Alors qu'une pétition plaide pour la panthéonisation de Joséphine Baker, notamment en raison de son engagement auprès de la Résistance puis de l'Armée française pendant la Seconde Guerre mondiale, retraçons le parcours d'agent secret de la star des années 30, ainsi que celui de six autres femmes à la même époque.

En haut de gauche à droite : Maryse Bastié, Maryse Hilsz, Suzanne Jannin, Suzanne Melk. En bas de gauche à droite : Claire Roman, Joséphine Baker,  Anne-Marie Imbrecq
En haut de gauche à droite : Maryse Bastié, Maryse Hilsz, Suzanne Jannin, Suzanne Melk. En bas de gauche à droite : Claire Roman, Joséphine Baker, Anne-Marie Imbrecq © SHD

Chevalière de la légion d'honneur, Croix de guerre, Médaille de la Résistance, ce sont trois des décorations remises à Joséphine Baker, célèbre artiste de music-hall du début du XXe siècle, femme engagée en faveur de la tolérance et contre le racisme, et pour laquelle se pose aujourd'hui l'hypothèse d'une entrée au Panthéon, à l'initiative de l'essayiste Laurent Kupferman. La consultation du site internet du Service Historique de la Défense, permet de se rendre compte que Joséphine Baker faisait partie de ces femmes aux parcours extraordinaires, pilotes, agents secrets, résistantes, dont les exploits ont été salués par l'armée française. Rappelons donc le parcours durant la Deuxième Guerre mondiale de Joséphine Baker, Anne-Marie Imbrecq, Maryse Hilsz, Claire Roman, Maryse Bastié, Suzanne Jannin et Suzanne Melk. Aussi glorieuses dans les tourments de la guerre que Charles Péguy, Alain Fournier, Romain Gary, Antoine de Saint-Exupéry, par exemple. 

Joséphine Baker, officier de propagande

Joséphine Baker, alors qu'elle était célèbre pour ses spectacles de music-hall, a été recrutée comme agent du contre-espionnage. Dès septembre 39, l'artiste, américaine de naissance mais terriblement attachée à la France, rencontre le chef du contre-espionnage militaire Jacques Abtey. Il était chargé de recruter les "Honorables Correspondants", c'est-à-dire des personnalités dignes de confiance susceptibles de circuler sans éveiller les soupçons, sous couvert de leurs activités officielles, et de recueillir des renseignements sur l'ennemi. La rencontre avec Jacques Abtey a eu lieu à la villa Beau Chêne au Vésinet. Par reconnaissance envers la France, elle accepte spontanément d'être envoyée en mission.

C'est donc en faisant l'artiste ou l'infirmière auprès de la Croix Rouge que Joséphine Baker va œuvrer en tant qu'agent de renseignement, alors que Jacques Abtey devient officiellement Jacques Hebert, se procurant ainsi une fausse identité d'"artiste" qui "accompagne Madame Joséphine Baker". Les renseignements qu'ils voulaient transporter étaient transcrits en langage chiffré et à l'encre invisible sur les partitions musicales de la star. Quand elle passe une frontière et rencontre des douaniers, on ne lui demande pas ses papiers, mais plutôt des autographes. De même dans les réceptions officielles dans les ambassades, on la regarde avec admiration plutôt qu'avec suspicion. Sa visibilité extraordinaire sert donc de couverture à des activités secrètes pour aider à combattre l'occupation allemande. 

Maryse Bastié et ses 16 décorations

Joséphine Baker a été intégrée au grade de sous-lieutenant dans l'armée de l'air. C'est également dans les rangs de cette armée que l'on trouve plusieurs autres femmes, souvent en raison de leur qualité de pilotes. Maryse Bastié est la première femme promue commandeur de la Légion d’honneur à titre militaire en 1947, et première femme à réaliser la traversée de l'Atlantique Sud en 12 heures 5 minutes, en 1936. En 1918, Maryse Bombec, épouse d'un lieutenant aviateur, Louis Bastié, se passionne à son tour pour le pilotage, obtient un brevet et cumule les records.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s’engage dans la Croix Rouge et entre dans les services de renseignements alliés. On lit dans les archives qu'elle a pris part aux combats dans l'Oise en juin 40, et a participé à l'évacuation des blessés après la bataille de Persan-Beaumont. Elle fut la première femme de la Croix Rouge Française à pouvoir intervenir dans le camp de prisonniers ouverts par l'armée allemande, le Frontstalag III à Romainville. C'est dans le cadre de ses fonctions qu'elle accepta de faire passer des documents secrets sur les équipements allemands à Londres. Elle a été arrêtée puis a continué à œuvrer dans la résistance au sein de réseau Darius. 

En 1944, elle s’engage comme pilote militaire et milite pour le développement de l'espéranto. Le 6 juillet 1952, elle est victime d’un accident aérien lors de l’essai d’un avion prototype. Elle a été honorée ou décorée de divers ordres, médailles et autres, 16 fois. 

Anne-Marie Imbrecq, fondatrice d'un service médico-social 

Née à Paris le 18 juin 1911, Anne-Marie Imbrecq est fondatrice du service médico-social de l'armée de l’Air en Afrique du Nord. Dès le début des années trente, cette fille d'avocat est volontaire dans la Croix Rouge, titulaire d'un brevet de pilote de tourisme, d'un permis de transport public et d'un brevet de parachutiste. Quand la guerre éclate, c'est assez naturel pour elle de s'engager auprès des services sanitaires de l'Armée de l'air.

Elle s’engage ensuite dans le Corps franc d’Afrique pendant la Seconde Guerre mondiale en tant qu'infirmière et ambulancière. Après la Libération, elle est appelée à faire partie du Premier corps de pilotes militaires féminins. L'idée d'un tel groupe fait sa réapparition en octobre 1944, et il rassemble les aviatrices ayant déjà coopéré avec l'armée. Une formation était dispensée à Châteauroux. L'expérience a été abandonnée deux ans plus tard. Les pilotes intégrées dans ce corps furent Maryse Bastié, Élisabeth Boselli, Élisabeth Lion et Anne-Marie Imbrecq, toutes s'étant inscrites dans l'histoire de l'aviation au féminin.

Marie-Antoinette dite Maryse Hilsz, des records au service de la Résistance

En 1922, Maryse Hilsz, modiste dans un premier temps, passionnée d'aviation, devient parachutiste. Elle passe son brevet de pilote en 1929 et enchaîne les meetings, rallyes et raids où elle décroche plusieurs records. À son actif, la liaison Paris-Saïgon toute seule à bord d'un petit avion biplace de tourisme entre le 12 novembre et le 5 décembre 1931. En 1932, elle est décorée de la légion d'Honneur pour avoir battu le record du monde d'altitude féminin à 9 791 mètres. Une multitude d'autres records suivront.

Dès le début de la guerre, elle est sollicitée, comme Claire Roman, pour convoyer des avions sur le front. En 1941, on la retrouve dans la Résistance. En 1944, dans le corps de pilotes militaires féminins, elle est nommée sous-lieutenant et affectée au Groupe de liaisons aériennes ministérielles (GLAM). Elle décède en service aérien commandé, le 30 janvier 1946, lors d’une liaison Villacoublay-Marignane.

Claire Roman, saluée pour son héroïsme

Jeune femme très instruite et voyageuse, Claire Roman réussit d'abord un diplôme d'infirmière, s'engage auprès de la Croix Rouge au Maroc, avant de passer son brevet de pilote en 1932. Elle participe à des exhibitions aériennes et décroche plusieurs records.

Dès la déclaration de guerre en 1939, comme Maryse Hilsz, elle se met à la disposition des autorités militaires pour convoyer des avions de tourismes réquisitionnés. Capturée par les Allemands, elle s’évade. Dans son dossier conservé au Service Historique de la Défense, on lit que la Croix de guerre lui a été attribuée en juin 1940, et que _"Claire Roman s'élève au niveau que peu d'hommes atteignent"_, saluée pour sa discipline et son courage, et son héroïsme. 

Elle est victime d’un accident aérien le 4 août 1941.

Extraits du dossier de Claire Roman consultable sur le site du Service Historique de la Défense
Extraits du dossier de Claire Roman consultable sur le site du Service Historique de la Défense / Ministère des Armées

Suzanne Jannin, dentiste au cœur de la Résistance

Suzanne Jannin s’engage dans les FFI en 1943, puis sert dans les forces armées en Extrême-Orient en qualité de dentiste de 1951 à 1953. Dans son réseau de résistants dans la Meuse, on l'appelle Michèle. "Elle a été un de nos meilleurs guides pour passer les parachutistes alliés de la Lorraine vers la Suisse" lit-on dans un témoignage archivé au Service Historique de la Défense.

Elle a, par exemple, profité de ses activités en tant que chirurgienne dentiste pour transmettre des renseignements, des armes et des munitions au maquis, fabriquer des tampons officiels du Reich. La veille de la Libération, Michèle apprend qu'un noyau de résistants a été découvert dans la région et doit s'enfuir. Elle est devenue par la suite marraine du 150e régiment d'infanterie en octobre 1944, puis s'est engagée dans l’armée de l’Air en tant que dentiste. Elle prend part aux opérations d’Indochine en qualité de pilote dans une unité combattante. 

Suzanne Melk, organisatrice de réseau résistant

Née à Vesoul en 1908, Suzanne Melk a été à la fois une pianiste virtuose et aviatrice. Sans compter son parcours dans la résistance au sein du Réseau Béarn après son engagement dans la France Libre en juillet 1943. Elle a notamment organisé une partie du réseau des Vosges, lit-on dans son dossier, a franchi en 1944 neuf fois la frontière pour prendre contact avec des agents de renseignement français restés en territoire ennemi, et ramener des documents précieux. 

Elle a été décorée de la Croix de Guerre et de la Médaille de la Résistance et est devenue pilote militaire après-guerre. Elle est détentrice de plusieurs records. Partie aux États-Unis en 1947, elle tombe gravement malade et décède le 4 février 1951, à Durham en Caroline du Nord.