Interdire les certificats de virginité et pénaliser les médecins qui en rédigent, c'est l'objectif du ministère de l'Intérieur qui compte intégrer cette mesure dans le projet de loi contre le séparatisme, contre les communautarismes religieux qui doit être présenté à l'automne. Mais de quoi parle-t-on ?

Certains médecins délivrent encore en France des certificats de virginité
Certains médecins délivrent encore en France des certificats de virginité © Radio France

Le phénomène est "sous-terrain", "non chiffré" et "peu fréquent" admet le ministère de l'Intérieur. Le certificat de virginité est censé attester, le plus souvent avant un mariage religieux, de la "pureté" d'une jeune femme et ainsi satisfaire sa famille, parents ou futur époux. En clair, le médecin, certifie que l'hymen n'a pas été déchiré par une pénétration. La pratique est rejetée en bloc par le Conseil National de l'Ordre des Médecins. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français réclame, de son côté, interdiction et sanctions pénales pour les médecins impliqués. Dans ce contexte, Ghada Hatem fait figure d'exception. Gynécologue et fondatrice de la Maison des Femmes, à Saint-Denis, un lieu qui accueille les femmes vulnérables et victimes de violences, elle assume délivrer de tels certificats "rarement, et dans des circonstances très particulières". Elle explique pourquoi. 

FRANCE INTER : que pensez-vous de l'idée de légiférer sur les certificats de virginité ? 

GHADA HATEM : "Ma première réaction a été la surprise évidement, parce que je ne pensais pas que ce sujet méritait qu'on légifère. C'est un sujet très délicat pour nous gynécologues mais qui, en France, ne concerne pas des milliers de femmes. Elles doivent être tout au plus trois femmes à m'en réclamer, chaque année. Ce certificat représente la mainmise des hommes sur la sexualité des femmes, le désir éperdu d'épouser une vierge... C'est évidemment totalement humiliant, mais certaines jeunes femmes, qui sont mariées de force ou dans le cadre de mariages 'arrangés' comme on dit, ont vraiment besoin d'un papier. Je pense qu'avant de légiférer, il faut nous laisser exercer... Nous savons, nous, quelles sont les difficultés de nos patientes et comment nous pouvons les aider au mieux". 

Qui sont les patientes qui viennent vous voir pour de tels certificats ?  

"Ce sont souvent de jeunes filles maghrébines. Très souvent, c'est le futur mari, au bled, qui attend des garanties sur la 'qualité' de sa future. Et parfois le fait de faire un certificat va permettre à la jeune femme d'avoir la paix, de ne plus être harcelée par sa famille. Souvent, elle n'est pas vierge, bien sûr. C'est pour cela qu'elle a besoin d'un tel document. Venir nous voir peut lui éviter d'être envoyée au bled pour consulter un gynéco, proche de sa famille, qui pourrait lui causer beaucoup de tort. Certaines patientes nous disent que si elles ne prouvent pas qu'elles sont vierges, elles risquent de se faire tuer par leur père. D'autres racontent que leur père tuera leur mère, parce qu'elle n'a pas su 'tenir' sa fille. Chaque histoire est singulière et chaque femme a, ou non, la capacité de s'opposer à sa famille.

Je n'examine pas ces femmes parce que moi, ça m'est égal qu'elles soient vierges ou pas. Ce que je veux, c'est les aider. Qu'elles aient la paix. Nous ne sommes pas toutes des révolutionnaires et je crois qu'il faut surtout écouter les femmes. La seule chose qui peut faire avancer ce sujet c'est l'éducation : l'éducation des garçons, des mères, pour que l'on arrête de considérer que la fille est la vitrine honorable de la famille. C'est tout cela qu'il faut déconstruire... et pas seulement empêcher les médecins de faire leur boulot". 

Que ferez-vous si une loi interdit, à l'avenir, de délivrer ces certificats, quelle que soit la situation, comme le réclame par exemple le Collège national des gynécologues et obstétriciens français ? 

"Écoutez, je suis en fin de carrière, je ne risque plus grand chose. Après tout, je peux m'arrêter d'exercer, ce n'est pas très grave. Je pense que si une jeune fille me donne l'impression que c'est la vie ou la mort, je ferai le certificat. Moi, j'aime beaucoup ces consultations : ce sont celles qui me prennent le plus de temps. Je reste parfois une heure avec ces jeunes femmes et en fait c'est parfois la seule occasion pour elles d'entendre des choses autour de la sexualité. Une femme sur deux ne saigne pas lors du premier rapport. Elle ne le savent pas. Je leur explique que leur mari ne peut pas savoir qu'elles ne sont pas vierges. Qu'il existe des astuces : pour vingt euros, vous avez maintenant des petites capsules rouges que vous insérez dans le vagin pour saigner après le rapport. Ce sont des moments de pédagogie très importants. Il serait dommage de s'en passer. On me dit parfois que j'aide les oppresseurs en délivrant ces certificats. Moi je pense que j'aide les femmes à tromper leurs oppresseurs. Je fais partie des gens qui pensent qu'il est parfois utile de désobéir".

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