Le nouvel album de Philippe Katerine, "Confessions", sort ce vendredi. À cette occasion, France Inter consacre une journée spéciale au chanteur qui, depuis le début de sa carrière musicale dans les années 90, se renouvelle régulièrement, explorant tous les genres musicaux d'album en album.

Philippe Katerine sur la scène du festival Solidays en 2011
Philippe Katerine sur la scène du festival Solidays en 2011 © Radio France / David Wolff - Patrick

France Inter consacre une partie de son antenne ce jeudi à la sortie du nouvel album de Philippe Katerine, "Confessions", dans les bacs (et les plateformes de streaming) ce vendredi. L'occasion de repasser en revue la carrière de cet artiste, qui a adopté presque autant de styles musicaux qu'il a réalisé d'albums... tout en gardant un certain soin à ne pas se prendre au sérieux, et à se balader entre l'extrême premier degré et la parodie. 

Home studio et expérimental, le Katerine des débuts

Les premiers albums de Philippe Blanchard, a.k.a. Katerine, sont autoproduits. Le jeune auteur-compositeur sort "Les Mariages Chinois" sur lequel il fait presque tout, et enregistre chez lui. "Je suis souvent en peignoir, c'est sûrement cela qui donne ce côté intimiste", s'amuse-t-il dans une interview au fanzine "Another View" à l'époque. 

Je ne supporte pas l'idée qu'il y ait quelqu'un derrière une vitre, quelqu'un que je ne connais pas, qui touche à des boutons pendant que je chante, qui imprime sa vision des choses sur mes compositions.

Les trois premiers albums de Katerine portent déjà en eux l'essence de ce qui fait l'écriture de Katerine, à mi-chemin entre musique expérimentale et bricolages sonores et influences du jazz, de la bossa-nova et de variété populaire. Déjà, aussi, on retrouve des chansons courtes aux textes réduits au minimum, et cette voix singulière - qui traumatise le chanteur lui-même dans son premier album, de sorte que pour le suivant, "L'Education Anglaise", il ne chante pas, et laisse sa sœur et sa compagne au micro. 

Pour "Mes mauvaises fréquentations", il s'entoure pour la première fois d'autres musiciens et fait une tournée, tandis que le suivant, "L'Homme à trois mains", est à nouveau enregistré seul à domicile. C'est sûrement l'un des plus expérimentaux de sa carrière.

Irrévérencieux et smooth, le Katerine de la révélation

En même temps que "L'homme à trois mains", Katerine sort "Les Créatures" : pour la première fois, il joue avec un groupe, les Recyclers, et avec un jazzman, François Ripoche, qui signe les arrangements de cuivres de cet album. "Je vous emmerde" est le premier titre diffusé en radio, et le premier à connaître un certain succès. Sur les titres de cet album, les arrangements, plus élaborés et plus acoustiques, virent aussi parfois au free jazz. Là encore, le mélange d'influences fait mouche. 

Des influences que l'on retrouve régulièrement plus tard dans ses chansons et ses collaborations : en 2017, "Mon mec", sur laquelle il chante avec Alka Balbir, rappelle - quelques synthés en plus - "Je vous emmerde". 

Petit tour de force : en 1999, alors que sa notoriété est encore limitée, il chante un titre en duo avec Anna Karina (pour qui il écrit aussi un album), "Le petit colis", sur l'album caritatif "Noël Ensemble", qui connaît un grand succès populaire. 

Pop et synthétique, le Katerine reconnu du grand public

Après un deuxième album enregistré avec The Recyclers, "8ème ciel", Katerine change d'équipe et travaille avec le pianiste Chilly Gonzales et le réalisateur Renaud Letang. Ensemble, ils conçoivent un album bien plus électronique que les précédents. Si on trouve encore des titres qui jouent avec un minimalisme et une économie de moyens ("Titanic"), on trouve sur l'album une grande partie de titres aux rythmiques synthétiques effrénées, comme "Bordeline" ou "Qu'est-ce qu'il a dit", et surtout l'incontournable "Louxor j'adore", plus grand tube populaire du chanteur à ce jour, bâti sur mesure pour le live, avec son "Et je coupe le son" qui devient un classique des ambianceurs en soirée. 

Depuis, la boîte de nuit "Looksor", à Clisson, qui avait donné son nom à la chanson, a fermé ses portes. 

Surréaliste et joyeux, Katerine, sa banane, sa moustache... et ses reprises

Le disque suivant, en 2010, revient à des fondamentaux plus acoustiques sur un album simplement intitulé "Philippe Katerine", avec un groupe réduit au strict minimum : une basse, une batterie, un clavier et une guitare. Et 24 titres courts, avec un texte lui aussi minimaliste, parfois surréaliste, où il chante "Bla bla bla", "Ha ha ha", où il transforme le son d'accueil de Windows en "Musique d'ordinateur", et où il demande à ce qu'on le laisse "manger sa banane tout nu sur le sable". Chaque titre de l'album donne lieu à un clip vidéo, délicieusement absurde. 

Dans le même temps, Katerine retrouve François Ripoche avec qui il avait travaillé à la fin des années 90 : avec son groupe Francis et ses peintres, il enregistre 52 reprises de titres français. Où "Partir un jour" des 2Be3 devient un titre frôlant la bossa nova. 

L'album "Philippe Katerine" connaît une deuxième jeunesse en 2017 après que le présentateur américain Jimmy Fallon invite le chanteur à interpréter le titre "Moustache" sur son plateau. L'album et ses paroles minimalistes ressort donc... en anglais - une démarche aussi dadaïste que le reste de la conception de cet album.

Disco et électro, l'autre Katerine à moustache

Philippe Katerine navigue aisément entre l'électrique et l'acoustique : en 2014, il collabore avec le musicien électro SebastiAn pour son nouvel album, Magnum, pour lequel il arbore fièrement une moustache à la Tom Selleck. Résultat : le son de cet album convoque des guitares et des synthés dignes des tubes disco des années 70, conjugués au son très dense et distordu de SebastiAn. L'album est accompagné d'un long-métrage : 

Mais le chanteur reste fidèle à lui-même : à côté des chansons comme Patouseul ou Sexy Cool, Katerine garde son côté naïf, dada et surréaliste, dans des titres comme "Les Dictateurs" au texte tout simple : "Les dictateurs étaient tous de très beaux bébés / Kadhafi, Mussolini, Pinochet / Vous pouvez vérifier sur Wikipédia". Mais l'album marque moins les esprits que les précédents.

Minimaliste et touchant, le Katerine pianiste

Nouveau virage à 180 degrés : "Le Film" est l'album le plus minimaliste de l'artiste, de la pochette qu'il dessine lui-même à la réalisation : Katerine est au piano, alors même... qu'il n'est pas pianiste. Il travaille avec le chanteur Julien Baer sur ce titre. Mais avec des titres comme "Moment parfait", il se montre touchant, dans cet album où, pour la première fois, il écrit les textes avant les musiques. Ecrit en hommage à son père disparu en 2014, il évoque beaucoup les thèmes de l'enfance. 

Sensible et ultra-produit, le Katerine qui fait le pont entre la chanson et le rap

À quoi ressemble le Katerine nouveau ? Dans "Confessions", s'il retrouve une production riche et très électrique, faisant intervenir des rythmes venus de la trap autant que des guitares acoustiques, il ajoute surtout une carte à son jeu : le rap. 

S'il oscille lui-même entre le rap et le slam sur "Stone avec toi", il s'entoure surtout de personnalités du monde du rap depuis quelques semaines : avec MC Circulaire, il reprend l'hymne du club de football vendéen des Herbiers quand celui-ci va en demi-finale de coupe de France. Il travaille aussi avec Alkpote, avec qui il fait un étonnant "freestyle" sur la radio Skyrock, partagé avec Romeo Elvis et Lomepal (qui participe à son nouvel album dans le titre "88%").

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