Il s'appelle Siarhei Tsikhanouski. Pendant une quarantaine d'années, ce natif de Horki, dans l'est du Bélarus, n'avait jamais vraiment fait parler de lui. Mais il y a un an, le communicant s'est mis en colère. Contre la bureaucratie, d'abord, puis contre le président Loukachenko, faisant de lui un sérieux opposant.

En un an à peine, Siarhei Tsikhanouski est devenu un sérieux opposant au président Loukatchenko, à la tête du Bélarus depuis 1994.
En un an à peine, Siarhei Tsikhanouski est devenu un sérieux opposant au président Loukatchenko, à la tête du Bélarus depuis 1994. © DR

Rien, a priori, ne prédestinait Siarhei Tsikhanouski à devenir un nouveau ténor de la vie politique du Bélarus. Ni ses études – physique, mathématiques et philologie –, ni son travail – l'homme s'est spécialisé dans la communication, notamment autour des concerts et des night-clubs. Tout au plus peut-on trouver dans ses origines des traces de nationalisme : la région où il a grandi, celle de Malihou, dans l'est du pays, est celle des Princes du Bélarus.

Pourtant, en à peine un an, la vie de cet inconnu prend un tournant. Contraint de cesser de travailler quelques semaines durant à la suite à un accident, il se trouve confronté à la bureaucratie de son pays. Et cela le révolte au point d'en créer un blog… Contre les dysfonctionnements locaux – ceux de Homel, dans le sud-est, où il vit –, d'abord, puis, naturellement, contre l'incurie nationale.

Mobilisation online

Ses "grands" débuts dans la politique, en quelque sorte, trouvent une audience. Le blogueur lance une émission sur YouTube, Le Pays pour la vie. Très vite, elle rassemble une grosse centaine de milliers d'abonnés. Nous sommes fin 2019. Il est temps pour Siarhei Tsikhanouski de se caler dans sa voiture pour aller prendre le pouls du pays réel… Un pays dirigé par l'autocrate Alyaksandre Loukachenko.

Au même moment, le coronavirus balaie le monde. L'occasion, pour Tsikhanouski, de pointer du doigt les égarements du président du Bélarus. Parce qu'Alyaksandre Loukachenko le dit à qui veut l'entendre : le Covid-19 est dans danger. Pour combattre cette maladie venue de l'étranger, il suffirait de boire de la vodka, travailler sur un tracteur, faire du sport, se réunir en masse. Siarhei Tsikhanouski a trouvé la faiblesse de Loukachenko.

Celui qui ne sort plus jamais son masque, devenu un symbole de résistance à Loukatchenko, multiplie les provocations. Le 9 mai, jour de commémoration de la victoire de 1945, il organise un "anti-défilé" – en voiture – pour dénoncer la tenue d'une parade militaire en pleine crise sanitaire. 120 manifestants sont interpellés, à commencer par lui (il sera libéré deux semaines plus tard).

Sus au "virus Loukachenko"

Mais Siarhei Tsikhanouski est lancé. Publiquement, le blogueur appelle au départ du "virus Loukachenko". Et son épouse, Sviatlana, qui dit "représenter les femmes modernes au Bélarus", dépose sa candidature pour l'élection présidentielle du mois d'août ! Là encore, le régime intervient en arrêtant 13 personnes venues soutenir la candidature de Sviatlana Tsikhanouskaia à Hrodna, la grande ville de l'ouest.

Inculpés pour avoir "troublé l'ordre public", selon Minsk, ils sont considérés comme des "prisonniers politiques" par Human Rights Watch.

Le mouvement "Arrêtez le cafard" a défilé le 7 juin à Minsk. Son programme : déboulonner Loukatchenko.
Le mouvement "Arrêtez le cafard" a défilé le 7 juin à Minsk. Son programme : déboulonner Loukatchenko. © AFP / SERGEI GAPON

Loukatchenko a bien identifié son ennemi, mais rien n'y fait. Le 5 juin dernier, les soutiens de Tsikhanouski, réunis dans un mouvement baptisé "Arrêtez le cafard", défilent dans les rues de la capitale, Minsk. L'opposition parle volontiers d'un "Walesa du Bélarus" ! Même si, à ce stade, personne ne sait encore quel pourrait être son programme.

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