C'est un couple mythique : Jane Birkin et Serge Gainsbourg. Ils ont partagé douze ans de vie commune (1968-1980). Mais c'est après leur séparation que Serge lui écrit ses plus belles chansons. Jane Birkin raconte au micro de Vincent Josse, le lien rare qui l'unissait à Serge et l'amour réinventé entre eux après 1980.

Jane Birkin et Serge Gainsbourg en 1985
Jane Birkin et Serge Gainsbourg en 1985 © Getty / DENIZE alain

Je ne prétendrais pas que c’était un bonheur tout rose… Mais il y avait une telle complicité, c’était plus charmant que d’être avec lui.

Invitée d'un Grand atelier consacré à Serge Gainsbourg, Jane Birkin se confie à Vincent Josse : "Vous aviez réinventé une façon d’être ensemble après votre séparation, c’était artistique mais plus que ça… C’était une nouvelle façon de s’aimer au fond ?" Écoutons Jane :

9 min

Jane Birkin Interview 31 janvier 2020

Par Vincent Josse

"Serge était toujours disponible pour moi, il ne bougeait pas de la rue de Verneuil… Je pouvais arriver à n’importe quel moment et la réciproque était vraie. Parfois, je faisais dîner les enfants, puis Serge débarquait à 23 h entre deux flics parce que ça l’amusait et je faisais un deuxième service pour lui, avec Jacques (Doillon) dans la cuisine... Serge racontait ses blagues belges ou se mettait au piano… C’était tout à fait extravagant. Parfois Serge arrivait avec le petit Lulu qui atterrissait dans les bras de Jacques. Je ne prétendrais pas que c’était un bonheur tout rose, ni que c’était facile pour Serge. Mais cela ne ressemblait à rien de connu, cette relation qui continue entre un interprète et son auteur après leur séparation."

Je lui dois tant… Il m’a écrit les plus beaux textes après notre séparation.

"Baby Alone in Babylone" (1983) : les dessous d'un album...

"C’était un peu la Belle et la Bête… Il débarquait au studio après plusieurs nuits sans sommeil, il me jetait son texte sur la table basse et me lançait : 'voilà, c’est pour toi'. Serge me donnait à chanter ses malheurs et je devais l’émouvoir. C’était une position curieuse."

Les textes étaient magnifiques. Ma récompense, c’était de le voir lever le pouce et pleurer derrière la vitre du studio…

"Baby Alone in Babylone, c’était le premier album après notre séparation et chaque chanson était une pique…"

Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve, extrait de l'album Baby Alone in Babylone (1983) :

"Certaines de ces chansons sont de véritables autoportraits, comme _Les dessous chics. "_C’est la pudeur des sentiments maquillés outrageusement, rouge sang..." Ce sont des perles avec leur part de mystère... des images tellement inattendues pour parler de la déchirure... Comprenne qui peut', se disait Serge".

Amours des feintes

Le temps de masteriser le disque, on cherchait une couverture pour l'album. Serge était hospitalisé et je lui avais suggéré de dessiner la pochette parce qu'il avait beaucoup de talent. Alors, il a fait un premier dessin à l’encre de Chine, mais c’était Bambou… Il a recommencé et il m’a dessiné avec un œil tout petit.  Alors, un peu énervé il a voulu ajouter une frange mais la plume a cassé et cela a fait plein de petites taches d’encre avec mon œil barré… Et voilà le résultat. Il est mort peu de temps après.

Les journaux

Dans les deux volumes de son journal paru chez Fayard, Munkey diaries (2018) et Post-scriptum (2019), Jane Birkin raconte son quotidien avant, pendant et après Serge. Dans le second opus Post-scriptum, elle écrit :

Je ne me remets pas de sa disparition et je n’ai pas envie de m’en remettre.

"Je n’ai pas envie d’être consolée de son absence… C’est la même chose pour ma fille Kate, on ne se remet pas de certaines tragédies,  mais on garde la luminosité des êtres aimés en soi".

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