De 2019, on aimerait ne retenir que du positif. Mais lorsqu'on pense aux faits qui ont marqué cette année, de janvier à ces derniers jours, on ne peut s'empêcher de songer à ces ratés qui ont ponctué l'actualité. Avant 2020, France Inter vous propose de jeter un dernier coup d’œil à ces fiascos, pour mieux les oublier.

Un enfant transportant une bouée homard. Ça vous rappelle quelque chose ?
Un enfant transportant une bouée homard. Ça vous rappelle quelque chose ? © AFP / Gérard Julien

Homard, emplois fictifs et fonctions cumulées : batterie de casseroles au gouvernement

Il fallait bien commencer cette liste (non exhaustive) par quelqu'un, ce sera le gouvernement. Pour la majorité présidentielle, 2019 est marquée de nombreux scandales. Dernier en date, l’affaire Jean-Paul Delevoye : le haut commissaire à la réforme des retraites a omis de déclarer une douzaine de fonctions, bénévoles ou rémunérées, en parallèle de son poste au gouvernement. Un "oubli" qui lui coûte son poste, dans un moment pourtant clé des négociations autour de cette réforme très controversée.

Avant cela, il y a évidemment l’affaire François De Rugy, surnommé le “homard gate” par les internautes. Cet été, le ministre de la Transition écologique est épinglé par Mediapart pour son train de vie fastueux : dîners luxueux au homard et aux grands crus soupçonnés d’être aux frais du contribuable, repas “informels” avec des lobbyistes de l’énergie, rénovations de son logement de fonction, logement social de sa directrice de cabinet… On retiendra notamment la réponse du ministre sur RMC : “Mais le homard je n’aime pas ça ! Je n’en mange pas, j’ai une intolérance aux crustacés. Je n’aime pas les huîtres, je ne prends pas de champagne, ça me donne mal à la tête”, s’exclame-t-il au micro de Jean-Jacques Bourdin, suscitant les moqueries des internautes. Les révélations en série de Mediapart pousseront François de Rugy à la démission, le 16 juillet.

Ces deux départs à des postes particulièrement exposés au gouvernement ne sont pas les seuls : on peut aussi se souvenir de Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires, à peine nommé qu’il doit déjà démissionner. En cause, l’affaire des Mutuelles de Bretagne, dans lesquelles Richard Ferrand est soupçonné de prise illégale d’intérêts. Il démissionne le 19 juin, officiellement pour briguer la présidence de LREM à l’Assemblée. ll est mis en examen le 11 septembre dernier par trois juges d’instruction de Lille suite à une plainte déposée par l’association Anticor. 

N’oublions pas non plus les assistants parlementaires du MoDem : en 2017, une enquête de Radio France révèle qu’une dizaine de salariés du MoDem sont parallèlement employés en tant que collaborateurs d’eurodéputés, notamment Marielle de Sarnez (ministre des Affaires européennes) et Sylvie Goulard (ministre des Armées). François Bayrou, à la tête du MoDem, est alors ministre de la Justice. En parallèle, une enquête préliminaire est ouverte pour abus de confiance au sujet de ces emplois fictifs présumés.

En juin, Sylvie Goulard démissionne, suivie de François Bayrou et de Marielle de Sarnez. Cela n’empêchera pas la présidence de vouloir présenter, en octobre, Sylvie Goulard au poste de commissaire européenne au Marché intérieur - sans succès. Fin novembre, les deux femmes sont mises en examen pour détournement de fonds publics ; François Bayrou pour complicité de détournement de fonds publics. 

La COP25, désastre écologique et politique

La COP21 avait acté la signature de l’accord de Paris, visant à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. Quatre ans après, la COP25 donne l’impression d’un retour en arrière. "La seule chose plus désastreuse que l'état des négociations, c'est l'état du climat lui-même", a tweeté Catherine Abreu, du réseau Climate Action Network. Au terme de deux semaines de réunions entre chefs d’État début décembre, les négociations n’aboutissent sur aucun accord fort. "Je suis déçu du résultat de la COP25", écrit le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, dans un communiqué du dimanche 15 décembre. "La communauté internationale a manqué une opportunité importante de montrer son ambition pour répondre à la crise climatique." Si le texte final appelle à des “actions urgentes” pour le climat, quasiment aucun grand pays émetteur de CO2 ne prend d’engagement concret. 

737 Max, la série noire de Boeing

Des 737 Max cloués au sol en Californie, fin mars 2019
Des 737 Max cloués au sol en Californie, fin mars 2019 © AFP / Mark Ralston

Pour le constructeur américain Boeing, 2019 restera une année à oublier. Le constructeur américain accumule les revers. Vendredi 20 décembre, sa capsule spatiale Starliner n’est pas parvenue, contrairement à ce qui était prévu, à rallier l’ISS, la station spatiale internationale. Un échec de plus pour le géant américain dont la réputation a surtout été largement ternie par les crashs, entourés de zones d’ombres, de deux appareils du même modèle : le 737 Max 8.

Il y a d’abord le crash de la Lion Air fin octobre 2018, qui fait 189 morts, puis celui de l’Ethiopian Airlines le 10 mars 2019, qui en fait 157. Dans les jours qui suivent le second crash, les pays ferment tour à tour leur espace aérien : le 737 Max est cloué au sol depuis le 13 mars. Et la suite ne fera qu’aggraver les tourments de Boeing. Au départ, son patron Dennis Muilenburg commence par incriminer les pilotes, qui auraient commis une erreur humaine. Finalement, les expertises concluent à un défaut du système de guidage embarqué de l’appareil, un système qui (on l’apprendra en octobre) était pourtant décrié avant même la mise en service du 737 Max. L’enquête technique et administrative révèle des failles dans le processus de certification de l’appareil, et des liens (trop ?) étroits avec les autorités de régulation américaines.

Sous la pression des familles des victimes, des politiques, et des finances (l’action Boeing perd 20% en quelques mois), le directeur Dennis Muilenburg annonce sa démission le lundi 23 décembre. La production des 737 Max doit, elle, s’arrêter définitivement en janvier. 

Le naufrage médiatique de Dupont de Ligonnès, tellement méconnaissable... que ce n’était pas lui 

La presse devant le domicile de Guy Joao, celui qui fut soupçonné d'être Xavier Dupont de Ligonnès en octobre dernier
La presse devant le domicile de Guy Joao, celui qui fut soupçonné d'être Xavier Dupont de Ligonnès en octobre dernier © AFP / Thomas Samson

Depuis huit ans, il est l’homme le plus recherché de France, soupçonné d’avoir tué sa femme et leurs quatre enfants, puis d’avoir enterré leurs corps (et ceux des deux labradors de la famille) sous la terrasse de sa propre maison, à Nantes. En fuite, on croit le retrouver à plusieurs reprises : en 2013 dans le Var, puis en 2015 près de Fréjus, puis en 2018 dans le monastère de Roquebrune-sur-Argens. Mais la dernière alerte, en octobre 2019, fera date.

Le 11 octobre, l’information commence à circuler parmi les journalistes : on aurait retrouvé Xavier Dupont de Ligonnès. Elle est rapidement confirmée par plusieurs personnes haut-placées dans la police et la justice : “XDDL” a bien été arrêté à l’aéroport de Glasgow, en Écosse, alors qu’il débarquait de Roissy. Il a changé d’apparence, aurait fait de la chirurgie esthétique, mais c’est bien lui : les empreintes digitales correspondent.

Mais au cœur de la nuit, le procureur de Nantes commence à appeler à la prudence. Et le lendemain midi, les expertises ADN confirment les premiers doutes : non, Guy Joao n’est pas Xavier Dupont de Ligonnès… Trop tard : depuis la veille, la machine médiatique s’est emballée. Dans la journée, toute la presse fait son mea culpa. Notamment, dans une série de tweets, Vincent Giret, directeur de la radio franceinfo, souligne les précautions prises par la rédaction, "mais force est de constater que l’arrestation de Xavier Dupont De Ligonnès était erronée. (...) Nous le regrettons vivement et serons à l’avenir encore plus vigilants afin de préserver la qualité de l’information sur nos différents supports et la confiance de nos auditeurs et internautes", écrit-il. Côté enquête, reste à savoir d’où est partie la fausse information. Une enquête est confiée à l’IGPN pour “violation du secret de l’instruction”.

Copies en retard, surveillants en grève : zéro pointé pour le bac 2019

La cuvée 2019 du baccalauréat a un goût de stress plus prononcé que les années précédentes, pour les dizaines de milliers de candidats cette année. En cause : la réforme du bac, marquée par une grève des surveillants, puis une rétention des notes par des correcteurs grévistes. Trois jours avant la date officielle des résultats, 110 000 copies sont encore retenues. Cela pousse le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer à prendre des mesures : le 3 juillet, il demande aux jurys de prendre en compte les notes du contrôle continu au cas où il y aurait des notes manquantes.  

Au final, l’ensemble des copies sont restituées aux rectorats et saisies le 8 juillet au soir, soit trois jours après la date de rendu supposée.

Wework, la licorne imaginaire

Un espace de travail tel que proposé par WeWork, ici à Osaka au Japon
Un espace de travail tel que proposé par WeWork, ici à Osaka au Japon © AFP / Takuya Yoshino / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun

WeWork, ou quand le capitalisme 2.0 trouve ses limites. WeWork, c’est le nom de cette “licorne”, comme on surnomme les entreprises valorisées à plus d’un milliards de dollars, présentée comme la nouvelle start-up à succès de 2019. Créée en 2010, WeWork se spécialise dans la location de bureaux en espaces partagés, en surfant sur la vague du coworking. En août 2019, WeWork compte 527 000 membres, et gère plus de 500 sites dans une trentaine de pays. Cet été, elle prépare son entrée en bourse. Et qu’importe si ses pertes nettes s’évaluent à quelque 900 millions de dollars : son chiffre d’affaire est en pleine croissance, et atteint 1,54 milliard de dollars. C’est le credo qui domine alors l’économie : qu’importent les pertes, pourvu que la croissance soit exponentielle. En début d’année, après une levée de fonds, la valeur de l’entreprise passe à 47 milliards de dollars.

Mais début septembre, cette valeur tombe à 20 milliards de dollars. WeWork s’apprête à entrer en bourse, mais ce chiffre refroidit les investisseurs, déjà échaudés par le comportement fantasque du directeur général, Adam Neumann. Ensuite, c’est la chute libre : Neumann démissionne fin septembre, WeWork annonce reporter son entrée en bourse “à une date indéterminée”, voit sa valeur chuter à 8 milliards de dollars, échappe à la banqueroute en étant repêché par le groupe SoftBank, qui finira par regretter son investissement de 10 milliards de dollars : “Les comptes sont minables, l'impact de WeWork est important, je le regrette profondément”, reconnaît le PDG de SoftBank. Dernier coup dur pour WeWork fin novembre : l’entreprise annonce supprimer 2 400 emplois dans le monde, soit 20% de ses effectifs, dans un souci de réduire son budget.

Aux européennes, la déroute des “nouveaux visages”

François-Xavier Bellamy en janvier 2019
François-Xavier Bellamy en janvier 2019 © AFP / Christophe Artchambault

En politique, l’attrait de la nouveauté ne fonctionne pas toujours. Aux élections européennes de mai dernier, les Républicains présentent un quasi-inconnu : François-Xavier Bellamy, philosophe, adjoint à la mairie de Versailles, anti-avortement et anti-mariage pour tous. Malgré les opérations de com’ multipliées pour faire connaître le candidat (il fait la Une du Figaro Magazine, de Valeurs Actuelles, du Point…), son côté “droite réactionnaire” ne séduit pas. Le parti Les Républicains essuie un lourd revers électoral, avec 8,5% des votes seulement. Jamais score aussi bas n’avait été atteint par la droite depuis la création du scrutin européen, en 1979. 

Mais à ces mêmes européennes, la gauche fait encore pire : la liste PS-Place Publique engrange seulement 6,2% des suffrages. Le comble, c’est que la gauche en sort presque soulagée, tant certains sondages la plaçait en-dessous des 5% nécessaires pour siéger au Parlement européen. Comme pour la droite, la tête de liste est un nouveau visage, loin des vieux cadres du parti : l’essayiste Raphaël Glucksmann (également compagnon de Léa Salamé), entré en politique seulement cinq mois plus tôt avec son parti Place publique. Mais la campagne de Glucksmann ne prend pas, entre un débat raté et ses airs de “bobo parisien” que lui reprochent ses détracteurs. 

L’énorme fail du Cybertruck, Citroën BX du futur

Le très excentrique patron de Tesla et de SpaceX a beaucoup amusé l’Internet en fin d’année, lors de la présentation de son nouveau modèle de voiture, le Cybertruck. Un pick-up au look inspiré de “Blade runner”, électrique, pouvant tirer de lourdes charges, et surtout, aux vitres indestructibles. Enfin, théoriquement indestructibles. 

Au moment où l’assistant d’Elon Musk lance une sorte de boule de pétanque sur les vitres, celles-ci se fissurent et s’étiolent… “Oh put*** de Dieu ! [...] Au moins, ça n’a pas transpercé”, tente de justifier Elon Musk. Les internautes ne tardent pas à faire tourner ce superbe loupé sur les réseaux sociaux. Et rapidement, les moqueries se déportent sur l’apparence du Cybertruck… étrangement semblable à notre bien-aimée Citroën BX, modèle emblématique des années 80-90.

La claque de l’équipe de France au Mondial de handball

C’est tout simplement la plus mauvaise performance des Bleues dans un Mondial depuis que la France s’est imposée dans le handball, en disputant la finale en 1999. Les féminines tombent de leur piédestal dès le premier tour de la compétition, début décembre au Japon. La première rencontre face à la Corée du Sud, une équipe pourtant inférieure sportivement, se solde par une surprenante défaite 29 à 27 ; la seconde rencontre contre le Brésil se termine sur un nul 19 à 19, la troisième sauve les meubles en battant l’Allemagne 27 à 25, et la quatrième et dernière rencontre scelle le sort des Françaises : défaite 20 à 18 face au Danemark. 

C’est une bonne claque”, reconnaît l’entraîneur Olivier Krumbholz. Mais il va falloir se reprendre : l’été prochain, c’est aux Jeux olympiques que l’équipe de France féminine se mesurera. L’échec du Mondial, aussi humiliant soit-il, ne remet pas en cause la possibilité d’un titre olympique. Mais d’ici là, prévient l’entraîneur début décembre, “il faut que tout le monde se remette en cause !

Les championnats du monde d’athlétisme à Doha, médaille d’or du fiasco

Le Rwandais Felicien Muhitira se rafraîchit à l'eau pendant le marathon de Doha
Le Rwandais Felicien Muhitira se rafraîchit à l'eau pendant le marathon de Doha © AFP / Serhat Cagdas / ANADOLU AGENCY

Mes premières impressions en arrivant ici, c’est ‘qu’est-ce que je fais là, clairement ?’. J’ai vraiment l’impression qu’on est pris pour des clowns.” Ces mots sont ceux de Yohann Diniz, champion du monde du 50 km marche, en arrivant aux mondiaux d’athlétisme de Doha, au Qatar fin septembre. Ce qui devait être un rendez-vous sportif incontournable s’est avéré un flop total au niveau du public, et un calvaire pour les athlètes.

Pendant dix jours, les compétitions s’enchaînent devant des tribunes souvent aux trois quarts vides - au point que des habitants locaux sont recrutés et rémunérés pour faire office de spectateurs. Aberration écologique, le stade est entièrement climatisé, tandis que dehors, la chaleur accablante et les 75% d’humidité font abandonner de nombreux sportifs, bien que certaines épreuves se déroulent en pleine nuit. En outre, les conditions de travail des ouvriers qui ont participé au chantier des infrastructures font scandale : au cours de la construction, on a déploré un accident du travail mortel par jour. Après les mondiaux, l’ONU a d’ailleurs appelé à renforcer la protection des travailleurs face à la chaleur au Qatar. Reste à savoir si des mesures seront effectivement prises, alors que le Qatar se prépare à accueillir, à l’hiver 2022, la Coupe du monde de football. 

Vestiville, le failstival

Juin 2019. Au nord de la Belgique, à la frontière avec les Pays-Bas, la ville de Lommel s’apprête à accueillir ce qui s’annonce comme LE festival où il faut absolument aller cet été. Vestiville, 75 artistes programmés (dont Cardi B, A$AP Rocky, Gims, Dadju…), mais aussi des jeux vidéo en réalité virtuelle, des massages, une piscine, des villas privatives, bref : le rêve des festivaliers. 

Mais une fois venu le jour de l’ouverture, rien ne se passe comme prévu. Les festivaliers s’agglutinent devant les portes, qui restent désespérément fermées. Ils finissent par entrer de force, pour tomber sur… rien. La police, sur place, tente de contenir les visiteurs et finir par lancer des gaz lacrymogènes. Côté hébergement, les superbes villas promises sont en fait des cottages, loués à l’année par une chaîne de vacances, qui coûtent normalement 330 euros pour trois jours, mais sont louées aux festivaliers pour la modique somme de 1 200 euros. Les artistes annulent tour à tour. La ville de Lommel explique qu’elle n’a pas donné son accord pour ouvrir l’événement, en raison d’incertitudes sur la sécurité des lieux. Les organisateurs, eux, sont introuvables. La police leur met finalement la main dessus début juillet. Une enquête est ouverte, et un procès devrait avoir lieu. 

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