Les centres de loisirs des jeunes (CLJ) ont pour particularité d'être encadrés par des policiers, détachés sur cette mission. Les enfants et adolescents, de 10 à 17 ans, y participent à des activités ludiques classiques, mais suivent également des ateliers de prévention. Reportage au CDLJ du Val d'Oise.

Activité sportive au centre de loisirs des jeunes du Val d'Oise, sur la base de loisirs de Cergy-Pontoise
Activité sportive au centre de loisirs des jeunes du Val d'Oise, sur la base de loisirs de Cergy-Pontoise © Radio France / Ariane Griessel

À première vue, rien ne distingue ces groupes de jeunes des autres, nombreux en ce jour ensoleillé de juillet, dans l'enceinte de l'Île aux loisirs de Cergy-Pontoise (Val d'Oise). Les enfants et adolescents se taquinent et se défient gentiment autour du parcours de mini-golf ou sur la pelouse convertie en terrain de base-ball. Il faut s'approcher de l'herbe pour distinguer le panneau "Police nationale" qui flotte ostensiblement. Ou le logo de la même institution sur les vêtements du personnel encadrant. Car, à l'exception des animateurs venus en renfort pour la saison, ici, le personnel est constitué entièrement de policiers, détachés pour accomplir cette mission.

130 enfants et adolescents de 10 à 17 ans sont inscrits dans les deux antennes du Centre de loisirs des jeunes du Val d'Oise, à Villiers-le-Bel et à Cergy, deux communes dans lesquelles les rapports entre police et population sont régulièrement présentés comme tendus, voire conflictuels. Pourtant, tous les jeunes, ici, sont venus volontairement, souvent par le biais du bouche-à-oreille. "C'est mon voisin qui m'en a parlé, il m'a raconté les activités qu'ils faisaient ici : vague de surf, accrobranche, téléski… Ça m'a plu, et je suis venu", explique Amir, 16 ans, qui fréquente le centre de Villiers-le-Bel depuis cinq ans, maintenant. Quant au fait que ce soient des policiers qui encadrent les activités, "ça ne se sent pas trop, pour nous ils sont comme des animateurs, on le sent juste plus sur la prévention".

Ateliers éducatifs

Car c'est la spécificité de ces centres : pas d'activité sans participer aux ateliers à visée éducative. "C'est un centre de prévention", détaille le brigadier Didier Clerc, passé par Police-Secours, et à la tête du Centre de loisirs des jeunes du Val d'Oise. "Ce n'est pas de la consommation, le jeune doit s'investir auprès du centre par le biais d'ateliers éducatifs, de différentes actions, qui leur donneront accès à des sorties." Les rodéos, le vol, la rénovation de bâtiments, l'initiation aux gestes de premiers secours… De nombreuses thématiques sont ainsi abordées. Alissa, 16 ans, de Cergy, se souvient d'un atelier dédié à l'usage de la trottinette électrique : "On nous a dit qu'il fallait un casque, les amendes que l'on risquait…"

"Le volet préventif permet de faire une passerelle avec l'uniforme, de côtoyer le fonctionnaire de police", analyse Didier Clerc

L'été, nous avons des renforts, et les jeunes peuvent retrouver ces fonctionnaires sur le terrain (…) ils sont identifiés, ils les reconnaissent, c'est facilitateur. Ça leur montre aussi que la police est là pour eux, elle n'est pas là contre eux. 

Les plus âgés sont également accompagnés pour suivre des formations tels que le Bafa, le brevet d'animateur.

"Une autre image de la police"

"Le jeune qui intègre le Centre de loisirs des jeunes obtient un cadre qui lui manque parfois au domicile", poursuit le brigadier. "Ils savent qu'ils entrent dans une structure 'police'." Avant chaque inscription, les policiers vont à la rencontre des familles, afin de nouer un contact, et construire ce que le fonctionnaire qualifie de "relation tripartite CLJ, enfant et parents". Cet ancien professeur de sport a lui-même été séduit, il y a quinze ans, par cette idée de contact avec les jeunes, de "leur donner un cadre". "À Villiers-le-Bel, cela fait déjà deux générations que j'accompagne. Les jeunes qui étaient plus ou moins dans le bon chemin ont pu suivre un cursus scolaire normal et s'en sont sortis", estime le policier, dont le centre est également ouvert les mercredis de l'année scolaire. "Et puis ils véhiculent auprès de leurs copains une autre image de la police."

Tous les fonctionnaires ont les diplômes leur permettant d'encadrer ces jeunes. Quant à savoir comment ce rapprochement est vécu par leurs camarades, les jeunes rencontrés à Cergy-Pontoise l'assurent, aucun accroc dans la relation. "Ce sont des humains comme nous", juge Anissa, qui assure que les fonctionnaires ne se mêlent pas de "[sa] vie privée". Son amie Shaynez, 15 ans, juge même les policiers "mieux pour le volet prévention".

Il existe 29 CLJ en France, dont 19 sont ouverts toute l'année, les dix autres étant accessibles pendant l'été.