Mordu de musique, Christophe Foultier a perdu la vie le 13 novembre 2015. Mais sa guitare basse rugit aujourd'hui dans un EP de six titres. Au micro de France Inter, sa femme Caroline décrit un album "miraculeux".

"Le salon était plutôt un studio de répétition", se souvient Caroline, la femme de Christophe.
"Le salon était plutôt un studio de répétition", se souvient Caroline, la femme de Christophe. © Caroline Jolivet

Dès les premiers accords, la guitare basse de Christophe Foultier fait l’effet d’une déferlante. Pleine de vie, éclatante, exubérante, à l’image du graphiste de 39 ans fauché au Bataclan le 13 novembre 2015. "Christophe faisait sonner sa basse, résonner sa moto...", se souvient sa femme Caroline Jolivet, au micro de France Inter. "Il avait beaucoup d’instruments bruyants dont quatre basses : le salon n’était pas vraiment un salon, mais plutôt un studio de répétition."

Mon mari était décalé de plein de façons, ça lui ressemble

Bye bye, She Does, Back… Six morceaux en tout sur le projet disponible en streaming, en téléchargement et en vinyle. Cinq titres ont été composés par Christophe et son camarade Rudy Fagnaud, qui chante sur les pistes. Des chansons enregistrées avant le 13 novembre, que Rudy a ensuite dû peaufiner et remastériser. Les deux compères ont choisi le nom de leur groupe quelques jours avant l’attentat : nite nite. Un "bonne nuit" anglais enfantin, comme un pied-de-nez au son rock et brut de l’EP. Caroline confirme : "mon mari était un peu décalé de plein de façons : ça lui ressemble…"

6 morceaux pour se souvenir.
6 morceaux pour se souvenir. / Site internet nitenite.fr

"My red black bird"

La 6e chanson, elle, est née après le 13 novembre. Une ballade de 8 minutes 26, lancinante, dont les paroles ont été composées d’une traite par Caroline. Au moment d’évoquer le texte, la gorge se serre un peu. "Le nom du morceau, Red Black Bird, est lié à tatouage que Christophe avait sur son mollet." Un oiseau-tonnerre, symbole de la tribu Haïda du nord-ouest américain, "l'endroit où on voulait s’installer, et où il repose aujourd’hui", souffle Caroline. "My red black bird flew away, but I’m stuck on the ground", "Mon oiseau rouge et noir s’est envolé, mais moi je reste clouée au sol"... Un oiseau que Caroline a depuis tatoué sur son avant-bras. 

Caroline Jolivet a aussi écrit les paroles de la piste 4 de l'EP, "All Mine".
Caroline Jolivet a aussi écrit les paroles de la piste 4 de l'EP, "All Mine". © Radio France / Louis-Valentin Lopez

Le couple avait pour habitude d'écumer les concerts, où c'est Christophe "qui sifflait le plus fort". Une voix chaleureuse de stentor, et une "très bonne oreille" : "Il pouvait se mettre au clavier et jouer, même s'il n’avait jamais appris le solfège", note Caroline avec fierté.

C'était important symboliquement de ne pas céder au silence

Et quand elle évoque la genèse d'un album "miraculeux", ce dernier prend des airs de manifeste contre la haine. "C’était important symboliquement de ne pas céder au silence. Le silence assourdissant que mon mari a laissé par son absence, le silence qu’on a voulu lui imposer, qu’on a voulu imposer à toutes les victimes", explique-t-elle. "Par la mémoire et par la musique, on va à l’encontre de ce silence. On fait résonner ses basses, on les fait vibrer le plus loin possible. La simple existence de l'album est un coup porté, une réponse. Ce sont nos armes à nous : la liberté, la musique, les paroles, les mots. Pas la violence."

J'ai rallumé la musique tout doucement

Depuis les attentats, la musique n'a plus vraiment la même tonalité pour Caroline. "Ça a été un rapport difficile. J’ai rallumé la musique tout doucement. Il y a des albums que j'ai encore du mal à écouter, des albums qu’on écoutait beaucoup ensemble"

La basse comme héritage

Le 13 novembre 2015, Christophe a aussi quitté ses deux jeunes enfants, une fille et un garçon aujourd'hui âgés respectivement de 10 et 6 ans : "ce qui est vraiment important pour moi, c’était que nos enfants puissent entendre le travail de leur père, qui comptait beaucoup pour lui". De futurs musiciens de talent ? "À force de voir les basses de son père à la maison, mon fils veut en jouer à son tour. Peut-être qu'à l'avenir, les deux auront envie de s'y mettre", augure Caroline. "Pour l'instant, ils sont au piano."

59 sec

Le témoignage de Caroline, la femme de Christophe : "on n'éteindra pas la musique"

Par Louis-Valentin Lopez
Les enfants de Christophe avec l'album de leur père entre les mains.
Les enfants de Christophe avec l'album de leur père entre les mains. © Radio France / Caroline Jolivet
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.