A la veille de la rentrée des classes, les 866 500 enseignants de France retrouvent ce matin collègues, classeurs et salles des profs. Certains ont la boule au ventre, d'autres tremblent d'impatience. Deuxième option pour Cécile Chabaud. Cette professeure de français s'apprête à vivre sa 23ème rentrée, avec optimisme.

Des collégiens en cours de français à Briançon le 2 avril 2021
Des collégiens en cours de français à Briançon le 2 avril 2021 © AFP / THIBAUT DURAND

J-1 avant la rentrée des classes pour 12,4 millions d'élèves. La cloche a déjà sonné pour les enseignants, de retour dans leurs établissements aujourd'hui. Parmi eux, Cécile Chabaud, professeure de français au collège depuis 22 ans et auteure. Elle décrypte les coulisses de cette rentrée des adultes, avec optimisme.

Après des débuts en ZEP rurale dans la Somme, elle a travaillé 11 ans en Seine-Saint-Denis avant de rejoindre le XVème arrondissement de Paris. A l'occasion de la sortie de son livre "Prof!", elle raconte à France Inter comment les professeurs vivent la rentrée. Aussi anxieux que leurs élèves ?

FRANCE INTER : Qu'est-ce qui est le plus marquant le jour de la rentrée pour un prof ?

CECILE CHABAUD : "C'est de voir à quoi va ressembler sa classe. Le premier jour, les élèves nous testent. C'est le moment le plus important. Ils font une ou deux bêtises, pour voir ce que je vais accepter. Je raconte dans mon livre ma première rentrée, dans le 93. Je suis arrivée toute débutante, en robe et avec mes Doc Martens. Ils ne m'ont pas loupée, ils ne sont moqués et il a fallu très vite trouver une façon de gérer la crise. On apprend sur le tas, c'est de l'impro ! J'ai eu de la chance : l'élève qui m'était tombé dessus avait sa braguette ouverte. J'ai pu, avec une joute verbale, le remettre à sa place [rires]. Je n'ai pas crié, je pense que ça ne sert à rien. Je leur ai laissé une minute pour se moquer puis j'ai dit : "Le premier qui ouvre la bouche, c'est directement chez le principal". Ça a marché, c'était un coup de poker."

Le jour de la rentrée, on est comme des gosses.

Comment on vit cette rentrée quand on est du coté des profs ?

"On est comme des gosses ! On regarde la liste des élèves, les emplois du temps. Parfois, on est content, d'autres fois non. On essaye d'aller voir le principal pour échanger des horaires, ou de s'arranger avec les collègues. C'est un peu la foire d'empoigne ! Je ne suis plus stressée de retrouver mes élèves. C'est plutôt de l'excitation, de la hâte. J'aime beaucoup mon métier et je suis contente de les revoir. En plus, quand ils vont savoir que j'ai fait de la radio, ils vont être fous !"

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Comment abordez vous cette 23ème rentrée ?

"Avec le même enthousiasme ! L'adolescence est un passage extrêmement difficile, avec beaucoup de questionnements, c'est pour ça que j'ai choisi d'être professeure pour eux. Je ne pourrais pas enseigner aux plus petits ou aux plus grands. 

C'est un métier qui a très mauvaise presse. Parfois, c'est bien mérité... C'est pour ça que je voulais écrire un livre positif, pour sortir de la vision un peu caricaturale. "Le prof qui débarque dans un bahut de banlieue et ne s'en sort pas", c'est toujours le même scénario ! Dans le livre, je recense des centaines d'anecdotes sur plusieurs années, plusieurs profils. Pour mettre en évidence les belles interactions qu'il peut y avoir entre professeurs et élèves. J'insiste, on peut être heureux en étant prof. Et être un prof qui fait du bien ! Pour moi, l'idée c'est d'être une rencontre pour des adolescents un peu perdus. Parfois, d'être leur confident. Plus tard, ils se souviendront de nous."

Il y a des enseignants qui abordent cette rentrée dans la souffrance, qu'avez-vous envie de leur dire ?

Je sais qu'il y a des professeurs en souffrance ; malheureusement il y a aussi des professeurs qui font souffrir. Je pense que ce sont des gens qui ne sont pas bien dans leur métier. L'enseignement est une vocation, on est là pour aimer les élèves, il faut beaucoup de patience et de tolérance et ça ne s'improvise pas. Le confinement a eu cet effet positif : les parents se sont rendus compte qu'on exerçait un vrai métier et qu'on leur manquait ! Mais peut-être que quand on souffre, il faut se tourner vers autre chose. Il faut aimer son métier, sinon on n'est pas bien soi-même."