Si Carlos Ghosn organise sa riposte médiatique qui doit s’orchestrer autour d’une conférence de presse mercredi, l’ancien super patron de l’alliance Renault-Nissan reste inculpé au Japon pour malversations financières. Résumé des accusations qui pèsent toujours contre lui.

Carlos Ghosn a quitté sa résidence surveillée à Tokyo fin décembre 2019 pour fuir vers le Liban pour échapper, dit-il, à "l'injustice" du système judiciaire japonais.
Carlos Ghosn a quitté sa résidence surveillée à Tokyo fin décembre 2019 pour fuir vers le Liban pour échapper, dit-il, à "l'injustice" du système judiciaire japonais. © AFP / Yoichi Hayashi / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun

Tout le monde attend ses explications. Mercredi, Carlos Ghosn doit sortir de son silence et donner notamment des détails sur sa fuite rocambolesque du Japon. Une conférence de presse est prévue à Beyrouth, au Liban, pays dont il a la nationalité et où il est réfugié depuis le 30 décembre 2019. L'ancien patron de l'Alliance, désormais loin de la justice japonaise, prépare ainsi une véritable riposte médiatique. 

Toutefois, si l'homme d'affaire explique avoir voulu fuir “l’injustice du Japon et de son système judiciaire, si sa fugue risque d'interrompre (probablement pour toujours) la procédure nippone, il n’en reste pas moins inculpé plusieurs fois pour malversations financières et, en France, pour “abus de bien sociaux” et “corruption” - des charges qu'il a par ailleurs toujours démenti.

S'ajoute à cela, évidemment, le récent mandat d'arrêt international réclamé par Tokyo et émis par Interpol, après sa fuite. Un autre mandat vise désormais aussi son épouse Carole.

Dissimulation de revenus, abus de confiance 

Pour Carlos Ghosn, les ennuis ont donc commencé à l’automne 2018. Le Libano-Brésilo-Français est arrêté à la surprise générale le 19 novembre, comme nous le relations ce jour-là. On l'apprendra plus tard, Carlos Ghosn est arrêté dans un contexte de tension autour de la fusion Renault-Nissan, d'après les déclarations d’un ou plusieurs lanceurs d'alerte au sein l'entreprise japonaise.  

  • Il aurait minimisé ses revenus dans ses déclarations aux autorités boursières

Carlos Ghosn a donc été mis en examen deux fois au Japon pour avoir minimisé, dans les rapports de Nissan remis aux autorités boursières, environ la moitié de ses revenus, soit 9,23 milliards de yens (74 millions d'euros) de 2010 à 2018. 

Lors de sa comparution devant le tribunal, le 8 janvier 2019, il a reconnu que des revenus étaient à l'étude pour lui être versés lorsqu'il serait en retraite mais n'avaient pas encore été actés. Une ligne de défense mise à mal par l'entreprise elle-même qui a finalement décidé d'imputer la somme en question à l'exercice achevé fin mars 2019. 

  • Il aurait tenté de couvrir avec l’argent de Nissan des pertes sur des investissements personnels 

L'homme d'affaires franco-libano-brésilien a aussi été mis en examen le 10 janvier 2019 pour “abus de confiance aggravé”. Il est accusé d'avoir tenté de faire couvrir par Nissan “des pertes sur des investissements personnels” au moment de la crise financière d'octobre 2008. La somme incriminée s'élève à 1,85 milliard de yens (14 millions d'euros). 

Pour résoudre ce problème financier, il a obtenu qu'un milliardaire saoudien, Khaled Juffali, se porte garant. Il l'aurait ultérieurement récompensé par des virements provenant de “la réserve du PDG”. Nissan, pourtant, “n'a subi aucun préjudice”, assure Carlos Ghosn.  

  • Il aurait utilisé de l’argent de Nissan pour son bénéfice personnel

Autre inculpation pour le même motif d'abus de confiance. Sont reprochés cette fois à Carlos Ghosn des transferts d'argent émanant de Nissan à un distributeur de véhicules du constructeur, à Oman. Au total, cinq millions de dollars auraient été utilisés pour son bénéfice personnel, selon le bureau des procureurs de Tokyo. 

L'achat d'un yacht et des investissements dans un fonds contrôlé par son fils Anthony aux États-Unis sont évoqués. Renault a transmis à la justice des éléments similaires, portant sur plusieurs millions d'euros de paiements suspects. 

Résidences, emploi fictif de sa sœur : des soupçons mais sans poursuites à ce jour

Carlos Ghosn est aussi inquiété, sans pour autant être officiellement poursuivi à ce jour, dans plusieurs autres affaires : 

  • des résidences de luxe à Beyrouth, Rio de Janeiro et Paris qui auraient été achetées par l'intermédiaire de filiales basées aux Pays-Bas ; 
  • une rémunération "confidentielle" de 7,8 millions d'euros de la part d'une société néerlandaise co-détenue par Nissan et Mitsubishi Motors (NMBV) ; 
  • le versement d'émoluments à l'une de ses sœurs (755 000 dollars de 2003 à 2016) pour des activités de conseil au sein d'un "Global Donation Advisory Council" qui, d'après Nissan, n'a jamais existé.  

En France, enquêtes sur des soirées fastueuses à Versailles

Carlos Ghosn est aussi poursuivi en France pour “abus de bien sociaux” et “corruption”. Il est soupçonné d’avoir obtenu la location du château de Versailles et du Grand Trianon, pour plusieurs événements, dont l’organisation de son mariage en 2016. Cette dernière prestation, évaluée à 50 000 euros, aurait été organisée en contrepartie d’une convention de mécénat signée entre l’établissement public qui gère le domaine et Renault. Une enquête est ouverte pour ce volet, après un signalement effectué par le constructeur automobile en février 2019.

Un autre événement qui s’est tenu dans les même lieux en mars 2014, a aussi été pointé du doigt par la justice française, comme l'évoque une enquête de la cellule investigation de Radio France. Il s’agit d’un dîner (avec menu signé Alain Ducasse, gala, feu d’artifice), tombant le jour du 60e anniversaire de Carlos Ghosn, et qui devait célébrer les 15 ans de l’Alliance. La facture de plus de 600 000 euros aurait été réglé par la filiale néerlandaise de Renault-Nissan citée plus tôt, RNBV.

Enfin, une information judiciaire pour “abus de biens sociaux” et “corruption” a aussi été ouverte par le parquet national financier concernant des contrats de conseil conclus par la même filiale, RNBV. 

Fugitif à vie ?

De toutes ces accusations, Carlos Ghosn a rarement eu l'occasion de parler à la presse, contraint au silence par le système judiciaire japonais. Lui et son entourage ont régulièrement dénoncé les strictes conditions de sa liberté sous caution depuis fin avril 2019, après 130 jours passés en prison. 

À Tokyo, il avait notamment l'interdiction de parler à sa femme Carole, une "punition" qui visait uniquement à le démoraliser, selon sa défense. 

Si, aujourd'hui, le Japon semble quasi contraint de se résoudre au fait qu'il ne pourra pas juger Carlos Ghosn, le droit japonais ne prévoyant pas dans ce type de cas de procès par contumace, comme l'explique le journal Les Echos, la justice nippone pourrait toutefois tenter de mener des démarches en dehors de ses frontières, pour tenter de le contraindre à être entendu par un tribunal, faisant ainsi de l'ex-super patron un fugitif international.  

Le quotidien économique rapport d'ailleurs que plusieurs procédures sont en cours devant différentes juridictions, entre Carlos Ghosn et Nissan, notamment au Liban où les deux parties se disputent la villa de Beyrouth, aux Îles Vierges britanniques ou aux Pays-Bas.

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