Les championnats de football professionnel en France sont suspendus depuis le 13 mars, en raison de la crise sanitaire du coronavirus. Les instances se penchent depuis dix jours sur les modalités pour espérer jouer les 10 derniers matchs de la saison, car la santé économique de nombreux clubs est en jeu.

Pas de match, pas de spectateurs dans les stades, le football français est actuellement à l'arrêt
Pas de match, pas de spectateurs dans les stades, le football français est actuellement à l'arrêt © Radio France / Cédric Guillou

Le football français se relèvera t-il du coronavirus ? Tous les dirigeants français s'accordent sur un point : ne pas reprendre les championnats de ligue 1 et de ligue 2 de football, suspendus depuis le 13 mars, serait très pénalisant pour la santé financière de leur club. 

"Si on ne va pas au bout des championnats, on aura des morts parmi les clubs"

Faut-il dès lors terminer à tout prix la saison ? Quitte à jouer des matchs en plein été, période actuellement destinée au repos des athlètes ? Là, les avis sont plus partagés. "Il faut reprendre les championnats, quitte à jouer des matchs en juillet et en août", estime Bernard Caiazzo, président du syndicat des clubs de ligue 1.  

"Les conséquences sur la santé financière des clubs seraient terribles si la saison ne pouvait pas se terminer", explique-t-il. "Il y aurait un double effet : d'abord mécanique sur les recettes de nos clubs, avec une perte sur un quart du championnat qu'on estime à 500 millions d'euros pour l'ensemble du football français. Le deuxième effet, ce sera au moment du mercato. [le marché des transferts qui doit théoriquement se tenir en France du 11 juin au 2 septembre, ndlr]. En France, il faut un mercato avec des mouvements de joueurs entre 700 et 800 millions d'euros pour équilibrer les budgets. Si on ne va pas au bout des championnats, on aura des morts parmi les clubs. C'est sûr et certain".

"Si ça ne repartait pas, en un mois ou deux, certains clubs seraient en cessation de paiement"

Virgile Caillet, économiste du sport, abonde dans ce sens. Même les clubs avec des actionnaires fiables et des finances solides seraient affectés. "Si ça ne devait pas reprendre, ce serait la pire des situations pour l'ensemble des clubs français. On serait face à des défaillances incroyables, et pas forcément pour les clubs les moins bien gérés", estime l'économiste. 

"Les revenus de billetterie sont absolument nécessaires pour leur équilibre. Tout comme les droits télé, qui représentent une grande majorité de leur modèle économique".

Les clubs français pourraient aussi devoir rendre des comptes à leurs sponsors qui se retrouvent, de fait, en manque cruel de visibilité, ainsi qu'aux chaînes de télé détentrices des championnats qui, elles, n'ont plus de matchs à retransmettre. "Ce serait inédit et surréaliste de devoir compenser et régler un préjudice vis-à-vis des sponsors ou des droits télé, explique Virgile Caillet. 

"Personne ne serait capable de gérer ça en quelques semaines, il faudrait lisser sur plusieurs saisons. Même pour le Paris Saint-Germain, ce serait compliqué. Après, sur un plus long terme, on peut imaginer que ceux qui ont des montages capitalistiques qui les protègent avec des investisseurs étrangers, supporteraient un peu mieux la situation, mais ce serait quand même tendu !", poursuit-il.

Si les championnats de ligue 1 et de ligue 2 ne repartent pas, "certains clubs seraient immédiatement en grand danger car ils sont déjà en situation dramatique au niveau de la trésorerie", estime Virgile Caillet. "Certains se retrouveraient avec des charges à payer alors qu'ils n'auraient plus de recettes." 

Très rapidement, en un ou deux mois, ces clubs seraient en cessation de paiement. C'est pour ça que tout le monde maintient l'espoir que les championnats iront au bout."

"Ça me paraît aberrant de reprendre la compétition"

Tous les clubs professionnels français doivent donc se préparer à avoir des comptes dégradés avec des pertes d'exploitation, de trésorerie, voire de droits TV. Mais ce n'est pas une raison pour finir coûte que coûte les championnats, selon Fulvio Luzi, président du du FC Chambly, 10e de ligue 2 et plus petit budget du football professionnel français. "Bien sur qu'il y aura des problèmes économiques, mais à nous d'essayer de les résorber du mieux possible, car c'est une raison sanitaire qui fait que l'on ne peut plus jouer !" explique t-il.

"On trouvera des solutions ! L'État aidera les sociétés et pourrait par exemple exonérer les charges sociales des clubs le temps du confinement !" 

"Moi j'entends parler de reprise, de reprise, de reprise et de fin de championnat, mais je trouve que ce n'est pas une bonne idée", avoue Fulvio Luzi. "Si on doit jouer en juin, juillet et août, c'est ridicule parce que ça handicapera la prochaine saison. Donc on sortirait d'une saison déjà mal finie pour en commencer une autre de manière chaotique, en la surchargeant de matchs ? Sachant que pour certains joueurs de ligue 1, il y aura le championnat d'Europe avec leurs sélections (du 11 juin au 11 juillet 2021, ndlr) ? Non, ça me paraît aberrant de reprendre la compétition".

Et Fulvio Luzi de réclamer un consensus au sein du football professionnel français. "Et pas seulement que cela se décide entre quatre ou cinq clubs", ajoute t-il. "Il y a une raison d'urgence sanitaire, donc il faut prendre des décisions de bon sens. Nous, au FC Chambly, on doit recevoir Lens avant la fin de saison. C'est à 120 km de Beauvais ou l'on joue nos matchs à domicile, on aurait dû être à guichets fermés et faire la recette de l'année. Et on ne jouera sans doute pas. Il ne faut pas se cacher la vérité : on aura du mal à reprendre les championnats"

Fulvio Luzi pense aussi à la santé des joueurs et aux cadences infernales qui leur seraient réservées s'il fallait terminer rattraper le temps perdu et finir la saison à tout prix. "Ce serait moins grave que ce que nous vivons, mais quand même..."

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