Après avoir travaillé plus de deux ans dans une porcherie de l'Yonne, un employé dénonce, avec l'association L214, les conditions d'élevage et les multiples maltraitances qu'il a pu constater sur place. L'ONG a déposé plainte et demande une inspection immédiate de l'élevage.

Dans cet élevage intensif, la densité de porcs dépasse les seuils prévus par la loi.
Dans cet élevage intensif, la densité de porcs dépasse les seuils prévus par la loi.

Dans une nouvelle enquête dévoilée ce jeudi, l'association L214 rapporte le témoignage d'un employé d'une porcherie de l'Yonne qui dénonce les sévices graves et les maltraitances commis sur les animaux. Fait rare : cet employé a accepté de témoigner à visage découvert. Sur de nombreuses vidéos fournies par le lanceur d'alerte, on peut notamment voir des truies, tuméfiées sur tout le corps, recevant de multiples coups de tournevis ou d'aiguillon électrique. Les clichés montrent également le sort réservé aux porcelets jugés moins rentables, finissant dans un seau après avoir été assommé à même le sol. L214 a publié une vidéo de son témoignage, contenant certaines images particulièrement violentes et sensibles.

Des méthodes cruelles et illégales

Grégory, qui a travaillé dans la porcherie des Tremblats 2 pendant plus de deux ans, a plusieurs fois dénoncé ces maltraitances auprès de sa hiérarchie et de la gendarmerie, sans résultats. Choqué par les scènes auxquelles il a pu assister, il a décidé de se tourner vers l'association de défense des animaux pour mettre au jour ces exactions et porter plainte contre l'élevage. L214 a identifié, grâce aux images fournies par le lanceur d'alerte, de nombreuses infractions à la loi. 

Dans cette porcherie situé dans la commune d’Annay-sur-Serein (près d’Auxerre), la densité d'élevage dépasse les normes fixées par la réglementation française : 1 800 truies sont entassées dans des conditions épouvantables, certaines n'ayant pas accès à l'eau et d'autres présentant de multiples blessures non-soignées. Les dents des cochettes (jeunes truies de quelques mois) sont coupées à la tenaille et les queues des porcelets sont systématiquement sectionnées. Tous ces actes sont pourtant interdits par un arrêté du 16 janvier 2003 relatif à la protection des porcs d'élevage.

Les dents des jeunes truies sont coupées à la tenaille.
Les dents des jeunes truies sont coupées à la tenaille.

"Ils ont mis 14 coups de matador pour essayer de la tuer"

Les vidéos que nous avons pu consulter font également état de violences atroces et gratuites sur l'ensemble des animaux de l'élevage. Avec son téléphone portable, l'ex-employé filme les dizaines de plaies ouvertes qu'il constate sur une des truies. Il décrit des scènes insupportables : "Ce qui m'a choqué c'est de voir le responsable mettre des coups de tournevis, s'acharner sur les truies quand elles ne voulaient pas avancer. Ou alors mettre des coups de barre en ferraille sur la tête [...] surtout qu'on a des panneaux rouges pour les faire avancer". Sur une autre vidéo, Grégory montre une truie en pleine crise cardiaque, semblant agoniser seule sur le sol, sans que personne ne porte assistance à l'animal.

Le lanceur d'alerte raconte également l'usage abusif de certains instruments comme l'aiguillon électrique, qui envoie une décharge à l'animal tout en le piquant, ou le matador, instrument utilisé dans les abattoirs pour étourdir les animaux avant de les tuer. Grégory évoque aussi l'usage d'armes à feu si les précédents outils ne suffisent pas : "Il y a une truie qu'ils ont essayé de tuer, ils ont mis 14 coups de matador et toute la journée ils l'ont tapée à la masse [...] Elle avait des trous partout sur la tête, elle saignait de partout. Et quand j'ai repris le boulot le lundi, c'est là qu'ils m'ont dit qu'ils n'ont pas réussi à la tuer à la masse ... du coup ils l'ont tuée au fusil".

À la maternité, les nouveau-nés sont immédiatement triés en fonction de leur potentielle rentabilité. Si un porcelet semble mal-en-point, il est "claqué" sur une barre de fer ou sur le sol bétonné pour être tué. Dans son témoignage, Grégory détaille : "Parfois ils les mettent dans le seau, ils sont encore vivant. On passe deux heures après, on les voit dans le seau qui bougent". La filière porcine justifie l'usage de cette technique par un règlement européen, permettant aux éleveurs de prendre "toutes les mesures nécessaires" en cas de mise à mort urgente. L214 avance pourtant que ce "claquage" est également employé sur des porcelets en bonne santé.

Un employé de la porcherie "claque" les porcelets sur le sol pour les tuer.
Un employé de la porcherie "claque" les porcelets sur le sol pour les tuer.

Les animaux agonisants sont laissés à l'abandon sur le sol de la porcherie, parfois au milieu de leurs congénères encore vivants. Dans la zone d'équarrissage (abattage d'animaux qui ont été écarté de l'élevage), le lanceur d'alerte fait état, photographies à l'appui, de cadavres dévorés par les asticots. 

En dépression et suivi par un psychologue, l'employé est sans appel : "Ce que je voudrais, c’est que le responsable ne travaille plus dans ce domaine là, et qu’il ferme la porcherie complètement parce que ça continuera tout le temps" demande-t-il devant la caméra de L214. Sébastien Arsac, directeur des enquêtes et porte-parole de L214, salue le courage du lanceur d'alerte : "Les truies et les porcelets de cet élevage vivent déjà une vie misérable, comme dans la majorité des élevages de cochons (95 % des élevages de cochons sont de type intensif), ils sont en plus violemment maltraités sans réaction de la direction" déplore-t-il dans un communiqué de presse.

L214 demande une inspection immédiate de l'élevage

Via une pétition en ligne, l'organisation interpelle la direction de l'élevage et le ministre de l'Agriculture, demande la mise au norme de la porcherie et appelle les autorités à sanctionner l'entreprise exploitante. Une plainte a été déposée auprès du procureur de la République d'Auxerre ce mercredi. Si la castration à vif des porcelets sera bannie à partir du 1er janvier 2022, L214 demande au gouvernement que la coupe des queues soit également interdite, au même titre que le "claquage" des porcelets.