry, répond aux critiques des associations. 

Les associations dénoncent une situation similaire à Grande-Synthe dans le Nord.

Cinq cas de coronavirus parmi les migrants, un accès aux soins compliqué 

Les migrants eux ont bien conscience des risques de contamination. Selon la préfecture, cinq d’entre eux ont contracté le coronavirus, deux sont guéris, trois sont placés à l’isolement. 

Des kits sanitaires ont été distribués par les opérateurs agréés par l’État, les gestes barrières sont connus mais "que valent ces mesures barrières quand vous vivez entassés dans des tentes ?" s’interroge Aurélie Denoual, coordinatrice littoral de Médecins du Monde. 

Une procédure Covid a été mise en place en lien avec la Croix Rouge et la Protection civile. La permanence d’accès aux soins de santé (PASS) est maintenue mais Aurélie Denoual s’inquiète de la difficulté d’accès à cette permanence éloignée des différents lieux de vie : "Jusqu’à présent, Utopia 56 assurait des navettes mais elles sont suspendues", explique-t-elle. "Il reste les transports en commun mais souvent les chauffeurs de bus refusent de laisser monter les exilés. Nous avons alerté les autorités sur ce point." 

Utopia 56 relaie également une lettre de la communauté érythréenne à la préfecture qui accuse de violences policières récurrentes une compagnie de CRS. Interrogée par France Inter sur ce point, la préfecture du Pas-de-Calais répond que comme à chaque signalement de ce genre, une enquête administrative interne a été demandée par le préfet.  

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