L’opérateur télécom prévoyait de faire passer quelque 5 000 salariés - près de la moitié de l’effectif - en activité partielle. Après discussions avec les pouvoirs publics et les organisations syndicales, 416 personnes retrouveront leurs travail ce mercredi. Insuffisant pour deux syndicats, qui appellent à la grève.

SFR avait prévu de mettre en chômage partiel la moitié de ses salariés
SFR avait prévu de mettre en chômage partiel la moitié de ses salariés © AFP / Sameer Al-DOUMY

Télétravail, devoirs des enfants, loisirs... En cette période de confinement, les Français n’ont jamais eu autant besoin d’une bonne connexion internet. On imaginait les opérateurs télécoms sur-sollicités. Et pourtant, le 23 mars dernier, en fin de journée, les salariés de SFR reçoivent ce courriel du directeur général, Grégory Rabuel : "Nous enregistrons une baisse significative de notre activité […] Dans ces circonstances exceptionnelles, compte tenu des annonces du gouvernement, et comme c’est déjà le cas pour une partie de nos salariés de SFR Distribution [les boutiques, ndlr] depuis le 16 mars, nous avons décidé de recourir au chômage partiel à compter du 23 mars pour un grand nombre d’entre vous".

Émoi dans l’entreprise. Cela concerne quelque 5 000 salariés, près de la moitié de l’effectif. Pourquoi mettre autant de monde au repos forcé ? Les opérateurs télécoms ne sont sans doute pas ceux qui paieront le plus lourd tribut à la crise. Si l’activité en boutique est effectivement réduite à néant, il reste tout de même les services aux entreprises, les services techniques, l’entretien du réseau. 

"On a la capacité d’amortir le choc", assure Xavier Courtillat, délégué syndical central CFDT. Immédiatement, le syndicat regrette "un effet d’aubaine". Et tous montent au créneau. La CGT accuse, par la voix de Sylvie Fondacci : "SFR fait des économies sur la masse salariale en les faisant supporter par la collectivité, la solidarité nationale". 

Une surcharge de travail pour ceux qui restent 

"Si les ventes accusent le coup, l’activité est bien là", abonde Frédéric Vanden-Bil du syndicat Sud. "Les services techniques sont sur le pont pour dépanner les clients, hôpitaux, banques et même le grand public qui compte plus que jamais sur l’opérateur pour tenir la charge, entre le télétravail, et les devoirs des enfants."

Certains clients s’étonnent, comme cette entreprise qui utilise les services de SFR. Voici ce qu'elle écrit, dans un courriel que nous nous sommes procuré, à ses interlocuteurs au sein de l'opérateur : "Nous constatons […] que certains personnels sont actuellement au chômage partiel, alors que beaucoup de sujets en cours pourraient être traités."

Et l’entreprise-cliente enfonce le clou, estimant que ce qu'elle attend de SFR pourrait être fait en télétravail : "avec le départ de Monsieur X et l’absence de Monsieur Z, nous n’avons plus d’équipe avant-vente pour préparer les prochaines échéances […] ; de notre point de vue, ce sont des sujets sur lesquels il est possible de télétravailler en grande partie."

SFR est d’ailleurs plutôt bien équipé pour le télétravail. Un accord a été signé le 22 janvier 2018 et les outils existent. Hors boutique, les salariés de SFR sont cadres en grande partie et peuvent travailler à distance. 

Pourquoi un recours si massif au chômage partiel

"Il fallait s'adapter et nous l’avons fait avec agilité et responsabilité", répond le directeur général de SFR, Grégory Rabuel. Face à la crise, l'entreprise active le plan de continuation de l'activité le 13 mars. Les personnes fragiles sont alors mises en télétravail, jusqu’à nouvel ordre. Les PCA, les personnels prioritaires commencent à alterner travail sur site et chez eux.

Les boutiques ferment, elles, le 16 mars : 2 700 salariés se retrouvent de fait en chômage partiel. Une rotation est mise en place pour les salariés qui doivent continuer à travailler et à se rendre sur les différents sites de l’entreprise, avec la prise en charge des frais de taxi. Le télétravail se généralise. Avant une deuxième vague de chômage partiel, pour près de 2 300 salariés, le 23 mars.

Le CSE de ces mardi et mercredi doit permettre de définir précisément le périmètre et les conséquences sociales de ce recours au chômage partiel. Dans un document que nous avons pu consulter, la direction de l’entreprise insiste sur le manque à gagner à venir, les ventes gelées. Elle prévoit aussi une baisse drastique du nombre de déploiements (raccordements à la fibre etc.), car les clients refuseront l’intervention chez eux. L'objectif, affirme Grégory Rabuel, "c'est bien de conserver la capacité d'investissement pour la reprise post-crise."

"On se focalise sur le manque à gagner prévisionnel, mais l’activité courante, elle, tourne toujours !", rétorque Frédéric Vanden-Bil pour Sud. "Et pourquoi mettre des salariés du marketing, du juridique en chômage partiel ?" s’interroge la CFDT. "Ils peuvent tout à fait continuer à travailler à distance." Les syndicats regardent aussi ce qui se passe chez les concurrents. Seuls les salariés des boutiques ont été mis en chômage partiel chez Bouygues. Ni Orange, ni Free n'y ont recours.

416 salariés de retour au travail aujourd'hui 

Hier, à la veille du CSE, l’opérateur revoit sa copie. Après des échanges avec les organisations syndicales et le ministère du travail - qui dit regarder attentivement les demandes d’activité partielle des grandes entreprises – SFR annule le chômage partiel pour 416 salariés. "Il s’agit de salariés des directions juridiques, financières, relations client", précise le directeur général Grégory Rabuel. Il promet aussi de remettre des forces là où il y aurait de la congestion, ou une surcharge de travail. 

"Nos actions ont porté leurs fruits", se félicite la CFDT. Mais le combat continue. Car le syndicat réclame à l’opérateur de couvrir la perte liée à l’activité partielle. Les salariés qui gagnent le Smic conserveront l’intégralité de leur rémunération, pour les autres c’est une perte nette de 16%. Pour la CGT et Sud, l’ampleur du chômage partiel reste telle, les remontées de salariés si nombreuses, qu’un appel à la grève est lancé pour mercredi et jeudi.

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